Revue de presse - Qui dit vrai ?
Mots clés : Médias, Rick Hillier, Justice, Terrorisme, Canada (Pays)
À Toronto, cette semaine, la Couronne a abandonné les accusations portées contre quatre hommes soupçonnés de terrorisme. L'un d'entre eux, Qayyum Abdul Jamal, était pourtant considéré comme le leader du groupe composé de plusieurs adolescents. Il est resté 17 mois en prison, dont 13 en isolement. Les quatre hommes font partie d'un groupe de 18, arrêtés en 2006. Baptisés les «Toronto 18», ils ne sont plus que 11 aujourd'hui, la Couronne ayant abandonné d'autres accusations au fil des mois.
Chroniqueur dans le même quotidien, Thomas Walkom note que l'abandon de ces accusations ne veut pas nécessairement dire que toute la cause est sans fondement. Mais, selon lui, il est de plus en plus clair que l'affaire ne ressemble pas à ce que les autorités ont tenté de faire croire au départ, à savoir qu'on avait évité un grave complot visant à décapiter le premier ministre, à s'en prendre à des députés et à des infrastructures torontoises. Mais il note que les allégations auront permis il y a deux ans de renforcer la position du gouvernement dans le cadre de la révision de la loi antiterroriste, à savoir le maintien des dispositions les plus draconiennes.
«Maintenant, l'image d'une bande incapable de tirer avec précision une balle de peinture vient de prendre du galon», écrit Margaret Wente, du Globe and Mail. Elle s'inquiète car il s'agit de la cause la plus importante menée en vertu de la loi antiterroriste canadienne. «C'est aussi un test pour la crédibilité de la police, des services de renseignement et de la Couronne. Leur réputation sera mise en pièces s'il faut que cette cause s'effondre.»
Et sur le front afghan
Le chef d'état-major, le général Rick Hillier, a annoncé cette semaine qu'il quitterait son poste au début de l'été. Le coloré Terre-Neuvien a fait jaser éditorialistes et chroniqueurs, mais pas besoin d'en citer un seul pour vous en donner une idée. Ils l'ont tous encensé.
Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a eu moins de chance. On l'a dénoncé pour avoir, en réponse à des questions sur les problèmes de corruption dans la province de Kandahar, exprimé en public ses doutes à l'égard du gouverneur de la province et évoqué la nécessité, pour le président afghan Hamid Karzaï, d'examiner l'à-propos de le remplacer.
Mais le ministre ne s'est pas retrouvé tout fin seul. L'Edmonton Journal refuse de le blâmer. Ses propos, bien que mesurés, n'étaient pas très diplomatiques? Soit. «Mais ses paroles étaient franches, directes et à propos.» Dire qu'il aurait mieux fait de se taire en présumant par le fait même qu'il aurait ainsi eu plus de chances de persuader le gouvernement Karzaï d'agir ne convainc pas le Journal. «En fait, comme le montre l'expérience de déploiements passés de forces étrangères, [...] ménager les susceptibilités des leaders locaux les encourage le plus souvent à ne pas se préoccuper de l'opinion des étrangers.»
Le Kingston Whig-Standard reconnaît lui aussi que Bernier a enfreint les codes diplomatiques, mais il n'a que répété ce qui se disait déjà en privé. Le Canada a donné l'impression de se mêler des affaires internes de l'Afghanistan, sauf que, sans les troupes étrangères, le gouvernement Karzaï s'écroulerait, dit le Whig. «Et si la démocratie doit prendre racine dans la région, nous ne pouvons servir à maintenir en place des leaders corrompus.» Le quotidien pense d'ailleurs que, dans le dossier afghan, les Canadiens ont besoin de davantage de franchise.
Le Windsor Star convient que l'Afghanistan est un pays indépendant qui n'a pas à se faire dire comment gérer ses affaires. «Mais cette souveraineté a été acquise sur le dos et avec le sang de jeunes soldats canadiens dont les efforts sont financés par les contribuables canadiens.» Le Canada ne peut forcer la main au gouvernement afghan, mais ses représentants sont en droit de faire connaître leur opinion et de mettre un peu de pression diplomatique. Le Windsor Star inscrit les commentaires de Bernier dans ce contexte. «Bien que Bernier ait franchi une frontière en diplomatie, il a souligné une dure réalité qui doit être corrigée pour que l'Afghanistan puisse être vraiment stable, paisible et démocratique.»
À l'opposé, le Toronto Star n'a pu s'empêcher de comparer le solide Hillier au ministre Bernier, qui a l'air, dit le quotidien, totalement dépassé. Et ce n'est pas la première fois qu'il embarrasse son patron ou le Canada. Le Star ne lui fait pas de cadeau et se demande «si ce n'est pas le mauvais homme qui a démissionné». Le Halifax Chronicle-Herald en remet. Selon lui, Bernier aura exactement l'effet inverse à celui qu'il a sûrement recherché en privé. En exprimant son souhait en public, il a «donné au président Karzaï l'excuse diplomatique parfaite pour ne pas remplacer le gouverneur, du moins pour le moment, car il ne peut se permettre d'avoir l'air de prendre ses ordres d'Ottawa».
Varia
Les pauvres fans des Canadiens qui n'ont pas accès à RDS et doivent suivre les matchs sur les ondes de CBC, et endurer les diatribes de Don Cherry, ne sont pas les seuls à le trouver imbuvable. Selon Kerry Diotte, du Edmonton Sun, il n'y a que les Torontois et les supporteurs des Maple Leafs qui l'applaudissent. Dans l'Ouest, on en a soupé. «Les fans d'autres équipes canadiennes partagent leur grogne contre [insultes intraduisibles] Cherry, qui est un comédien plutôt qu'un analyste informé.»
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mcornellier@ledevoir.com
Vos réactions
Le président Karzaï - par Paul Lafrance
Le dimanche 20 avril 2008 19:00
Il sont lents à cmprendre - par Guy Fafard
Le samedi 19 avril 2008 19:00

