Et puis euh - Le feu est en feu

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Jean Dion
Édition du jeudi 24 avril 2008

Mots clés : Canadien de Montréal, Kovalev, Hockey, Sport, Montréal

Il fallait bien que la langue française, elle d'ordinaire si malmenée dans les officines et les coins de patinoire, obtienne un peu de respect à un moment donné. Depuis le temps qu'on entend parler de patentes en feu, de Kovalev à la ville au complet, des supporters de Canadien jusqu'à tout ce que vous voudrez, on était dû autant que le Boston pour que cela se produise littéralement. Ce sont donc des chars de police qui y ont passé.

Il faut comprendre la situation. Des esprits inquisiteurs se sont ouvertement posé la question: ils cassent tout, après une victoire en sept matchs au premier tour contre une équipe d'inconnus qui a terminé au huitième rang de la plutôt faible Association de l'Est et est entrée dans le détail par la porte de derrière qui est si petite qu'on ne peut même pas y tenir un tailgate party qui ait un quelconque semblant d'allure, le tout dans une ville destinataire de 24 Stanleys bien calculées? Hé, ho, ce n'est pas si simple. Procédons à un quiz historique. Question: c'est quand la dernière fois que Canadien a gagné deux tours dans la même saison? Non, pas cette année-là. Pas cette année-là non plus. Ni celle-là. En fait, il faut remonter si loin qu'à l'époque Toronto était dans l'Ouest. À la vitesse à laquelle se meut la dérive des continents, comme disait le poète, ça fait un bail, et si vous n'avez pas eu une augmentation de loyer depuis, comptez-vous chanceux.

C'était donc, oui, en 1993. Dans le temps, on cassait tout aussi, on attendait juste un peu plus, parce que, comprenez-vous, Internet n'existait pas et les nouvelles étaient plus lentes à arriver (hé, on ne pouvait même pas filmer avec un téléphone!). Or prenez un baroudeur: il ne se souvient pas nécessairement de cet autrefois. Il croit peut-être qu'après une série gagnée, c'est fini. Et puis et puis, il ne se souvient de rien, mais les anciens lui ont parlé de cette histoire de flambeau bien haut. Est-il dès lors étonnant qu'il fasse un plus un, n'arrive pas à trouver le résultat et songe à brûler du matériel? Ben voilà.

Qu'avons-nous entendu itou? Qu'il ne s'agissait point là de partisans de Canadien. Cette assertion, faut-il croire, a été mûrement émise à la suite d'une analyse profilatoire psychologique d'un échantillon scientifique des personnes concernées. On les a assis dans un estaminet à la mode, au régime sec avec la tentation des robinets de fûts à proximité, et on leur a demandé: comment doit-on vraiment prononcer le patronyme de Kovalev? Quelle est la capitale du Bélarus, terre des Kostitsyn? Épelle «Kostitsyn», voir? Habituellement, la colle réside dans le H, mais dis-moi ce que signifie le C dans CH? Combien coûtent un hot-dog et une bière au Centre Bell Téléphone et pourquoi?

Ou alors, mieux encore: que ce n'étaient pas de vrais fans de Canadien. Car voyez-vous, Canadien est si immense comme institution qu'il compte aussi de faux partisans. Selon des sources, ceux-là prennent pour d'autres clubs, genre Columbus ou Floride, et ils sont heureux sous cape que Canadien perde. Et quand il gagne, ils en profitent pour abîmer du stock juste pour faire honte aux vrais partisans, qui eux se beurrent le visage trois couleurs, crient ohéohéohéoooooohhéééééé, faire les mongols dès que se met en marche une caméra de et être frus que Daniel Brière ne soit pas venu jouer pour Canadien. Le paradoxe des faux partisans réside dans le fait qu'ils souhaitent à la fois que Canadien gagne et perde parce que leur affection pour le Nashville est tiraillée par l'envie de démolir le centre-ville.

Mais à la suite d'une longue enquête sur le terrain, soyez-en heureux, la rubrique Et puis euh a finalement identifié formellement les grabugistes. Il s'agit en fait d'intellectuels de centre gauche modéré qui manifestaient contre l'occupation du Tibet par la Chine. En effet, la flamme olympique s'est montrée bien trop moumoune pour passer par Montréal, où elle savait que des forces progressistes nombreuses allaient en faire le tas de cendres qu'elle mérite d'être en se faisant complice de la dictature. Afin de pallier l'absence dudit flambeau, les penseurs ont décidé de s'allumer soi-même une grosse torche. Et ayant de la suite dans les idées politiques, ils ont conclu que de la même manière que l'armée chinoise pratique l'oppression, le SPVM est bien un appareil répressif d'État, voire une hégémonie cuirassée de coercition. De là à incendier ses chars, il n'y avait qu'un pas, logique, noble, engagé, proprement incondamnable.

(En plus, selon d'autres sources, il appert que Dalaï Lama serait proche parent de Serge (Lama) et qu'après plusieurs bières de Serge, enfin, j'espère que vous comprenez.)

Et comme tout le monde parle du feu, n'hésitons pas à le dire: le feu est en feu.

***

Voici maintenant poindre le Philadelphie. Le Philadelphie qui ne devrait peut-être pas être là si les officiels avaient officialisé mardi soir, enfin c'est une longue histoire et on ne refait pas l'histoire sauf dans un cas précis, le but d'Alain Côté qui était très très bon.

Le Philadelphie rappelle bien sûr quantité de souvenirs, des noms envoûtants tels Earl Heiskala, Larry Goodenough, Orest Kindrachuk, Ed Hoekstra, Cowboy Flett et Larry Zeidel. Le Philadelphie, c'est aussi les Bullies du milieu des années 1970 -- aujourd'hui, on appellerait Schulz, Saleski et Kelly des «joueurs d'énergie» -- deux fois conquérants de la Stanley, qui entourèrent la naissance d'une maxime célèbre: un beau soir que Bill Barber avait marqué cinq buts, son coéquipier, le défenseur André «Moose» Dupont avait déclaré que «cinq goals, c'est des goals en ta...» Il avait utilisé le mot au complet, soit dit en passant.

Le Philadelphie n'a plus rien gagné depuis, malgré une excellente équipe dans les années 1980. On aurait presque tendance à dire que la franchise reste sous le mauvais sort de la mort de son jeune gardien étoile Pelle Lindbergh, dans un accident de la route en 1985. Elle n'a pas réussi un vrai gros cerbère numéro un de premier plan depuis.

Mais si on en juge par ce qui s'est passé dans la série contre le Washington, qu'est-ce qu'ils vont charger l'embouchure, messieurs-dames, je ne vous le fais pas dire. On va voir ce que le garçon, Price je pense qu'il s'appelle, a dans le plastron.

Et c'est drôle, mais tous ceux qui mouraient de peur avant le 7e match contre le Boston annoncent maintenant Canadien en 4 ou 5. L'histoire ne se refait pas, mais elle se répète...

***

jdion@ledevoir.com


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Le jeudi 24 avril 2008 11:00

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