L'UQAM aux prises avec une clientèle indésirable
Mots clés : UQAM, Université, Montréal

Photo: Pedro Ruiz
Sans-abri, toxicomanes et vagabonds en tout genre font partie du paysage du centre-ville de Montréal depuis longtemps, mais leur présence à l'intérieur des murs de l'université, essentiellement au pavillon Judith-Jasmin, a atteint un niveau intolérable, selon l'UQAM. Non seulement les toxicomanes se piquent-ils dans les toilettes de l'université, mais, depuis l'an dernier, ils ont pris l'habitude de laisser leurs seringues souillées à la traîne, allant même jusqu'à les jeter dans les cuvettes, ce qui obstrue les conduites.
Au cours des cinq derniers mois, soit entre novembre et mars, les agents de sécurité de l'UQAM ont dû procéder à 3712 expulsions. C'est donc dire que, chaque mois, ils doivent mettre à la porte quelque 700 visiteurs indésirables, qu'il s'agisse de sans-abri ou de toxicomanes, les uns à la recherche d'un peu de chaleur et les autres, en quête d'un endroit discret pour s'injecter leur dose de drogue.
L'université, qui avait déjà installé des boîtes pour recueillir les seringues à l'extérieur du pavillon Judith-Jasmin, a dû en placer à l'intérieur de ses murs compte tenu du nombre élevé de seringues laissées par terre. Le problème s'est accentué l'an dernier, les toilettes étant de plus en plus souvent bouchées par des seringues jetées dans les cuvettes.
Des mesures ont dû être prises: l'accès à certaines toilettes a été réduit, une campagne de sensibilisation auprès du personnel a été menée, la surveillance a été accrue, des caméras ont été installées et tous les membres de l'équipe d'entretien ont reçu un vaccin contre les hépatites.
«Les agents ont été sensibilisés au phénomène. Ils font des rondes plus serrées et, lorsqu'ils voient des itinérants qui, de toute évidence, ne sont pas des étudiants, ils leur demandent de quitter les lieux», explique Daniel Hébert, directeur des communications à l'UQAM. S'il est parfois difficile de reconnaître un itinérant, il peut être encore plus difficile de détecter un toxicomane qui cherche la discrétion. «Les itinérants obtempèrent beaucoup plus facilement que la personne qui a besoin de s'injecter [sa dose], car celle-ci doit s'isoler rapidement et, si on intervient pendant qu'elle s'injecte [la drogue], il y a des risques de blessures pour les agents de sécurité ou pour le personnel», précise Alain Gingras, directeur du service de la prévention et de la sécurité.
Le déménagement, il y a un an, de Cactus, un organisme qui vient en aide aux toxicomanes et gère un programme d'échange de seringues, a peut-être eu un effet sur la fréquentation des toxicomanes, mais l'université, prudemment, hésite à faire un lien direct avec le phénomène, car Cactus est un de ses partenaires. Autrefois situé rue Saint-Hubert, l'organisme a déménagé à l'angle des rues Sainte-Catherine et Sanguinet en avril 2007. «Le problème a toujours été présent, rappelle M. Hébert. Je ne pense pas que le fait que Cactus soit à une rue à l'est du campus ou à une rue à l'ouest du campus, change quelque chose. Ce n'est pas son déplacement qui entraîne nécessairement le phénomène.»
Si elle a accru la surveillance de ses accès, l'université refuse de boucler ses portes et d'implanter un système de cartes magnétiques pour contrôler toutes les entrées. «L'université est une institution publique, mais c'est un lieu privé. Notre niveau de tolérance n'est pas très élevé, parce qu'on a une mission : l'enseignement, la recherche et la création. On n'est pas une terre d'accueil», résume M. Gingras. Notons qu'aucune autre université montréalaise ne fait face aux mêmes problèmes.
L'UQAM n'est pas seule à avoir de la visite non désirée. La Grande Bibliothèque, rue Berri, qui reçoit 9000 usagers par jour, procède à l'occasion à des expulsions, mais les problèmes y sont moins aigus qu'à l'UQAM. «C'est sûr qu'on ramasse des seringues, mais on essaie de mettre des mécanismes en place pour que les seringues soient récupérées dans des contenants sécuritaires», explique Danielle Chagnon, directrice de la référence et du prêt. L'institution a d'ailleurs pris soin de se doter d'un code de responsabilité des usagers qui balise les comportements inappropriés. «On n'empêche pas les gens d'entrer pour aller à la salle de toilettes, mais il est évident qu'un agent de sécurité a été placé à un endroit spécifique pour essayer de faire en sorte que ces gens-là n'intimident personne», indique Mme Chagnon.
Toute personne qui a déjà fréquenté une bibliothèque sait combien il peut parfois être difficile de lutter contre le sommeil. S'il est permis de s'assoupir dans la Grande Bibliothèque, il est interdit d'y venir spécifiquement pour dormir. Ceux qui le font de façon systématique risquent de se faire montrer la sortie.
Au Complexe Desjardins aussi, la présence des sans-abri est inévitable compte tenu de la proximité de plusieurs refuges. Bien que l'on ait remarqué une augmentation du nombre de sans-abri dans les espaces publics au cours des dernières années, les expulsions demeurent rares. «On est plutôt tolérants à l'égard des itinérants, dans la mesure où ils ne gênent pas la clientèle, reconnaît France Moreau, coordonnatrice aux communications du Complexe Desjardins. Mais on va intervenir dans les cas de violence verbale.»
Dans les artères commerciales également, la cohabitation entre les sans-abri et les commerçants n'est pas aisée. «Le danger, c'est quand le commerçant décide de régler la situation lui-même. Mais il arrive aussi que se développe une sorte de collaboration et que des itinérants, par exemple, nettoient la devanture d'un magasin après entente avec le propriétaire», relate Claude Rainville, directeur général de la Société de développement commercial du Quartier latin.
L'itinérance prend de l'ampleur, tous le constatent. L'administration Tremblay-Zampino a d'ailleurs entrepris, ce mois-ci, de se pencher sur la question par l'entremise de consultations publiques menées par la Commission permanente sur le développement culturel et la qualité de vie. À la lumière des mémoires déposés par les groupes communautaires, la Ville entend adopter un plan d'action pour mieux cibler ses interventions.
Le thème sera également abordé le 31 mai prochain par l'arrondissement de Ville-Marie qui organise un Forum qui s'intéressera particulièrement à la cohabitation souvent difficile entre sans-abri, résidants et commerçants du centre-ville. Démarches parallèles de deux paliers municipaux? Le maire Benoit Labonté jure toutefois qu'il ne s'agira pas de faire un diagnostic de la problématique, qui est amplement documentée, mais que cet événement se traduira par des projets concrets impliquant la collaboration de gens d'affaires et d'organismes communautaires du centre-ville.
Vos réactions
Cacher cette itinérance - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 21 avril 2008 17:00
@ M. Dussault - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le lundi 21 avril 2008 13:00
M. Archambault: c'est pas des rats - par Jean Dussault
Le lundi 21 avril 2008 10:00
Lie lieu où se trouve l'UQAM explique tout ! - par Bernard Gervais
Le lundi 21 avril 2008 09:00
tolérance - par marcel vinet (marcel.vinet@sympatico.ca)
Le lundi 21 avril 2008 09:00
Régler le problème? - par Bertrand Lavoie
Le lundi 21 avril 2008 09:00
Problèmes ad infinitum... - par Michel Lebel
Le lundi 21 avril 2008 08:00
Un problème comme çà, ce règle facilement - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le lundi 21 avril 2008 08:00
Itinérance et drogue dans les lieux publics - par Roque Carbajo
Le lundi 21 avril 2008 06:00
Et les racines du problèmes ? - par François Décary-Gilardeau (francois.decary@yahoo.ca)
Le lundi 21 avril 2008 00:00
Un problème comme çà, ce règle facilement - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le dimanche 20 avril 2008 23:00

