Les caisses de retraite ont soif de rendement

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Gérard Bérubé
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : régimes à prestations déterminées, taux d'intérêt, caisses de retraite, Investissement, Économie, Canada (Pays), Québec (province)

La contre-performance boursière et le recul des taux d'intérêt viennent frapper les régimes de retraite, tant au numérateur qu'au dénominateur. En ce début d'année difficile, l'état de santé des caisses est revenu au niveau précaire de 2005, ce qui ramène à l'avant-scène de l'actualité la pérennité des régimes à prestations déterminées.

Déjà, à la fin de 2007, deux des plus grosses caisses de retraite au pays annonçaient avoir atteint le point où les cotisations parvenaient à peine à couvrir les prestations courantes. Sur une base actuarielle, le régime de retraite des enseignants de l'Ontario (Teachers) faisait état d'un déficit de 12,7 milliards et rappelait que, s'il pouvait compter sur 10 cotisants pour un retraité en 1970, ce rapport n'est plus que de 1,6 pour un aujourd'hui. Pour le régime des employés municipaux de l'Ontario (Omers), 2008 devrait être la première année où il lui faudra composer avec des versements supérieurs aux entrées de fonds sous forme de cotisations.

Teachers a déjà procédé à une hausse des cotisations en 2005, qui atteignent aujourd'hui 12 % du salaire des enseignants. S'appuyant sur les résultats d'un sondage arrivant à la conclusion que les participants actifs ne voulaient pas voir leur taux de cotisation dépasser les 12,3 %, les gestionnaires de Teachers n'ont d'autre solution que de remodeler les prestations. Ils jonglent déjà avec l'idée de rendre l'indexation des prestations conditionnelle à l'atteinte d'un rendement cible.

«Il y a trois leviers: la politique de placement, les cotisations et les prestations», résume Yvan Breton, responsable du Groupe de consultation en gestion de placements pour l'est du Canada chez Mercer. Veut-on des placements plus audacieux, plus risqués, dans l'espoir d'obtenir des rendements potentiels plus élevés? Les cotisants sont-ils prêts à contribuer davantage? Faut-il revoir les modalités et les composantes de la prestation?

Cette réflexion revient à l'ordre du jour avec ces rendements chétifs obtenus en 2007 et les rendements négatifs de ce premier trimestre de 2008. La réflexion est d'autant plus d'actualité qu'en ce début d'année, les caisses de retraite sont doublement frappées. Elles doivent conjuguer avec des marchés baissiers et un recul des taux d'intérêt de long terme accompagnant le ralentissement économique, le premier affectant l'actif et le second, le calcul du passif actuariel.

Cette réflexion vient-elle relancer le débat sur la pérennité des régimes à prestations déterminées -- qui garantissent le montant de la rente à la retraite -- et de leur transformation en régimes à cotisations déterminées -- conçus généralement autour de cotisations fixes et du transfert au bénéficiaire du risque lié à l'obtention du revenu de retraite? «On a vu cette transformation dans le passé. Les employeurs qui voulaient procéder ainsi l'ont fait. Le pire est passé», estime Yvan Breton.

On peut penser, ici, aux statistiques de la Régie des rentes du Québec faisant ressortir que le nombre de régimes complémentaires de retraite placés sous sa surveillance est passé de quelque 5100 à 3400 de 1971 à 2004. On comptait 1838 régimes à prestations déterminées en 2004, contre 3298 en 1971, et 1561 régimes à cotisations déterminées, contre 1776.

Reste donc le remodelage des prestations. «Il faut couper quelque part.» Et l'on va jouer, ici, sur l'indexation ou encore sur les clauses de retraite anticipée. Cette dernière avenue est d'autant plus privilégiée que l'employeur est plus que jamais confronté à un problème de rareté et de rétention de la main-d'oeuvre. Dit autrement, «les clauses de retraite anticipée n'aident pas à retenir la main-d'oeuvre», a ajouté le spécialiste du cabinet Mercer.

Rendements

Au chapitre des rendements, le dernier survol effectué par RBC Dexia Services aux investisseurs fait ressortir que les caisses de retraite canadiennes ont perdu du terrain au cours des trois premiers mois de 2008, et ce, pour un troisième trimestre consécutif. Dans l'univers RBC Dexia, qui représente 340 milliards de dollars d'actif sous gestion, les régimes de retraite ont affiché un rendement négatif de 1,9 % au premier trimestre clos le 31 mars 2008. Sur 12 mois, les pertes s'établissent à 2,7 %.

«Ce sont les actions mondiales qui ont été la catégorie d'actifs la plus touchée, bien que la faiblesse momentanée du huard ait atténué le coup pour les investisseurs canadiens non couverts», peut-on lire dans le communiqué. L'indice MSCI mondial a plongé de 11,9 % en devises locales. Lorsque le taux de change est pris en compte, le recul atteint 5,5 %. Au cours de cette période, le dollar canadien s'est déprécié de près de 7 % de sa valeur par rapport à un panier de devises mondiales, de 2,7 % par rapport au dollar américain, de 10 % par rapport à l'euro et de 13 % par rapport au yen, a renchéri RBC Dexia.

Pour sa part, le marché boursier canadien s'est replié de 2,8 %. Les obligations ont pris le chemin inverse en affichant un rendement de 2,8 % au cours du premier trimestre.

Chez Mercer, on a retenu que le rendement des actions en dollars canadiens au cours des trois premiers mois de 2008 a été négatif pour un deuxième trimestre consécutif. Ce faisant, un portefeuille équilibré type aurait comptabilisé un rendement négatif de 1 % au premier trimestre. S'ajoute «l'augmentation du passif découlant de la baisse continue du taux d'intérêt des obligations à long terme du gouvernement [qui] fait en sorte que les régimes de retraite se sont trouvés pris en étau».

Ce faisant, «l'indice de Mercer sur la situation financière des régimes de retraite, qui mesure le niveau de capitalisation des régimes de retraite selon l'approche de solvabilité, a atteint son niveau le plus bas le 31 mars 2008, passant de 82 % à la fin de 2007 à 77 % à cette date». Il revient ainsi «à des niveaux que l'on n'avait jamais vus depuis le milieu de l'année 2005», poursuit Mercer.

On prend toutefois soin d'ajouter que cette lecture ne tient pas compte des cotisations additionnelles versées dans le passé par les employeurs afin de renflouer les régimes, en référence à une conjoncture difficile encore fraîche à la mémoire.


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