À l'aveuglette!

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du mardi 22 avril 2008

Mots clés : violence à l'école, École, Violence, Québec (province)

Un «fléau», la violence à l'école? Aucun bilan, nul portrait quantitatif, peu d'enquêtes permettent de circonscrire le phénomène, que l'on combattra toutefois à coups de millions et de mesures préventives. Si le problème est pire que ce que l'on craint, il faudra donner du lustre à un plan de match conçu à l'aveuglette.

Jamais, au grand jamais, n'aurait-on songé à lancer un plan d'action pour parfaire le français sans qu'un diagnostic ait d'abord ciblé l'étendue des faiblesses. Personne ne croirait non plus à une relance du soutien aux élèves en difficulté qui ne serait précédée d'un exhaustif état des lieux.

Pour un sujet aussi délicat et explosif que la violence en terrain scolaire, Québec choisit pourtant de fonctionner de cette insolite manière, en devançant le pronostic par les remèdes. Oubli? Maladresse? Impossible de jouer à l'autruche: en juin 2005, le Vérificateur général du Québec avait reproché au ministère de l'Éducation et aux commissions scolaires de pratiquer l'aveuglement volontaire: n'existait alors aucun portrait quantitatif visant à déterminer l'ampleur de la violence à l'école.

Trois ans plus tard, le ministère déploie ses méthodes préventives et curatives en même temps qu'il annonce la confection d'un bilan censé déterminer... l'ampleur des besoins. Personne n'osera contester le bien-fondé d'une politique qui compte prévenir la violence à l'école, mais il faut y aller d'une vigoureuse condamnation pour la torpeur ministérielle des dernières années. Que diable attendait-on pour agir?

Stimulé par l'état d'urgence, Québec a pourtant déjà joué au véritable pompier. Dans la foulée du drame survenu au Collège Dawson, à l'automne 2006, on produisit un relevé quasi quotidien des incidents violents dans les écoles du Québec. La mesure fut temporaire, mais c'est un peu à cette chasse aux données que le vérificateur appelait en 2005, encourageant les écoles à cumuler des données essentielles: taux d'absentéisme, nombre d'expulsions, de suspensions, d'incidents violents, d'interventions policières. L'appel n'a pas été entendu.

Cet attentisme est condamnable, car il contribue malgré lui à la loi du silence qui colore la violence à l'école. En effet, si les enseignants jouissent du soutien de leur syndicat pour quantifier du mieux qu'ils le peuvent cette dégradation apparente du climat de sécurité à l'école, de quels porte-voix bénéficient les élèves? Des enquêtes menées par le ministère de la Sécurité publique depuis le début des années 2000 ont montré que 6 élèves sur 10 affirment avoir été victimes de taxage, et 10 % disent avoir subi l'odieux de cette «violence propre» qu'est l'intimidation. Mais la peur des représailles force le mutisme de tellement de jeunes que l'on peut craindre que le problème soit minimisé.

On le comprend: les écoles redoutent l'oeil trop curieux des caméras et l'étalage du moindre incident sensationnel. Mais quiconque a tenté de creuser le dossier de la violence à l'école s'est heurté à un mur d'imprécisions et à une absence de données injustifiables. Aurait-on peur d'un palmarès des écoles dangereuses?

En attendant de savoir quel est le mal que l'on traite au juste, le plan de la ministre Michelle Courchesne marque de bons points autour de ce que l'on sait: il aborde la violence tant sous ses axes visibles que sous ses plus perfides; il cible des lieux extérieurs à l'école, tel l'autobus scolaire; il promet une action locale liée à la réalité de l'école; il vise tant l'agresseur que la victime.

Inutile de guerroyer contre la vertu. Mais, si d'aventure le portrait de la violence à l'école dévoilait un «fléau» pire que ce que l'on appréhendait, sonnerait alors l'heure d'un nouveau bilan: celui du décalage entre les besoins et les ressources.

***

machouinard@ledevoir.com


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