Déçus de la Banque de Montréal

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Claude Chiasson
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : Banque de Montréal, Investissement, Économie, Montréal

C'est vrai, les conditions des marchés financiers et boursiers sont particulièrement difficiles. C'est vrai aussi que BMO n'est pas la banque préférée de Bay Street. Au-delà de ces vérités, la Banque de Montréal est prise avec une grave épine dans le pied. La banque et son président, Bill Downe, semblent n'avoir aucune stratégie valable de relations publiques. Les investisseurs n'aiment pas les surprises et veulent savoir à quoi s'attendre pour les trimestres à venir. Depuis l'été dernier, la banque est en perpétuelle situation défensive et combat constamment les informations qui émanent sous forme de rumeurs. Jusqu'à maintenant, ces rumeurs se sont avérées. Dernier exemple: les problèmes avec les SIV (Apex, entre autres). Même pour ceux qui ont lu le dernier rapport annuel publié à peine deux mois auparavant, les problèmes avec ces fonds étaient une surprise! Pas une seule mention dans le dernier rapport annuel!

Au-delà du problème de liquidité qui affecte le marché, BMO a un sérieux problème de relations publiques. En cette matière, Bill Downe n'est clairement pas l'homme de la situation. - N. D.

Bonjour,

Je serais tenté de dire, en utilisant un euphémisme, que B. Downe manque littéralement de transparence à l'égard des actionnaires réels et potentiels de BMO; en fait, j'éprouve le désagréable sentiment qu'il tente toujours de nous «cacher» les mauvaises surprises qu'il nous dévoile finalement à peu près chaque trimestre, et ce, depuis environ un an.

Je dois aussi conclure qu'il y a peut-être lieu d'être alerté, sinon inquiet, du fait que B. Downe serait aussi incompétent dans la direction générale de la BMO qu'il l'a été dans la gestion du risque chez BMO. - Y. D. C.

Je comprends très bien la déception des investisseurs à l'endroit de la Banque de Montréal. J'imagine que déception il y a aussi envers les autres grandes banques, dont les actions ont sensiblement reculé depuis août dernier.

Revenons au cas de la Banque de Montréal. Aussitôt que Bill Downe a pris la présidence de la société en 2007, il a dû composer avec une faille au chapitre des contrôles, qui a permis à un arbitragiste de surexposer la banque au marché des contrats à terme sur le gaz naturel. Cette surexposition a forcé la Banque de Montréal à liquider des positions de plusieurs milliards de dollars, le tout résultant en une perte sèche de plus de 800 millions de dollars.

Et, comme un malheur ne vient jamais seul, est arrivée en août 2007 la soudaine déconfiture des prêts hypothécaires à haut risque et de leurs produits dérivés. Encore là, la Banque de Montréal a dû radier de ses livres des placements pour une valeur de près de 318 millions à son quatrième trimestre.

Tous ces événements sont survenus sans crier gare. Bill Downe lui-même a été surpris par la vitesse à laquelle ce marché s'est détérioré. À telle enseigne qu'après les pertes annoncées au quatrième trimestre, il croyait avoir la voie libre pour enregistrer un rebond non négligeable entre 10 % et 15 % du profit net de la banque pour le nouvel exercice.

Or il a dû se raviser et réduire passablement ses prévisions lorsque sa banque a dû radier des placements (liés aux papiers commerciaux) pour une autre valeur de 488 millions au premier trimestre tout en annonçant qu'elle pourrait bien devoir essuyer une autre perte de l'ordre de 500 millions au deuxième trimestre (il se termine fin avril) advenant que son SIV Apex ne puisse être restructuré. Pis: un litige d'un milliard de dollars risquait de surgir advenant la déconfiture possible de ce SIV.

Nul doute, Bill Downe a été pris de court par les événements. À sa décharge, il faut admettre qu'il n'est certainement pas le seul à s'être retrouvé dans une telle situation. En revanche, Bill Downe connaît sûrement très bien la qualité du collatéral se trouvant derrière ces SIV et autres structures mises en place pour effectuer la titrisation des portefeuilles de prêts de la banque. C'est probablement parce qu'il connaissait bien ledit collatéral qu'il n'a pas hésité à renflouer totalement les SIV Fairway Finance, Parkland et Links Finance en leur accordant des marges de crédit pouvant atteindre un maximum de 26 milliards de dollars.

Cela peut sembler être beaucoup d'argent, mais il faut aussi savoir que l'actif de la banque totalise près de 360 milliards de dollars.

Par ailleurs, la Banque de Montréal a bien dit que les diverses catégories de prêts servant de collatéral à ses SIV n'avaient rien à voir avec le marché des fameux subprimes aux États-Unis.

Le calvaire de la Banque de Montréal a donc commencé bien avant celui des autres grandes banques, et ce, à cause de ses déboires dans le marché à terme du gaz naturel. Cela implique en revanche que la direction est en mode de révision de tous ses portefeuilles depuis un an. Aussi, soyez assuré que Bill Downe et son équipe ont dû passer au peigne fin tous les portefeuilles de prêts de la banque, question d'éviter toute nouvelle surprise.

La page est maintenant tournée. Le cas du SIV Apex est réglé. La Banque de Montréal n'aura donc pas à inscrire au livre une autre radiation de 500 millions pour son second trimestre. Et, il ne faut pas l'oublier, les radiations prises lors des derniers trimestres ne constituent pas nécessairement de véritables sorties de fonds. Elles ne font que reconnaître la baisse de la valeur marchande des placements composant les SIV, baisse résultant de la grave crise de liquidité que traverse le secteur bancaire, tant en Amérique du Nord qu'en Europe. Advenant un rebond de la valeur marchande de ces placements, les banques se retrouveront alors en situation de déclarer des gains même si elles n'ont pas vendu lesdits placements. Un tel retournement du marché pourrait même faire en sorte que les banques, surtout celles qui ont dû émettre des actions pour renflouer leur capital, se retrouvent avec un excédent de capital non négligeable.

Par ailleurs, ces pertes déclarées n'étant pas dans leur essence de réelles sorties de fonds, la Banque de Montréal continue de réaliser à chaque trimestre des flux de trésorerie de l'ordre de 600 millions et plus, ce qui est amplement suffisant pour couvrir son dividende.

Cela dit, tout n'est pas acquis. La situation économique au sud de notre frontière s'est dégradée au cours des derniers mois, tellement qu'on parle aujourd'hui de récession. Il est donc toujours possible que la portion des prêts en défaut puisse croître sensiblement au cours des prochains trimestres, ce qui ne ferait qu'aggraver la situation de toute l'industrie bancaire (surtout celle des banques américaines). D'autres pertes en résulteraient.

Par contre, à mes yeux, pour ce qui est du secteur de la construction résidentielle, avec un million de mises en chantier sur une base annuelle, le fond du baril est pas mal atteint aux États-Unis. À ce rythme, les mises en chantier ne suffisent même pas à remplacer les propriétés détruites par le feu et les ouragans et celles devenant tout simplement désuètes. Il est possible que le niveau des mises en chantier demeure au plancher pendant encore quelques mois. Mais, avec les baisses importantes de taux d'intérêt et les importants stimuli fiscaux, une reprise est plus que probable quelque part au second semestre 2008. Or il ne faudra pas un gros bond des mises en chantier pour revigorer tout le secteur bancaire. Une simple avancée faisant passer les mises en chantier d'un à 1,3 million d'unités sur une base annuelle suffira pour fouetter le secteur bancaire.

Donc, ne faites pas trop de bashing (comme on dit en anglais) sur le dos de la Banque de Montréal, une banque qui accorde présentement un taux de dividende annuel de 6 % et dont le cours de l'action est passé de près de 20 $ en 2000 à aujourd'hui 46 $ en plus de majorer son dividende à un taux composé annuel de près de 8 %.

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cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca


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