Deux pays, une forêt - Les forêts ne reconnaissent pas les frontières

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Thierry Haroun
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : environnement, Appalaches, Forêt, États-Unis (pays), Canada (Pays)

« La Gaspésie, c'est un joyau sur le plan de la biodiversité »

Le mont Washington dans les Appalaches. L'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie couvre 33 millions d'hectares de forêts et d'écosystèmes s'étendant sur la partie la plus à l'est de l'Amérique du Nord, chevauchant ainsi la frontière canado-américaine. Photo: Mollie Matteson

L'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie forme un tout sur le plan environnemental et écosystémique. Depuis plusieurs années, cette région unique au monde fait l'objet d'une attention particulière de la part des chercheurs et autres experts portés par une mission visant à protéger sa biodiversité. Ces acteurs sont regroupés au sein de l'organisme canado-américain Deux pays, une forêt.

L'organisme Deux pays, une forêt (2P1F) qui regroupe une cinquantaine d'organisations, de chercheurs et de fondations, a pris naissance au tournant des années 2000 dans le but avoué de voir à la conservation et la restauration du patrimoine forestier et naturel de l'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie.

Les principes directeurs de 2P1F s'articulent autour de trois axes d'intervention, le premier étant de travailler et de réfléchir à l'échelle écorégionale, et ce, à l'intérieur des frontières écologiques plutôt que politiques. Deuxièmement, de définir un cadre d'interprétation clair en mettant sur pied un réseau soutenant des échanges transfrontaliers d'informations et de connaissances. Enfin, d'utiliser à bon escient les principes de base de la conservation à l'échelle du paysage qui sont fondés sur la science.

Lieu de partage

Dans cette optique, cet organisme veut servir de forum afin de renforcer la collaboration entre les groupements et les experts intéressés par l'utilisation d'outils et le partage des savoirs scientifiques. En cela, plusieurs priorités sont au programme, soit de conduire des études de premier plan sur les tendances écologiques qui se dessinent dans cette écorégion, de cartographier les habitats et les corridors principaux qui relient ce vaste territoire, et d'établir une stratégie de communication visant à sensibiliser et informer la population quant à la richesse écologique et le potentiel de conservation de ce territoire.

Formée par le recul des glaciers il y a quelque 12 000 ans, l'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie couvre 33 millions d'hectares de forêts et d'écosystèmes s'étendant sur la partie la plus à l'est de l'Amérique du Nord, chevauchant ainsi la frontière canado-américaine. En clair, elle passe principalement par quatre États américains -- le New Hampshire, l'État de New York, le Maine et le Vermont -- et quatre provinces canadiennes, soit le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard.

Mais où est basé 2P1F? «Physiquement, nous avons un bureau à Halifax, mais nos réunions se font principalement à Montréal pour des raisons de transport. C'est d'ailleurs un peu l'originalité de notre organisme», précise Louise Gratton, membre fondatrice de l'organisme et membre du comité scientifique. Ce comité est notamment composé du Middlebury College (situé dans l'État du Vermont), du Wildlands Project, du Wildlife Conservation Society Canada et des université de Dalhousie, du Maine et du Nouveau-Brunswick.

«Vous savez, ce qui est intéressant, c'est que nous ne sommes pas qu'un organisme de recherche, dit-elle, nous sommes surtout une coalition de gens et d'organismes qui s'intéressent et qui oeuvrent sur ce territoire riche en biodiversité. Et quand on parle de "conservation", ça ne veut pas seulement dire qu'il faille conserver des aires protégées, des parcs ou encore des réseaux écologiques. Ce terme signifie aussi de favoriser des pratiques qui permettent de préserver la biodiversité, que ce soit dans le cadre de l'exploitation forestière, minière, agricole ou énergétique.»

Aménagements durables

On en arrive finalement à l'aménagement du territoire, pour ainsi dire? «Oui, tout à fait. J'ajouterais également que l'expression "développement durable" est galvaudée. Par exemple, des gens nous arrivent avec des développements immobiliers qu'ils qualifient de développement durable. Je m'excuse, mais ce n'est pas ça du développement durable! Le développement durable vise l'aménagement du territoire dans lequel on fait du développement qui soit durable dans le temps à l'échelle d'un territoire et non pas à l'échelle d'un projet.»

Les recherches et les actions de Deux pays, une forêt portent notamment sur l'établissement de statuts territoriaux, sur l'étude de diverses réglementations et autres approches scientifiques. «Par exemple, notre comité scientifique, qui est très bien soutenu par la Wildlife Conservation Society, est à établir ce qu'on pourrait appeler "l'empreinte humaine" sur le territoire à partir des routes, de la densité de population et de la construction résidentielle, permettant ainsi de recenser les endroits qui seraient les plus menacés à long terme. Ce travail se déploie à partir de projections et de modélisations.»

Résultats? «On s'est rendu compte qu'il y avait des secteurs qui sont en train de perdre des milieux naturels; des endroits considérés essentiels pour maintenir un lien entre de grands massifs naturels», explique Mme Gratton, également directrice des sciences et de la gestion des milieux naturels de l'organisme Conservation de la nature Canada, région du Québec.

Ces espaces naturels sont ceux de la vallée de Black River (reliant Tug Hill et les Adirondacks de l'État de New York), de la vallée du lac Champlain (reliant les Adirondacks et le Vermont), les monts Green-Sutton (reliant le Vermont et le Québec), la liaison entre la Gaspésie et le nord du Maine ainsi que l'isthme de Chignectou (reliant le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse).

L'un des défis qui se dressent pour le maintien de la biodiversité et la préservation de ces espaces est celui du réchauffement climatique, rappelle Mme Gratton. «En fait, ce qu'on tente de comprendre et d'analyser, c'est la mouvance qui va se produire à terme du fait des changements climatiques, tant pour la flore que pour la faune. Je pense notamment à la migration des espèces vers le nord. Il y a aussi les conséquences du réchauffement climatique sur la masse d'eau disponible dans cette écorégion, qui risque d'être moins disponible en raison de l'évaporation. Donc, il nous faut être sensibles à tous ces phénomènes.»

Un joyau, la Gaspésie

De son côté, la chercheure et biologiste Justina Ray, coprésidente de Deux pays, une forêt et directrice générale de Wildlife Conservation Society Canada, tient à dire que s'il est une région exceptionnelle au sein de l'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie, c'est celle de la péninsule gaspésienne. «La Gaspésie, c'est un joyau sur le plan de la biodiversité. Cette région, qu'il faut absolument protéger, détient une très importante population de lynx, entre autres richesses. Nos travaux de cartographie nous permettent d'avancer que c'est l'une des régions qui a été le moins modifiée par l'action humaine.»

La biodiversité se définit principalement, selon Mme Ray, par «la variété et l'abondance de vie». Comment se porte l'écorégion des Appalaches nordiques et de l'Acadie dans son ensemble? «Nous sommes à la croisée des chemins. Je ne parle pas de menace pour la région, mais il faut tenir compte de l'occupation humaine de ce territoire en raison d'une forte densité démographique qui s'y trouve. Il faut suivre avec attention la planification de ce territoire, et c'est pour cela que notre organisme existe.»

Collaborateur du Devoir


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Préoccupation pour la biodiversité ?? - par Michel Thibault
Le dimanche 20 avril 2008 18:00

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