Dépenses électorales - Harper promet de respecter toute «nouvelle» interprétation de la loi
Mots clés : Stephen Harper, loi, Dépenses électorales, Gouvernement, Parti politique, Québec (province)
Ottawa -- Les allégations de magouilles électorales ont suivi le chef conservateur jusqu'à La Nouvelle-Orléans, hier. Stephen Harper a déclaré qu'il ne voyait rien de nouveau dans les documents de justice rendus publics lundi. Il persiste à dire que le litige entre sa formation et Élections Canada relève d'une divergence d'interprétation de la loi électorale, mais promet tout de même de respecter toute nouvelle interprétation que l'organisme pourrait faire de la loi à l'avenir, une fois la situation clarifiée.
«Nous avons respecté la loi telle que nous la comprenons. Plus important encore, nous respectons toujours la loi telle qu'elle a été interprétée. Lors de la dernière élection, nous avons respecté la loi telle qu'elle avait été interprétée dans le passé, et si cette interprétation change, nous nous y conformerons évidemment, mais nous nous attendrons à ce que les règles soient les mêmes pour tous les partis», a dit M. Harper alors qu'il se trouvait en Louisiane pour rencontrer ses homologues mexicain et américain.
C'était la première fois que M. Harper se prononçait depuis que les documents légaux ayant permis la perquisition au quartier général conservateur la semaine dernière ont été rendus publics.
Dans ces documents de plusieurs centaines de pages, Élections Canada explique comment le Parti conservateur a, à son avis, instauré un système de circulation d'argent entre ses coffres et ceux de ses candidats de manière à délibérément dépenser 1,1 million de dollars de plus en publicités que ne le permet la loi. Pour parvenir à ses fins, il a parfois utilisé de fausses factures de manière à créer une documentation permettant à ses candidats de réclamer des remboursements d'Élections Canada «auxquels ils n'avaient pas droit».
L'argent du PC était versé dans les caisses des candidats locaux puis lui était immédiatement retourné pour payer de la publicité soi-disant locale. En fait, il s'agissait presque toujours des mêmes publicités nationales. Le Parti conservateur soutient depuis le début de toute cette affaire que les candidats étaient libres de participer ou non à cet achat collectif de publicités. En entrevue avec Le Devoir, le candidat David Marler explique que ce n'était pas le cas.
Dans la liasse de documents publiés lundi par la Cour supérieure de l'Ontario, on apprend qu'au moins trois circonscriptions ont refusé que leur caisse électorale soit ainsi réquisitionnée par le Parti conservateur. Celle de Brome-Missisquoi est du nombre.
M. Marler explique que deux organisateurs du parti au Québec, Nelson Bouffard et Michel Rivard, l'ont contacté pour le convaincre, en vain. «On m'a appelé en décembre 2005 pour m'avertir que le central allait déposer 30 000 $ dans mon compte, mais de ne pas y faire attention parce qu'il serait retiré tout de suite après», relate M. Marler, rejoint à Knowlton hier. Il dit avoir refusé parce qu'on ne lui expliquait pas pourquoi l'argent transiterait par son compte. «Je gère ce compte de banque en vertu des lois et je devais être en position de justifier tout ce qui se passait», continue M. Marler.
«On m'a dit qu'on voulait acheter de la publicité imprimée qui serait en partie dirigée vers l'Estrie. J'ai dit que j'avais déjà ma propre campagne de publicité.»
M. Marler a décroché une troisième place au scrutin avec 20 % des voix. Pas mal, croyait-il, mais le Parti conservateur l'a tout de même écarté. Le candidat à la prochaine élection sera plutôt Mark Quinlan, un organisateur de longue date et actuel directeur des communications du ministre junior Christian Paradis.
«Je n'avais pas repensé à ces conversations, mais quand j'ai vu ces histoires sur le in and out, ça m'a frappé. Ah! c'est ça! C'était depuis décembre 2005 qu'ils étaient fâchés, mais ils n'avaient pas le courage ou la courtoisie de me dire qu'ils ne me voulaient pas.»
Tous les candidats n'ont pas eu la conviction de M. Marler. Ce sont 67 candidats conservateurs, dont 27 au Québec, qui ont vu leur caisse électorale ainsi réquisitionnée. Dans certains cas, comme celui de Sylvie Boucher (élue dans Beauport-Limoilou), la somme versée puis retirée de son compte par le PC soi-disant pour des publicités locales représente 81 % de toutes ses dépenses de campagne.
Le Parti conservateur a imposé le silence à ses candidats. Selon l'affidavit d'Élections Canada rendu public cette semaine, seuls 15 candidats ou agents officiels ont accepté d'être interrogés par Élections Canada. Dix-huit entrevues supplémentaires avaient été prévues, mais toutes ont été annulées.
La Presse canadienne rapportait lundi que malgré leurs mots rassurants, le premier ministre Harper et son équipe trouvent la controverse très dérangeante. Son chef de cabinet, Ian Brodie, s'est rendu aux locaux du parti une fois la perquisition terminée, la semaine dernière. Cette visite d'un influent conseiller du premier ministre a été interprétée comme un signal que la crise était prise «très au sérieux».
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