Théâtre - Des doubles et des duos, en série !
Mots clés : Espace Go, Claude Poissant, Abraham Lincoln va au théâtre, Théâtre, Montréal
Lincoln et John Wilkes Booth, Laurel et Hardy et même Claude Poissant et Larry Tremblay se dénudent à l'Espace Go...

Photo: Pedro Ruiz
Un étrange objet
«Je connais Larry depuis plus longtemps encore, explique-t-il. Ça remonte à bien avant Le Ventriloque, en fait... Je me souviens que le festival de Limoges m'avait demandé, quelque part entre 1990 et 1995, de mettre en lecture une sorte de collage de ses textes; ce qui m'a fait un peu peur parce que pour moi, à l'époque, Larry Tremblay, c'était sérieux. Même un peu universitaire. Eh ben, c'est précisément à ce moment-là que Larry est devenu à mes yeux autre chose qu'un universitaire sérieux! En travaillant sur ce collage, j'ai compris toute la folie qui l'anime, tout le plaisir qu'il éprouve à écrire, à jouer avec les mots et les situations. Je me suis mis à "suivre" tout ce qu'il a fait... jusqu'à ce qu'il vienne m'offrir de monter Le Ventriloque. Ce fut une pièce très importante pour moi, une sorte de spectacle-charnière auquel j'ai consacré beaucoup de temps, à mon rythme. Je me souviens, par exemple, avoir travaillé longtemps sur le texte pour essayer de trouver le niveau de jeu dans lequel il fallait le donner et, quand c'est arrivé, j'ai vécu deux mois de plaisir intense à répéter avant la première... »
Poissant raconte aussi que sa relation à l'oeuvre de Larry Tremblay n'est pas totalement inclusive et que, s'il a mis plusieurs de ses pièces en lecture, il ne les a pas toutes montées, loin de là. Sauf que, lorsque Abraham... lui est passé dans les mains, il a tout de suite manifesté son intérêt. «C'est un texte prenant, brillant, qui m'a touché tout de suite en commençant la lecture, précise-t-il. Larry y décrit la banalité de la vie ordinaire, mais aussi cet acharnement que nous avons, tous à notre façon, à la continuer, à la multiplier sans cesse. Toute l'humanité est dans cet écartèlement.»
Pour le codirecteur artistique du PàP, cet Abraham Lincoln va au théâtre est un objet théâtral pour le moins étrange, qui se déplie en se laissant lire à de multiples niveaux...
Deux gars
Disons d'abord que l'action se passe dans le milieu théâtral, à peu près ici et maintenant, alors que l'on monte une pièce sur la schizophrénie de l'Amérique telle que mise en relief par l'assassinat de Lincoln. Comme l'écrit Poissant dans le programme: c'est «un échantillon thérapeutique, avec rires et douleurs, pour en finir avec cette planète America dont nous sommes les esclaves consentants. "Break a leg!"»
Abraham Lincoln va au théâtre raconte donc l'histoire d'un metteur en scène plutôt intense et autoritaire qui engage deux acteurs (Laurel, Maxim Gaudette, et Hardy, Patrice Dubois) pour rejouer l'assassinat du président américain (Benoît Gouin) par un ancien comédien, John Wilkes Booth, le 14 avril 1865, lors d'une représentation de Our American Cousin au Ford's Theatre à Washington... S'il fallait trouver un élément de plus pour actualiser le propos, rappelons, tiens, que certains historiens soutiennent que cet assassinat a été planifié ici, lors d'un séjour prolongé de Booth à Montréal en compagnie du directeur des services secrets confédérés, James Dunwoody Bulloch, en octobre 1864.
Mais vous avez vous aussi, j'en suis sûr, remarqué le nom des deux comédiens engagés par le metteur en scène: Laurel et Hardy. Comme dans Laurel et Hardy, les mythiques comiques américains du cinéma en noir et blanc: le petit gros à moustache et le grand maigre avec son chapeau et sa canne. C'est exactement cela, me confirme Claude Poissant, qui n'hésite pas à employer les mots «dédale», «serpent» et même «capharnaüm» pour décrire le texte de Larry Tremblay.
Dans cette réflexion sur le jeu, le milieu du théâtre et le showbiz, dans cette histoire d'amour aussi qui s'y dessine, Abraham Lincoln va au théâtre utilise tout au long des figures mythiques américaines pour arriver jusqu'à nous. Pour nous déstabiliser et mieux nous atteindre, entre deux éclats de rire amers, en plein coeur. En plein dans ce regard que nous jetons sur cette Amérique qui nous ressemble pourtant comme deux gouttes d'eau peuvent vraiment se ressembler...
Bon.
Poissant racontera aussi qu'à la veille des générales et à quelques jours à peine de la première, l'équipe de production en est au «fine tuning», aux derniers ajustements de précision. Que tout roule à un rythme qui lui plaît bien, intense, dense, lent et réfléchi... à l'image du Petit à Petit qui a toujours bien porté son nom en se fiant à son flair et à sa spontanéité. Le PàP dont l'avenir s'annonce fort bien depuis l'arrivée dans le décor de Patrice Dubois l'an dernier. De cette nouvelle alliance, Claude Poissant parle aussi avec enthousiasme.
«L'arrivée de Patrice comme codirecteur artistique, c'est précieux pour le PàP. Il y avait huit ans que je dirigeais seul la compagnie depuis le départ de René Richard [Cyr] et l'arrivée d'un nouveau complice, d'un nouvel associé tombe pile: j'ai réalisé tous mes fantasmes, fini l'"ego trip", on repart... Je ne pensais jamais que les choses allaient cliquer autant entre nous, mais j'ai rapidement saisi qu'il était nécessaire de me confronter ou plutôt de m'allier à quelqu'un d'une autre génération pour mieux sentir et mettre en scène ce qui se passe maintenant. Au fil des ans, la compagnie s'est au fond toujours définie de cette façon-là: en ne restant jamais à la même place, en proposant constamment des paroles nouvelles. Le PàP continue ainsi à être une sorte de "labo continu". Et c'est ce que l'on a toujours souhaité. Et qui fait de nous ce que l'on est... »
On pourra vérifier cela de tout près dès mercredi soir, alors que Poissant, Tremblay et Abraham Lincoln lui-même s'amènent avec Laurel et Hardy. Une fois, c'était deux gars qui...
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Abraham Lincoln va au théâtre
Un texte de Larry Tremblay mis en scène par Claude Poissant. Production du PàP présentée dans la grande salle de l'Espace Go du 22 avril au 17 mai.
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