Technologie futuriste pour l'armée

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Alec Castonguay
Édition du mercredi 23 avril 2008

Mots clés : Technologie, Défense, Armement, Forces armées, Canada (Pays)

La Défense dépensera 310 millions afin d'équiper les soldats

Un soldat canadien en patrouille à Kandahar.

Photo: Agence France-Presse

Ottawa -- Les Forces canadiennes vont bientôt rejoindre le club sélect des pays qui équipent leurs soldats avec une technologie futuriste de communication permettant, grâce à des satellites, des GPS et des lunettes numériques, d'atteindre un niveau d'efficacité en terrain hostile jadis réservé au monde irréaliste du jeu vidéo. Le ministère de la Défense vient de commencer les consultations avec l'industrie et veut y parvenir d'ici quatre ans. Les coûts reliés à ce projet atteignent 310 millions de dollars, a appris Le Devoir.

Vendredi dernier, à Ottawa, des représentants du ministère de la Défense ont rencontré les principaux fournisseurs de ces systèmes perfectionnés, question de faire le point sur les technologies en développement et d'informer les multinationales des besoins du Canada. Dans le milieu de la défense, on nomme cette technologie «soldat du futur». Les Forces canadiennes lui ont plutôt accolé le nom de «projet d'équipement intégré du soldat» (PEIS). Le lieutenant-colonel Jacques Lévesque dirige le dossier.

Les amateurs du jeu vidéo Halo et autres maniaques des simulations de guerres du XXIe siècle sur ordinateur n'y trouveront rien d'extraordinaire, mais dans le monde réel des conflits armés, c'est une petite révolution qui attend les soldats canadiens. L'époque des communications radio fera définitivement place à l'ère numérique.

Plusieurs caractéristiques composent ce nouveau système. D'abord, les soldats seront équipés de capteurs insérés dans le tissu de leurs vêtements de combat. Ces petites puces électroniques communiqueront sans arrêt avec un satellite qui pourra inscrire en temps presque réel (délai de quelques secondes) leurs déplacements sur une carte géographique de l'endroit. Les commandants à la base pourront suivre de près l'opération.

Les soldats en mission pourront eux aussi savoir où se trouvent leurs collègues déployés, puisque tous les fantassins auront sur eux un système GPS, lui aussi relié au satellite. L'image satellite permettra également de voir le déplacement des ennemis presque en temps réel. Grâce au GPS, le soldat saura si un insurgé se déplace de l'autre côté de la colline ou à l'arrière d'un immeuble.

Devant les yeux du soldat, des lunettes permettront de marquer numériquement la cible que le militaire regarde à l'aide d'une simple pression sur un bouton. Les informations sur l'endroit (immeuble) ou la cible (convoi ou tireur) identifiés par le soldat grâce à ses lunettes seront directement acheminées au commandement à la base par satellite.

Actuellement, si un soldat repère un tireur embusqué ou une cible à abattre, il communique l'information par radio à son commandement, qui décidera ensuite si une frappe aérienne ou un mouvement de troupe est nécessaire pour appuyer les hommes en mission. Si les coordonnées sont erronées ou que la cible bouge sans que les corrections soient apportées, c'est l'erreur assurée et un chiffre de plus dans la colonne des «dommages collatéraux». Le système de visée intégré aux lunettes du soldat permettra au contraire d'enregistrer la position exacte de la cible et son mouvement. Les données seront donc plus précises.

Le soldat au centre de l'information

En équipant les soldats de la sorte, non seulement ceux-ci reçoivent plus d'informations rapidement, mais ils contribuent aussi à collecter des données, ce qui augmente l'efficacité sur le terrain. «Le PEIS permettra aux soldats des Forces canadiennes de participer à des opérations coalisées et d'avoir une meilleure connaissance de la situation, de meilleurs moyens d'acquisition d'objectifs et une plus grande létalité, de sorte qu'ils puissent remplir leur mission tout en réduisant les pertes fratricides», explique la porte-parole de l'armée, Tanya Barnes.

Le ministère de la Défense a décrit ainsi au Devoir le futur système des soldats: «L'équipement pourra comprendre des postes radio individuels, des ordinateurs vêtements et autres capteurs portables. Un logiciel de connaissance de la situation pourra être fourni pour faciliter le commandement, le contrôle et l'identification sur le champ de bataille. Des télémètres laser dotés de systèmes mondiaux de localisation (GPS) et de viseurs thermiques ou à intensification d'image augmenteront la précision du ciblage. Dans l'ensemble, le poids de l'équipement des soldats sera réduit de façon importante à mesure que les systèmes seront intégrés et que la technologie continuera d'évoluer», explique Tanya Barnes.

Les coûts estimés du projet se chiffrent à 310 millions de dollars sur dix ans (2004-14), mais l'armée espère que les soldats pourront être équipés d'ici 2012. «Ce montant inclut les coûts relatifs à l'équipe de gestion du projet, les coûts liés aux tests et à la mise en service, en plus du coût relatif à l'achat de l'équipement. Ce montant comprend aussi le soutien pour les deux premières années. Ceci est un coût estimé et non pas un budget final», précise Tanya Barnes.

Il est trop tôt pour dire combien de soldats canadiens pourront être équipés avec cette technologie de pointe. Rien ne garantit d'ailleurs que les Forces pourront utiliser ce système en Afghanistan, puisque la mission doit prendre fin en juillet 2011. C'est pour l'instant la seule opération d'envergure de l'armée à l'extérieur du pays.

Ailleurs dans le monde

La France, la Grande-Bretagne, l'Espagne, les États-Unis, l'Australie et l'Allemagne font partie du club sélect des pays qui ont déjà fait un pas vers cette technologie avancée. Les Américains utilisent un tel système, bien que moins perfectionné, en Irak et en Afghanistan. Les Allemands, dans le nord de l'Afghanistan, ont équipé leurs soldats avec un concept semblable nommé IdZ, mis au point par la firme EADS Defence & Security. Berlin compte 2000 militaires déployés avec cette technologie depuis quelques années.

Tous les pays ont leur propre technologie en développement et rien n'assure que ces technologies seront compatibles avec les besoins du Canada. La multinationale franco-allemande EADS est la seule à équiper plusieurs pays (Allemagne et Espagne) et se vante d'avoir une technologie facile à adapter. L'entreprise est d'ailleurs sur les rangs pour équiper les soldats canadiens.

Lors d'une entrevue accordée au Devoir, le vice-président d'EADS Canada a soutenu que le géant de l'armement est prêt à installer ses pénates au Canada pour perfectionner son système «Warrior 21», une évolution de la technologie IdZ utilisée par les Allemands. «Les entreprises canadiennes sont très compétentes en haute technologie et on cherche à diversifier nos endroits de développement. Le Canada pourrait devenir un pôle stratégique pour nous», dit Luc Bentolila.

EADS soutient que ce type de système de communication d'avant-garde n'est pas seulement utile pour faire la guerre, mais également pour tout déploiement d'envergure qui nécessite de bien contrôler et comprendre le terrain. «Un événement majeur comme les Jeux olympiques ou encore une catastrophe de grande envergure peuvent nécessiter cet outil», affirme M. Bentolila.

Le vice-président d'EADS Canada estime que chaque armée doit apprendre à travailler avec un tel système. Pour le futur, il conseille toutefois aux commandants canadiens de ne pas surcharger d'informations leurs soldats en mission. «Est-ce vraiment nécessaire que tous les soldats puissent voir leur position sur une carte en temps réel ou n'est-il pas préférable que l'information soit transmise seulement au commandant du peloton? Le soldat doit avant tout être concentré sur ce qu'on lui dit de faire. Il faut utiliser la chaîne de commandement efficacement», dit M. Bentolila.


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