Clinton passe l'épreuve de la Pennsylvanie

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Claude Lévesque
Édition du mercredi 23 avril 2008

Mots clés : primaires américaines, Pennsylvanie, Hillary Clinton, États-Unis (pays)

Hillary Clinton saluant ses partisans lors d'un rassemblement à Philadelphie, hier soir, à la suite de sa victoire lors de la primaire de Pennsylvanie.

Photo: Agence Reuters

Hillary Clinton a remporté hier l’élection primaire de la Pennsylvanie, un test crucial pour l’avenir de sa campagne à l’investiture démocrate et de son rêve de devenir la première femme à accéder à la présidence des États-Unis.

C’était la première consultation du genre à se tenir après une pause de six semaines marquée par des échanges acrimonieux entre l’ex-première dame et son adversaire Barack Obama.
La sénatrice de New York comptait sur cet État du Nord-Est, où elle était donnée gagnante dans tous les sondages, pour se maintenir dans la course jusqu’à la fin, malgré son retard dans les intentions de vote à l’échelon national et dans le décompte des délégués acquis par les candidats depuis le début de la ronde des primaires et des caucus, en janvier.
Au moment de mettre sous presse, elle avait obtenu 55 % des suffrages, contre 45 % pour M. Obama, après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote.

Avec cette victoire, le camp Clinton n’espère pas tant rejoindre ce dernier que de rallier suffisamment de «superdélégués» pour remporter l’investiture à la convention démocrate à la fin du mois d’août à Denver. Il s’agit des 795 élus et permanents du parti qui auront le droit de vote, aux côtés des 3253 délégués ordinaires choisis lors des primaires et caucus.
Les chances de Mme Clinton de rejoindre Obama dans le décompte des délégués ordinaires au cours des neuf dernières primaires, qui s’échelonneront jusqu’au début de juin, sont à peu près nulles, mais son camp croit que les victoires déjà remportées dans des États importants comme New York, l’Ohio, la Californie, et hier la Pennsylvanie, pourraient faire pencher la balance en sa faveur à Denver. Même s’il a gagné un plus grand nombre de primaires et de caucus qu’elle, Barack Obama ne bénéficiera vraisemblablement pas, lui non plus, d’une majorité de délégués (2025) à la fin de l’exercice.

«Aujourd’hui, ici, en Pennsylvanie, vous avez clairement fait entendre votre voix et, grâce à vous, le vent tourne», a déclaré la sénatrice devant ses supporters réunis à Philadelphie.
La victoire de Mme Clinton hier en Pennsylvanie semble avoir été aussi décisive que son camp l’avait espéré mais, de toute façon, la candidate a mainte fois indiqué ces derniers jours qu’elle excluait de jeter l’éponge à ce stade de la campagne.
Elle a dû résister à des appels répétés à son désistement. Le duel qui l’oppose à Barack Obama, le jeune sénateur métis de l’Illinois, continue en effet d’être si dur que certains bonzes du parti craignent que les divisions ainsi créées ne compromettent ses chances lors de l’élection présidentielle de novembre.

La partie ne sera pas facile pour Hillary Clinton car Barack Obama continue d’être crédité d’une avance importante dans la plupart des sondages à l’échelle nationale. Celui mené par l’institut Gallup pour le compte du quotidien USA Today et publié hier, faisait état de 50 % d’appuis pour Obama parmi des électeurs démocrates, contre 40 % pour Clinton, ce qui est également la moyenne des études menées depuis deux semaines.
Lundi, le camp Clinton a commencé à diffuser une publicité particulièrement agressive mettant en doute les qualifications de M. Obama pour devenir «commandant en chef» des armées.
Mercredi dernier, les deux sénateurs s’étaient affrontés lors d’un débat acrimonieux. Dans leurs publicités télévisées et leurs campagnes téléphoniques automatisées, les deux camps se sont échangé des coups, exploitant les faux pas de l’adversaire.
Hillary Clinton, mais aussi le républicain John McCain, ont ces derniers temps fustigé «l’élitisme» du sénateur de l’Illinois après que celui-ci eut, lors d’un rassemblement peu médiatisé en Californie, parlé des cols bleus rendus amers par les pertes d’emplois et se tournant «vers les fusils et la religion».

Dans les deux camps on s’est employé à réduire les attentes en Pennsylvanie puisque le fameux «momentum», ce graal des campagnes à l’investiture, s’acquiert surtout grâce à des performances supérieures aux attentes.

Ainsi, le camp Obama, qui a dépensé deux fois plus en publicité télévisée en Pennsylvanie, a soigneusement évité de donner l’impression qu’il croyait à une victoire dans cet État. Dans une entrevue récente, Barack Obama s’est contenté de dire qu’il y prédisait une «issue serrée».

Hillary Clinton aura également une côte à remonter sur le front du financement. En remportant la Pennsylvanie, l’ex-première dame espère regarnir son trésor de guerre. La candidate était parvenue à renflouer ses coffres pendant le mois de mars, mais elle a tout dépensé depuis le début d’avril, se retrouvant même avec des dettes d’environ dix millions.
Pour rester dans la course, il lui faudra trouver des dizaines de millions, ce qui peut s’avérer difficile. Barak Obama a jusqu’à présent recueilli des contributions plus modestes auprès d’un plus grand nombre d’individus, ce qui lui permet de les solliciter de nouveau, alors que les partisans de la sénatrice de New York, moins nombreux, ont dans bien des cas versé la contribution maximale permise par la loi.

Selon la plupart des observateurs, la moyenne d’âge en Pennsylvanie, la plus élevée du pays après la Floride, a joué en faveur de Hillary Clinton, qui bénéficiait de surcroît de l’appui de l’establishment du parti démocrate. Elle a probablement eu la faveur d’une majorité des cols bleus et de citoyens des principales villes industrielles, dont Pittsburgh.
Obama, de son côté, comptait surtout sur les électeurs de Philadelphie, la métropole de l’État, où vit une importante population noire.


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