Vers Internet à deux vitesses?
Mots clés : Net Neutrality, Time Warner, FCC, Communication, Internet, États-Unis (pays)
Va-t-on voir bientôt débarquer un Internet à deux vitesses? Avec d'un côté, des autoroutes avec une bande passante très rapide, mais payante que seuls certains sites pourraient s'offrir et, de l'autre, des petites départementales gratuites, où l'on lambinera? Bref, l'Internet des riches contre l'Internet des pauvres. Pour le moment, ce n'est pas possible, car, par une sorte de compromis, tous les acteurs d'Internet respectent ce que l'on appelle la neutralité des réseaux (Net Neutrality, selon le terme introduit en 2005 par Tim Wu, professeur à Columbia University). Mais ce principe est désormais remis en cause, principalement par les opérateurs américains (Comcast, AT & T, Verizon, et Time Warner), les gérants des «tuyaux» d'Internet. Ils réclament la possibilité d'ouvrir des voies plus rapides... et payantes. Il y a quelques jours, Neil Berkett, président de Virgin, déclarait son hostilité en traitant la neutralité de «tas de conneries».
Neutralité remise en cause
Mais plusieurs affaires sont venues remettre en cause la neutralité. Fin 2007, Comcast, le premier câblo-opérateur américain, est accusé de filtrer les échanges de fichiers utilisant le protocole BitTorrent, bloquant par là tous les échanges P2P, mais aussi des services de vidéo à la demande (VoD), comme Vuze. L'opérateur nie. Et le ton monte chez les utilisateurs qui font alors pression auprès de la FCC (Commission fédérale des communications), qui ouvre une enquête. En février, un recours collectif est déposé contre l'opérateur, et la FCC fait savoir à Comcast qu'elle n'accepterait pas une telle violation du principe de la neutralité des réseaux. Une position contestée par David L. Cohen, le vice-président de Comcast. Au nom du libéralisme, il estime que la FCC n'a pas à mettre le nez dans ses affaires et à intervenir dans ses «pratiques de gestion du réseau».
Considéré comme crucial pour l'avenir d'Internet, le débat fait rage depuis quelques années aux États-Unis, mais reste discret en Europe. Parmi les défenseurs de cette neutralité, des pionniers du Net (Tim Berners-Lee et Vinton Cerf), et, plus curieusement, des grosses sociétés, telles Google, eBay, Amazon, Yahoo, Skype ou Microsoft. Logique, en fait : ces dernières, ne contrôlant pas les tuyaux, craignent qu'une dérégulation les amène à payer un droit de passage s'ils veulent être bien servis.

