Radioroman soporifique

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : Susan Sarandon, Paolo Barzman, Emotional Arithmetic, Cinéma, Canada (Pays)

Christopher Plummer et Roy Dupuis dans Emotional Arithmetic, du Canadien Paolo Barzman

Discuter de la question juive et des souvenirs douloureux du camp de détention de Drancy sur les rives québécoises du lac Memphrémagog possède quelque chose d'insolite, voire de quasi irrésistible. Hélas, à cet égard et à tous les autres, le sentiment de curiosité qu'éveille Emotional Arithmetic, du Canadien Paolo Barzman, disparaît dès le premier coup de ciseaux du monteur.

De fait, ce psychodrame soporifique sur la mémoire de l'Histoire, adapté par le scénariste Jefferson Lewis (Les Noces de papier) du roman de Matt Cohen et surélevé plus haut que nature par de grandes figures du 7e art, a bien du mal à nous faire croire que nous sommes au cinéma tant l'essentiel de sa proposition -- des conversations filmées -- tient de la radio.

Il suffirait en effet de fermer les yeux pour s'y croire, sans crainte de rien manquer, sinon peut-être les beaux paysages de l'Estrie en automne, que le cinéaste issu de la télévision filme avec un énervant sens du pittoresque, et la splendide maison, prête pour la photo, qui sert de théâtre principal à l'action.

Celle-ci est centrée sur Melanie (Susan Sarandon), une Américaine neurasthénique qui accueille dans la ferme qu'elle habite avec son mari (Christopher Plummer) l'homme qui, quarante ans plus tôt (nous sommes en 1985), l'a prise sous son aile alors qu'elle était, enfant, détenue dans le camp de Drancy, en France. Or ce dernier (Max Von Sydow), devenu écrivain réputé, a débarqué de l'avion en compagnie d'un autre compagnon d'infortune de Drancy (Gabriel Byrne), avec qui Melanie semble avoir des comptes à régler. Lesquels exactement? Notre curiosité, à cet égard, ne sera jamais récompensée, et ce qui nous reste de patience s'envolera dans l'attente qu'elle le soit.

L'essentiel du récit se déploie sur une seule journée, principalement autour des quatre figures (Melanie, son époux et les deux visiteurs). Une cinquième vient par moments, mais trop rarement, perturber l'équilibre: Roy Dupuis, dans la peau du fils du couple.

Vêtu d'une chemise à carreaux qui justifie son accent français, flanqué d'un gamin adorable, il peine à transcender son rôle de futur gardien de la mémoire, tant le scénario l'intellectualise et, par conséquent, manque de le faire exister. Au mieux est-il réduit à épier les conversations des «adultes» tout en leur mitonnant des petits plats, carré d'agneau, tarte Tatin, dont le cinéaste observe la confection avec une attention si vive que, par désoeuvrement, on cherche dans l'assiette des sens cachés, symboliques ou métaphoriques. En vain, Dieu merci.

Collaborateur du Devoir

***

Emotional Arithmetic (L'Automne de mes souvenirs)

De Paolo Barzman. Avec Susan Sarandon, Christopher Plummer, Gabriel Byrne, Roy Dupuis, Max Von Sydow, Dakota Goyo. Scénario: Jefferson Lewis, d'après le roman de Matt Cohen. Image: Luc Montpellier. Montage: Arthur Tarnowski. Musique: Normand Corbeil. Canada, 2007, 100 min.


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