La Banque du Canada abaisse son taux à 3 %
Mots clés : taux directeur de 50 points de base pour le fixer à 3 %. Elle en a aussi profité pour réviser à la baisse ses, Banque du Canada, Économie, Canada (Pays)
Prenant acte de l'ampleur des difficultés économiques des États-Unis et de leurs répercussions sur l'économie canadienne, la Banque du Canada a choisi une nouvelle fois hier de réduire son taux directeur de 50 points de base pour le fixer à 3 %. Elle en a aussi profité pour réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour l'année en cours et l'année prochaine.
Anticipée par la plupart des observateurs, la décision de la banque centrale canadienne n'a provoqué aucune réaction particulière des places boursières. Les banques et caisses ont annoncé, de leur côté, une réduction de même ampleur de leurs taux préférentiels de 5,25 % à 4,75 %, comme il se doit.
«La Banque prévoit maintenant un ralentissement plus marqué et plus prolongé de l'économie américaine. Cette évolution a des conséquences directes sur les perspectives économiques du Canada, puisque le repli des exportations devrait fortement brider la croissance en 2008», a expliqué par communiqué l'institution dirigée depuis peu par Mark Carney, successeur de David Dodge.
Nouvelles prévisions de croissance
Cette situation incite la Banque du Canada à retrancher presque 0,5 % à ses prévisions de croissance économique au pays, les ramenant de 1,8 % à 1,4 % pour 2008 et de 2,8 % à 2,4 % pour 2009. Elle a toutefois dit s'attendre à un fort rebond en 2010 à 3,3 %.
La banque centrale avait déjà corrigé ses prévisions à la baisse une première fois à la fin du mois de janvier. Les nouveaux pronostics apparaissent malgré tout encore relativement optimistes, en comparaison de ceux du Fonds monétaire international (FMI), qui prédisait pour le Canada, il y a deux semaines, une croissance de son produit intérieur brut (PIB) de seulement 1,3 % en 2008 et 1,9 % en 2009.
«Le rythme d'expansion de l'économie mondiale a décéléré, sous l'effet du ralentissement prononcé de l'économie américaine et des perturbations persistantes sur les marchés financiers internationaux, a expliqué hier la Banque du Canada. La croissance de l'économie canadienne a aussi marqué le pas, le vif essor de la demande intérieure, soutenu par le niveau élevé de l'emploi et l'amélioration des termes de l'échange, ayant été contrebalancé en grande partie par la chute des exportations nettes.»
Pas de danger d'inflation
Censée être le principal sujet de préoccupation de la banque centrale, l'inflation au pays ne semble pas devoir causer de soucis avant un bon bout de temps. La baisse du prix des automobiles et les allégements fiscaux des derniers mois contribueront à maintenir l'inflation à un bas niveau cette année. Le ralentissement économique et l'apparition d'une offre excédentaire devraient avoir le même impact en 2009. Il ne faut plus s'attendre, par conséquent, à ce que l'inflation atteigne la barre des 2 % avant la fin de l'année 2009, a corrigé hier la Banque du Canada. Cet événement se produira plutôt en 2010.
Ayant pour principale mission de maintenir la stabilité des prix, la banque centrale canadienne s'est fixé pour objectif de garder l'inflation à 2 % tout en se donnant une fourchette opérationnelle de 1 à 3 %. Les plus récentes statistiques ont établi que l'indice des prix à la consommation (IPC) était de seulement 1,4 % au mois de mars. L'indice de référence de la Banque du Canada, qui exclut les éléments les plus volatils de l'alimentation et l'énergie, était encore plus bas à 1,3 %.
Cette situation laisse à l'institution toute la marge de manoeuvre nécessaire pour de nouvelles baisses des taux d'intérêt. «À la lumière de ces perspectives, la Banque estime qu'il faudra probablement encore augmenter le degré de détente monétaire afin d'atteindre la cible d'inflation à moyen terme», a-t-elle fait savoir.
D'autres baisses en vue?
La plupart des analystes en ont déduit hier qu'il ne fallait plus s'attendre à d'autres baisses de 50 points de base. Plusieurs ont toutefois parié sur une réduction de 25 points de base dès la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Banque du Canada, le 10 juin. Cette baisse pourrait éventuellement être suivie d'une autre équivalente un peu plus tard, ce qui porterait alors le taux directeur de la Banque à 2,50 %.
L'avenir dépendra notamment des décisions que prendra de son côté la banque centrale américaine. Au coeur de la tempête, la Réserve fédérale américaine a ramené, en l'espace de seulement six mois, son propre taux directeur de 5,25 % à 2,25 %. Elle doit de nouveau faire le point sur la situation la semaine prochaine.
«Avec moins de baisses de taux anticipées aux États-Unis, la nécessité d'assouplir encore agressivement la politique monétaire au Canada est révolue», a commenté hier Martin Lefebvre, économiste senior au Mouvement Desjardins. À cet effet, la [Banque du Canada] indique clairement que le moment de toute nouvelle baisse de taux dépendra de l'évolution de l'économie mondiale et canadienne.»
La Banque du Canada aura l'occasion de préciser sa lecture de la situation lors du dépôt, demain, de son Rapport sur la politique monétaire.
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