Nouveaux fronts en Irak

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François Brousseau
Édition du lundi 21 avril 2008

Mots clés : Forces armées, Violence, États-Unis (pays), Irak (pays)

Alors que les attentat suicide à la bombe recommencent à se multiplier, de nouveaux fronts se profilent dans un Irak faussement apaisé. Ils tendent aujourd'hui à confirmer -- après une petite année de semi-accalmie -- que cette guerre catastrophique n'a pas fini de libérer tout son potentiel de violence et de souffrance humaine.

L'envoi il y a un an, par les États-Unis, de troupes supplémentaires (opération baptisée The Surge, «le Sursaut») s'est doublé d'une tactique de «paix séparée» avec certains groupes arabes sunnites proprement nationaux... groupes que l'on a, ce faisant, éloignés des djihadistes internationaux de style al-Qaïda.

En plus de déployer 30 000 soldats supplémentaires sous la direction de David Petraeus, un officier présenté comme un brillant stratège, les Américains ont délié les cordons de la bourse pour littéralement «acheter» des alliés conjoncturels dans le fameux Triangle sunnite, épicentre de la violence en 2004-2007.

Localement, et pour un certain temps, la stratégie a donné quelques résultats. D'où la baisse relative des violences de juin 2007 à janvier 2008. Mais en faisant ainsi copain-copain avec ceux que -- l'année d'avant -- l'on vilipendait encore comme d'horribles terroristes, les autorités américaines ont semé l'inquiétude parmi ceux qui se croyaient les gagnants du grand rebrassage de cartes irakien : les chiites et les Kurdes.

Petraeus et ses amis «découvrent» aujourd'hui un nouveau front de guerre, chiite celui-là, avec la remobilisation de l'Armée du Mehdi de Moqtada al-Sadr à Bagdad, et les combats chiites-chiites dans le sud. En attendant que la situation ne se gâte au nord également, chez des Kurdes inquiets de ces nouvelles alliances américaines, des Kurdes avides de reconquérir Kirkouk (la «Jérusalem kurde», aujourd'hui hors de la province officielle du Kurdistan) et qui regardent avec inquiétude par-dessus leur épaule, du côté de la Turquie où une nouvelle rage antikurde s'est faite jour en 2007.

Les Américains, qui n'ont jamais vraiment contrôlé la situation sur le terrain, ont suivi le premier ministre Nouri al-Maliki dans sa récente offensive militaire anti-Moqtada à Sadr City et à Bassora. Mais avec un succès bien relatif, d'autant plus douteux que le diagnostic de Washington sur les chiites paraît erroné.

Aveuglés par leur obsession de faire flèche de tout bois contre l'Iran, les Américains désignent aujourd'hui Moqtada comme l'ennemi principal... et le présentent comme un jouet de la stratégie interventionniste iranienne en Irak. Ce qui est faux! Car, dans la constellation politique chiite en Irak, Moqtada est historiquement le plus «nationaliste irakien» des leaders chiites... et le plus éloigné, en réalité, des intérêts iraniens!

À l'inverse, des gens comme Al-Maliki, ou encore Abdoul Aziz al-Hakim, du Conseil islamique suprême de l'Irak (parti dominant à Bagdad), qui représentent en principe les «bons chiites» dans cette histoire, sont en fait très proches des ayatollah iraniens... tout en étant officiellement alliés des États-Unis! En plus, il est connu que, parmi les amis d'al-Hakim, beaucoup ne croient pas à un Irak uni, et préparent l'avènement d'un «Chiistan» pro-Iran dans le sud... idée contre laquelle se bat, lui, Moqtada al-Sadr!

Voilà pourquoi, malgré la supposée habileté du général Petraeus (plus tactique que stratégique), les Américains restent pantois devant le chaos irakien, et n'ont aucune idée de la façon de s'en sortir.

***

Nouvelles révélations du New York Times, hier, sur la manipulation des médias par le Pentagone au cours des six dernières années. Épisode supplémentaire d'un feuilleton dont les grandes lignes sont connues et anciennes.

On se souvient par exemple d'une certaine Judith Miller qui recrachait en «une» de ce même journal, il y a cinq ou six ans, les faussetés du lobby proguerre des émigrés irakiens et du Pentagone. Le plus grand journal des États-Unis s'est ressaisi depuis cette grave éclipse de 2002-2003. Mais cela ne signifie pas que toute la presse américaine ait recouvré son honneur, ni même qu'elle soit toujours désireuse de rechercher la vérité. Cela est particulièrement vrai du côté de la télévision.

Grassement payés par Fox News et CNN, des militaires à la retraite, eux-mêmes toujours actifs comme conseillers ou dirigeants de sociétés d'armement, ont été «cultivés» par le Pentagone pour fournir au bon peuple des analyses prétendument indépendantes, mais où la «ligne» de Washington était systématiquement défendue. Ces prétendus «analystes» ont régulièrement couru à la télévision pour dénoncer les adversaires du Pentagone, pour dire que non, ce n'est pas si terrible à Guantanamo, ou que, contrairement à ce que vous croyez, ça va de mieux en mieux en Irak...

Aujourd'hui, la guerre des États-Unis en Irak est perdue. Une majorité d'Américains estime qu'elle fut une erreur dès sa conception. Avec le recul, les victoires conjoncturelles de la propagande seront balayées par l'histoire. Mais la preuve est faite que, dans le bon contexte (patriotisme de l'après-11-Septembre), et si l'on y met les moyens, on peut pendant un certain temps «mener en bateau» les trois quarts des citoyens d'un grand pays démocratique.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio, et lire ses carnets sur www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com


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pourquoi - par marcel vinet (marcel.vinet@sympatico.ca)
Le lundi 21 avril 2008 09:00

Quelques heures d'éveil - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le lundi 21 avril 2008 08:00

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