Voyage à l'ère planétaire - fin
Mots clés : richesse, Pauvreté, Chine (République populaire) (Pays)
Pékin -- La capitale chinoise donne le tournis. Tout y est surdimensionné. Les constructions récentes, les avenues, la foule. Tout y est contraste violent. Les voitures Porsche, Chrysler ou Cadillac qui croisent des centaines de milliers de bicyclettes rouillées, les boutiques hyper chic mitoyennes d'étals crasseux où on plume des poulets, de petits hôtels de charme situés dans des hutong, ces ruelles pékinoises de l'ancienne époque où se trouvaient parfois des fumeries d'opium, ces hôtels juxtaposés à des réduits malpropres où s'entassent la nuit dans des lits superposés les ouvriers qui retapent ces maisons traditionnelles devenues d'infâmes taudis et que redécouvrent les nouveaux riches comme dans toutes les grandes villes du monde.
Et cette pollution dans laquelle riches comme pauvres sont enfermés au point d'en cracher leurs poumons, cette pollution qui, mercredi dernier, nous a empêchés de voir la place Tiananmen dans sa totalité. Une pollution qui ne freine pas le désir d'être toujours dans la rue à observer, fasciné, ce peuple en marche vers un mieux-être loin de se définir uniquement par une quantité croissante de biens de consommation.
La Chine donne le tournis parce qu'on est incapable de résister à cette vitalité palpable, une vitalité qui se vérifie par exemple lorsqu'on se rend dans un quartier périphérique, le district de Da Shan Zi. Des centaines de galeries d'art sont installées dans les anciennes usines militaires construites dans les années 50 par les Allemands de l'Est avec des fonds soviétiques. C'est ici qu'on découvre l'art moderne chinois qui s'impose désormais dans le monde. Dans ces anciennes usines où on aurait produit les éléments des premières bombes nucléaires et des satellites chinois, les murs affichent aujourd'hui des oeuvres dénonciatrices de la violence, de l'hyperconsommation, du conformisme. Ces espaces de liberté inconcevables il y a 30 ans n'annoncent-ils pas un mouvement désormais irréversible?
On est emporté aussi par la curiosité chinoise. Cette curiosité inlassable de savoir d'où on vient, de connaître quelques mots nouveaux en anglais ou en français, témoigne d'une ouverture à l'ailleurs, à l'Occident en particulier, mais sans la fascination complexée qu'on retrouve dans d'autres pays aux structures anciennes. La Chine demeure orgueilleuse, sûre d'elle-même et de la force -- pour ne pas dire de la supériorité -- de sa culture. Celle-ci est inscrite dans ses réalisations passées que symbolise avec puissance la Cité interdite, ce lieu d'enfermement dont témoigne éloquemment l'architecture.
De tout temps, les Occidentaux ont été fascinés par la Chine, et le voyageur de passage n'y échappe pas. Aucune comparaison familière ne s'applique ici. Le chiffre ahurissant de plus de 200 millions de chômeurs chinois, d'après une étude japonaise, représente une proportion à peine supérieure au taux de chômage au Québec. Un pays de 1,3 milliard d'habitants est une abstraction à l'échelle de la population du Québec où, en caricaturant un peu, on pourrait dire que tout le monde se connaît.
À quoi correspondrait la liberté individuelle telle que nous la vivons dans une Chine plus libérale en matière de droits de la personne? La vie humaine est sacrée et chaque être possède sa singularité. L'humanisme dont découle la démocratie est une philosophie qui transcende les particularismes culturels. Comment l'appliquer en Chine, où le peuple a préséance sur l'individu? La question donne le vertige.
En ouvrant davantage ses frontières aux voyageurs étrangers, en s'ouvrant au monde à travers son commerce, la Chine s'expose aux changements. Contrairement à ce que prétendent les purs et durs de l'anticonsommation, consommer, cela conduit aussi à choisir ses sources d'information, ses livres, ses films. L'amélioration des conditions de vie des Chinois grâce au progrès économique mène inévitablement à des revendications plus qualitatives. À preuve, les voix qui s'élèvent ici contre la destruction du patrimoine architectural, la pollution et la discrimination contre les femmes.
Vivant dans notre monde made in China, nous sommes tous des hypocrites. Sont-ce les Chinois qui fixent à 10 $ le prix d'un jouet d'enfant qui coûte 70 $ lorsque fabriqué chez nous selon nos normes de sécurité? C'est le fabricant occidental qui l'impose afin de faire des profits sans limites sur le nombre en nous le vendant à ce prix dérisoire.
La Chine est hautement critiquable en matière de droits de la personne. Mais une partie des critiques que nous formulons à son endroit est une diversion car nous soumettons nos principes à nos intérêts. Notre mauvaise conscience nous rend aujourd'hui solidaires du Tibet, cause noble mais lointaine s'il en est une. Et en y pensant bien, où étaient tous ces Occidentaux qui appellent aujourd'hui au boycottage de la Chine durant ces décennies de délire maoïste où on pratiquait au surplus l'infanticide de millions de bébés filles et l'abandon systématique de millions d'autres avec la complicité silencieuse des dirigeants?
La Chine actuelle est aussi un miroir où il n'est pas toujours souhaitable de nous regarder nous-mêmes.
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denbombardier@videotron.ca
Vos réactions
séduction - par Marjolaine Beausoleil
Le vendredi 25 avril 2008 04:00
L'avenir s'y présente cahoteux - par Raymond Saint-Arnaud
Le dimanche 20 avril 2008 18:00
clichés - par henri gabrysz
Le dimanche 20 avril 2008 17:00
Merci de nous faire découvrir la Chine - par Guy Fafard
Le samedi 19 avril 2008 15:00
Good article! - par Peter Langford
Le samedi 19 avril 2008 09:00
Précieuse Denise! - par Manon Farmer
Le samedi 19 avril 2008 07:00
Merci... - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le samedi 19 avril 2008 07:00
Quand le nombre devient critère de la réalité humaine. - par benoit gagnon (aacide@yahoo.fr)
Le samedi 19 avril 2008 01:00
Merci pour cette chronique chinoise - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 19 avril 2008 00:00

