Autobiographie - Le temps d'Hubert Reeves
Mots clés : Je n'aurai pas le temps, conteur d’étoiles, Hubert Reeves, Livre, France (pays), Québec (province)

Hubert Reeves se lance ici dans un périple qui permet de mieux saisir comment ce scientifique humaniste s'est formé. Le terreau familial, on peut s'en douter, favorisait l'épanouissement de cette curiosité originelle, cette fièvre qui le lançait à l'aventure durant les vacances d'été sur les rives du lac Saint-Louis.
Il est aussi intéressant de voir l'influence qu'a eue sur lui un certain père Louis-Marie, trappiste et botaniste, qui a joué un rôle central dans son choix d'une carrière scientifique. En plus des balades dans la nature, à la recherche de diverses plantes à inclure dans un herbier, c'est par cet ami de la famille que le jeune Reeves entre en contact avec un laboratoire, où il s'émerveille de l'invisible rendu visible grâce à la magie du microscope.
Dès son plus jeune âge, il dévore tous les ouvrages qui lui tombent sous la main. C'est ainsi qu'il parcourra inlassablement les pages du livre d'astronomie D'où venons-nous, de l'abbé Moreux. «Je découvrais l'existence merveilleuse de ce monde de l'astronomie, des photos des planètes, des nébuleuses, des galaxies, explique-t-il. Je relisais chaque page plusieurs fois pour m'assurer de bien la comprendre mais surtout pour me conforter dans l'idée que j'étais en train d'accéder à un monde bien réel, au-delà du quotidien, et qui méritait que je lui accorde la plus grande attention et les plus grands efforts. Un peu, j'imagine, ce que ressentaient les explorateurs abordant des îles vierges, prêts à se confronter aux plus grandes difficultés pour en découvrir les richesses.»
Merveilleuses mathématiques
Étudiant au collège Jean-de-Brébeuf, établissement alors intensément catholique, il se passionne pour les mathématiques. Le déclic survient lorsqu'il doit trouver à quelle distance placer deux lentilles dans un télescope pour discerner les astres avec netteté. «Le fait qu'une simple formule algébrique puisse nous donner le mode d'emploi pour accomplir un tel exploit provoqua en moi comme un sentiment de vertige. Je n'en revenais pas. Et d'ailleurs, je n'en suis jamais revenu.»
Hubert Reeves, fermement convaincu que la science fera toujours intimement partie de sa vie, mène de brillantes études et pousse un jour l'audace jusqu'à demander à un observatoire astronomique de la région de Boston de l'accueillir. Il y passera un mois à prendre part aux différents travaux nocturnes d'observation. Inscrit à la faculté des sciences de l'Université de Montréal, il obtient un baccalauréat es sciences en physique en 1953, avant de décrocher une maîtrise puis un doctorat en astrophysique nucléaire à l'université Cornell, aux États-Unis. Entre les murs de cet établissement, il prend conscience que la science est en marche et qu'il peut y prendre part, au lieu de se contenter d'un rôle d'observateur.
Il y côtoie de grands physiciens qui ont pris part à l'avance accélérée de différentes branches de la physique au cours du XXe siècle. Parmi ses enseignants, des scientifiques du projet Manhattan de fabrication de la bombe atomique. Sa propre carrière de professeur universitaire est par la suite couronnée de succès et l'amène un peu partout dans le monde. Il travaillera même pour la NASA.
Lui qui aurait pu se contenter du rôle du professeur respecté et admiré opte plutôt pour la perpétuelle nouveauté. «J'ai systématiquement refusé toute proposition de postes qui [...] auraient risqué de ne pas me laisser tout le temps nécessaire pour mes insatiables envies de connaissances».
Transmettre le savoir
À lire ses mémoires, on a parfois l'impression de découvrir un de ses scientifiques joviaux et assoiffés de connaissances inventés par Jules Verne. Il se présente aussi en ardent défenseur de la «communication entre les générations» de scientifiques, lui qui a d'ailleurs dirigé à maintes reprises des étudiants dans la rédaction de leur thèse de doctorat. Une sorte de «filiation universitaire» qu'il juge essentielle.
Hubert Reeves croit aussi fermement à l'«importance pédagogique et civilisatrice de l'astronomie dans l'éducation», à laquelle il faut être attentif, d'autant plus que «notre présence ici et aujourd'hui est liée à un ensemble de phénomènes dans lesquels tout le cosmos est impliqué. C'est notre généalogie que l'astronomie aujourd'hui nous révèle». L'humanité doit en prendre conscience, répète-t-il depuis plusieurs années. Nous qui sommes «une espèce éminemment périssable» qui s'acharne à détruire son milieu de vie.
Et même après toutes ces décennies, son éternel questionnement demeure intact, tout comme sa grande et sincère humilité: «Que celui qui a vécu dans un milieu où il a pu bénéficier d'une ouverture sur la culture, les arts et la science porte un regard sur l'ensemble de la population mondiale. Il réalisera alors qu'il appartient à une infime minorité et s'apercevra de la chance qui fut la sienne. Un quart de la population mondiale vit en dessous du seuil de la pauvreté. Pour ces gens, l'urgence quotidienne imposée par la survie est infiniment plus pressante que l'intérêt pour la vie sur d'autres planètes ou pour la création artistique. Je peux prendre conscience de l'immense privilège qui est le mien. Je suis né et j'ai été élevé dans un environnement qui m'a laissé le loisir de me passionner pour ces questions. Mais pourquoi moi, et pourquoi vous aussi, qui lisez ces lignes? Y a-t-il une réponse?»
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Je n'aurai pas le temps
Hubert Reeves, Éditions du Seuil, Paris, 2008, 330 pages
Vos réactions
M. Reeves... - par Jean-Paul Gosselin
Le samedi 19 avril 2008 23:00
Bravo pour l'influence de Louis-Marie - par Pierre Ferron (ghipier@hotmail.com)
Le samedi 19 avril 2008 17:00
Le cosmos intérieur - par Nadeau Béa
Le samedi 19 avril 2008 13:00
Beau message - par Claude Boire-Lavigne
Le samedi 19 avril 2008 12:00
Un « Devoir » à la manière de « La Presse » - par Nicolas St-Gilles
Le samedi 19 avril 2008 09:00

