Vagues extrêmes, ou les surfeurs du 68 degrés Nord
Mots clés : polaire, vague, surf, Norvège (pays)
Paris -- Un groupe international de surfeurs, adeptes des vagues de l'extrême et en quête de spots inviolés dans les hautes latitudes, a chevauché cette semaine les vagues glacées du cercle polaire arctique, aux Îles Lofoten en Norvège, une aventure inédite sur la houle la plus septentrionale du monde...
Ce surf polaire nouveau genre et frisquet a été rendu possible par la récente invention d'une combinaison en néoprène autochauffante, créée par l'équipementier australien Rip Curl, spécialiste des sports de glisse.
Combinaison à batteries
«Cette combinaison révolutionnaire est équipée de deux batteries lithium de 120 grammes et 7,2 V comme celles qui alimentent les téléphones portables ou les lecteurs MP3, explique Arnaud Decarne, le responsable de l'expédition. Elles diffusent une chaleur infrarouge réglable entre 50 et 65û, ce qui permet de maintenir le corps du surfeur plongé dans l'eau glacée à 37 degrés.»
«Ce nouveau matériel ouvre de nouveaux horizons pour la découverte de sites de surf inconnus dans des conditions climatiques extrêmes, comme ici aux Lofoten, mais aussi au Groenland, au Canada, dans la mer de Barents, ou dans l'Antarctique», souligne-t-il.
Tom Curren est entré dans l'eau le premier. Il disparaît dans l'écume blanche des déferlantes qui viennent mourir sur le fin manteau neigeux qui recouvre encore, en cette fin avril, le rivage et les montagnes de la baie d'Unstad, un amphithéâtre de pics sauvages dominant la mer de Norvège.
La houle arrive du nord-ouest. Sa silhouette noire et encapuchonnée -- seul le visage n'est pas protégé -- apparaît et disparaît au rythme de l'enchaînement de ses canards (plongeons sous les vagues pour passer la barre). Et soudain, il se dresse sur une gauche (lame qui se déroule à la gauche du surfeur) de quelque trois mètres de hauteur.
Phoques et aigles de mer
Funambule sur l'eau, porté par le rouleau, il glisse à grande vitesse fléchi sur sa planche, fluide, élégant, amorce un long bottom turn (virage en bas de vague), remonte à l'assaut de la lame, exécute un parfait 3/6 (virage à 360 degrés) sur la lèvre écumante et déferle avant d'être englouti dans le fracas de la vague brisée.
Ses compagnons l'ont rejoint, mais aussi quelques phoques qui sortent leurs grosses têtes de l'eau, comme interdits par ce spectacle inédit. Dans le ciel où virevoltent quelques flocons de neige, plane un grand aigle de mer, auguste gardien des lieux aux ailes de géant.
«Tu restes de quatre à cinq secondes sur une vague. Si tu en prends une quinzaine en une heure [un bon niveau], tu surfes en moyenne une minute. Les 59 autres, tu rames et tu attends», explique Benoît Dandine, 29 ans, venu d'Anglet au Pays basque et qui découvre pour la première fois la glisse dans le cercle polaire arctique.
«Ici, dans cette nature grandiose, sauvage et dépouillée, sans spectateurs et dans des conditions extrêmes, tu es en osmose avec la simplicité même de l'esprit du surf, un homme, une planche, la mer et l'aventure», ajoute-t-il.
Élise Garrigue sort de l'eau, le visage marbré par le froid. Son environnement habituel, c'est l'île de Maui à Hawaï, là où règne la fameuse vague géante Jaws.
«Chaque fois que tu plonges sous la vague, le froid brûle les yeux. Je n'ai pas l'habitude de surfer en combinaison. Mon costume, c'est plutôt le bikini. Mais quelle expérience, quel spectacle devant ce cirque de montagnes glacées qui plongent dans la mer. Jusqu'à présent, les seuls animaux qui m'ont accompagné sur ma planche sont les tortues d'Hawaï. Je vais leur parler des phoques des Lofoten... »

