De record en record
Mots clés : NYMEX, pétrole, OPEP, Économie, Nigéria (pays), États-Unis (pays)
Le prix du brut n'a pas fini de grimper... et les consommateurs, de payer

Photo: Jacques Nadeau
Selon certains, le jeu de l'offre et de la demande ne semble pas figurer au coeur des raisons de la hausse.
«Une des principales causes de la volatilité et de la hausse des prix du pétrole et autres matières premières, c'est la spéculation du marché», a dit lors d'une présentation à Rome le secrétaire général de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Abdallah al Badri.
En marge de cette même réunion, le président de la compagnie nationale libyenne de Pétrole, Choukri Ghanem, a prédit que les prix allaient «continuer à monter», selon l'Agence France-Presse. «Je suis heureux avec des prix élevés», aurait-il reconnu.
«On se dirige clairement vers 120 $US le baril, et la cible que nous prévoyons est de 125 $US», a dit à l'agence Bloomberg John Kilduff, spécialiste de la gestion du risque à New York. «Ce dont on n'a vraiment pas besoin, c'est un autre problème d'approvisionnement. Ça ajoute au sentiment d'une hausse inévitable.»
Certains analystes sont d'avis que la récente hausse du cours du brut s'explique en partie par la baisse constante du dollar américain par rapport au panier de grandes devises, dont l'euro. Autrement dit, que les déboires du dollar américain incitent des spéculateurs à se réfugier dans le pétrole. Le contre-argument veut que le pétrole attire des investisseurs non pas parce qu'il s'agit d'une valeur refuge, un rôle souvent attribué à l'or, mais parce qu'il affiche une performance de placement inégalée depuis quelques mois.
Hier, un dollar américain achetait environ 63 cents euro. Il y a un an, il pouvait en acheter au moins dix de plus. De plus, par rapport à un panier de grandes devises, le dollar américain a perdu depuis un an environ 13 % de sa valeur, selon un indice du NYMEX.
En marge de l'International Energy Forum, à Rome, le ministre iranien du pétrole a affirmé que «si le dollar américain continue de glisser, je peux concevoir que le cours du brut continuera de grimper».
À la pompe
Quoi qu'il en soit, la hausse du brut se reflète à la pompe, tant pour les entreprises, qui répercutent systématiquement le coût sur les clients, que pour les consommateurs.
Aux États-Unis, le prix moyen d'un gallon d'essence régulier s'est hissé hier à 3,50 $US, du jamais vu. Selon les données de l'American Automobile Association (AAA), il s'agit d'une hausse de 23 % depuis un an.
À Montréal, le prix du litre dans la majorité des stations-service allait de 131 ¢ à 134,4 ¢. Un nouveau mouvement à la hausse semble avoir été tenté sur la Rive-Sud. Selon le site Web essencemontreal.com, où des internautes inscrivent les prix qu'ils observent sur la route, une station Pétro-Canada de Saint-Hubert a augmenté son prix à 134,9 ¢ en après-midi. Un site semblable de langue anglaise en montrait deux autres, sur l'île cette fois, et au même prix. Une des deux est cependant une station avec service.
Le fait d'avoir des raffineries au Québec ne change rien au prix de l'essence à la pompe. L'automobiliste doit savoir que ce qu'il paie est en bonne partie déterminé par le cours qu'affiche l'essence sur le NYMEX, à New York. Ce cours fluctue en fonction des conditions du marché américain, dont l'état des raffineries américaines et la demande des automobilistes là-bas.
Les entreprises
De leur côté, les entreprises de camionnage tentent par tous les moyens de composer avec la hausse du prix du diesel, imposant une surcharge de carburant qui varie selon le prix du litre. Ces jours-ci, le diesel tourne autour de 140 ¢, sinon plus. Depuis deux mois, il a explosé de plus de 20 ¢.
«Sans la surcharge, on n'existerait plus», a dit hier Jean-Robert Lessard, vice-président du Groupe Robert. Cette surcharge peut représenter 40 % du tarif demandé au client, comparativement à 30 % en février. L'entreprise a mis en place une brochette infinie de mesures visant à économiser du diesel au fil des ans, mais les efforts sont constamment annulés par la hausse du prix, a dit M. Lessard.
L'industrie du camionnage, selon M. Lessard, fait face à un triple défi: le diesel, le dollar canadien très fort qui fait mal aux exportations, et le ralentissement économique aux États-Unis.
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