L'avion peut-il rendre malade?

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Diane Précourt
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : Maladie, Transport aérien, Québec (province)

À l'instar de la cabine des passagers, tout le processus aéroportuaire comporte son lot de risques de contamination, notamment par les mains, très sollicitées vu les nombreuses étapes de manipulation.

Photo: Agence Reuters

Depuis quelques années, il est de plus en plus fréquent de frapper le mur des lamentations de gens malades au retour d'un voyage en avion, particulièrement sur un vol long courrier. Légende populaire, nouveau symptôme des hypocondriaques de ce monde ou véritable plaie du ciel? Si les spécialistes de la santé et de l'aéronautique ne s'entendent pas toujours sur la relation de cause à effet, certains faits sont tout de même éloquents. Et la cabine de l'air, elle, en prend pour son rhume. Voyons voir.

Les passagers d'un aéronef forment un groupe parmi les plus hétérogènes dans notre organisation sociale, réunissant des individus captifs confinés dans un espace clos à la provision d'air pour le moins restreinte. Traditionnellement, les systèmes de ventilation des avions s'alimentaient d'air extérieur à 100 % de leurs besoins. Survient la crise du pétrole dans les années 70: les bonzes de l'aéronautique mettent alors en service des appareils recyclant plus ou moins la moitié de l'air ambiant pour économiser le précieux et coûteux carburant... dont le prix est d'ailleurs loin d'avoir chuté depuis.

Cet air en recirculation sera évidemment filtré et refiltré par des systèmes réputés comme sophistiqués, bien qu'ils n'atteignent probablement jamais un niveau équivalent à l'air «neuf». Sans compter que les délais d'attente avant le décollage, alors que la climatisation n'est pas encore en marche et que la ventilation est généralement moins efficace au sol, s'allongent toujours plus.

Ainsi, favorisés par la grande promiscuité des passagers qui sévit dans la cabine d'un avion, virus et bactéries, qui se rient des zones franches, vous mijoteraient un joyeux cocktail, véritable incubateur susceptible d'atteindre des voyageurs jusque-là en bonne forme, par des malaises que tout le monde connaît trop bien: rhume, grippe, diarrhée...

À l'air intérieur déjà impur -- et pressurisé -- s'ajoute un mélange d'odeurs corporelles, d'haleine d'alcool, de parfums, fixatifs et autres lotions après rasage... À telle enseigne que l'Aerias-Air Quality Sciences, une ressource en ligne états-unienne basée en Géorgie et prônant de meilleures pratiques commerciales par la qualité de l'air, recommande d'éviter les fragrances trop prégnantes lorsqu'on prend l'avion, non seulement par respect pour les passagers qui y seraient hypersensibles mais aussi pour éviter de vicier davantage l'air ambiant.

Un mythe tenace

Erreur que les maladies de la cabine: «C'est un mythe, soutient le Dr Claude Thibeault, médecin consultant en aéronautique. Voyager en avion, c'est comme aller au théâtre ou se déplacer en bus: on se trouve autant à risque dans l'un comme dans l'autre. Ce sont plutôt des facteurs comme la fatigue, le décalage horaire, des milieux différents et la grande proximité des passagers qui favorisent la transmission de maladies. Aussi, les systèmes qui filtrent l'air recyclé en vol bloquent les virus, bactéries et poussières indésirables.»

Actuellement, aucune norme officielle ne régit les niveaux de ventilation dans l'habitacle des avions. Toutefois, selon le Dr Thibeault, également conseiller médical pour l'International Air Transport Association (IATA), un comité créé à cet effet devrait formuler des recommandations dès cette année. «On peut dire que la plupart des transporteurs aériens respectent déjà les normes qui y seront proposées», dit-il.

Et les plaintes des voyageurs sur l'air qui les rendrait malades en l'air? «Vous avez raison: on entend cela de plus en plus, même de la part de collègues médecins! Mais c'est erroné. L'avion, première cible de choix, est tellement facile à blâmer... »

Les défenseurs de l'air recyclé n'en ont que pour les HEPA, High-Efficiency Particulate Air Filtration Systems pour les intimes. Dans une édition de l'American Industrial Hygiene Association Journal, on peut toutefois lire ceci: «Ce type de filtration est utilisé dans les hôpitaux, vrai. Mais pour la ventilation d'air frais et non d'air recyclé.» Même si cet article remonte à quelques années, nous ne parlons pas ici d'un secteur où la vitesse des changements traverse le mur du son...

Selon l'Aerias, «même lorsque l'air recyclé est filtré, les concentrations bactériennes et fongiques tendent à être plus élevées que dans un avion utilisant 100 % d'air frais de l'extérieur». Aussi, «certaines études indiquent que les virus et agents chimiques qui transmettent des infections sont si petits qu'aucune technique connue n'en vient à bout». Même les fameux filtres HEPA n'atteindront leur efficacité que dans la mesure où ils font l'objet d'un entretien approprié, ce qui ne semble pas toujours le cas...

Place aux plasmas froids

Tout près de nous, Air Data, une entreprise montréalaise spécialisée dans la conception d'appareils de bioprotection, a mis au point une technique par plasmas froids, Jetair, qui tuerait toute bactérie ou virus dans les systèmes de ventilation des cabines d'avion. «Il s'agit de la technologie utilisée pour protéger les cosmonautes dans la Station spatiale internationale, soutient le vice-président Dominic Bruneau. Ce procédé détruit les particules indésirables plutôt que de seulement les bloquer, comme le font les systèmes actuels. Une première version de Jetair a été livrée pour des avions d'affaires de Bombardier et nous sommes en pourparlers avec des lignes aériennes régulières.»

Air Data travaille également avec un partenaire français qui fournit les hôpitaux en équipements pour la protection des patients aux soins intensifs. L'entreprise québécoise donne déjà dans les systèmes d'humidification depuis une quinzaine d'années, ce qui est appréciable lorsqu'on parle d'aviation puisque, à haute altitude -- nous sommes au-dessus des nuages --, l'air extérieur se trouve dépourvu de toute humidité. Dans la cabine de l'appareil, outre l'apport de la ventilation, l'humidification provient donc essentiellement de la transpiration et de la respiration humaine. Ce qui fait dire à l'IATA que l'un des avantages de l'air recyclé est son taux plus élevé d'humidité relative. Mais selon M. Bruneau, un produit de la famille Jetair contrôle déjà cet aspect de la qualité de l'air.

Bien sûr, les spécialistes de la santé recommandent aux personnes malades de ne pas voyager afin d'éviter autant que possible les risques de propagation. Mais dans le contexte actuel où le phénomène des vols low cost règne en maître, avec ses politiques de non-remboursement en cas d'annulation, les gens seraient beaucoup plus réticents à reporter un vol, se résignant à partir même mal en point. Et si le nombre de passagers contractant une maladie lors d'un vol reste toujours difficile à établir, c'est notamment parce que les voyageurs se dispersent sitôt descendus de l'avion et que la plupart du temps, ils ne voient là qu'un cas isolé, souligne l'Aerias.

À la décharge des cabines d'avion, tout le processus aéroportuaire comporte son lot de risques de contamination, notamment par les mains, très sollicitées vu les nombreuses étapes de manipulation avant, pendant et après un vol: billet, carte d'embarquement, bagages, douanes, contrôles de sécurité. Aussi, on aimerait savoir que les systèmes de filtration d'air sont les mêmes partout dans l'appareil, mais selon l'organisme, certains avions seraient équipés différemment dans la cabine des passagers et le cockpit de pilotage...

Et dire qu'il n'y a pas si longtemps, en plus de tout ce boucan, les voyageurs pouvaient fumer en vol... On finit par comprendre, tout de même! Quant à la qualité de l'air à bord, parions que la concurrence effrénée et la hausse fulgurante du nombre de passagers dans le monde pousseront les transporteurs vers l'amélioration des systèmes en place. D'ici là, essayons de respirer par le nez.

***

dprecourt@ledevoir.comm


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