Pour un développement viable - Les solutions vertes sont-elles réellement « vertes » ?
Mots clés : enjeux environnementaux, Greenwashing, Déchet, Québec (province)
Le « Greenwashing » banalise les enjeux environnementaux

Photo: Agence Reuters
D'autres tentent d'instiller l'image que cette immense aspiration pour un environnement de qualité pourrait se muer en une dictature verte, qui n'existe nulle part et ne se pointe dans aucun scénario de gouvernance, local, national ou international. Mais c'est déjà ce qu'évoquent -- à mots couverts -- les pollueurs et les dévastateurs d'écosystèmes chaque fois que l'intérêt public leur impose une nouvelle norme ou tente d'encadrer leur activité. On voit poindre le même discours chez les individus confrontés à la remise en question de leurs luxe et privilèges.
Mais s'il est facile de stigmatiser ces réactions caricaturales, il est moins facile de démontrer comment le système économique et une classe politique complaisante dévaluent constamment la logique du développement viable par de fausses solutions, souvent imposées par des entreprises intéressées à profiter de la vague verte, mais qui ne résisteraient pas à de solides analyses publiques indépendantes basées sur des analyses de cycle de vie.
OGM et nano
Les deux exemples les plus percutants de la récupération du discours environnemental sont sans contredit les OGM et les nanotechnologies qu'on introduit dans l'environnement sans avoir démontré préalablement leur innocuité et sans informer les consommateurs de leurs impacts, dont on ignore tout dans le meilleur des cas. Mais ce ne sont pas des exemples évidents à moins de s'imposer un cours 101 sur la question.
Nous ingurgitions autrefois des plantes qu'on avait arrosées avec des insecticides. Désormais, les animaux de ferme et les humains ingurgitent des plantes qui contiennent dans leurs structures des insecticides auxquels on n'applique pas les règles du genre, sous le fallacieux prétexte du principe dit de «l'équivalence», c'est-à-dire que les plantes comestibles OGM ont en apparence les mêmes caractères que les plantes naturelles! Les multinationales qui ont disséminé les BPC, l'agent orange, le Roundup, les OGM, etc., nous les vantaient pourtant comme sans danger, souvent en taisant les études qui démontraient le contraire, jusqu'à ce qu'on ait fait la preuve, quelques milliards de profits plus loin, exactement du contraire.
Les nanomatériaux, qui seraient présents dans plus de 500 produits sur le marché, permettent à des médicaments, à des engrais et à des pesticides de franchir les barrières cardiovasculaires, cérébrales et moléculaires autant des plantes que des humains. Un grand pas pour l'environnement puisqu'il en faudra moins, affirment leur promoteurs.
Mais qu'arrive-t-il aux autres nanomatériaux qui ont les mêmes propriétés, qui ne sont pas des médicaments, mais qui peuvent tout aussi bien pénétrer les tissus des humains après avoir infiltré les animaux d'élevage ou qui vont vous rejoindre par la chaîne alimentaire? Personne ne peut répondre à cette question, mais on produit et vend quand même ces nanomatériaux sans en connaître les impacts sur les écosystèmes et les humains, car nous ne disposons pas encore des techniques pour suivre à la trace ces nouvelles matières qui n'existent même pas dans l'échelle atomique de nos livres de chimie!
À notre échelle
Mais nous pouvons retrouver chaque jour dans notre quotidien cette myopie volontaire à l'endroit des nouvelles menaces qui s'ajoutent à la perte globale de biodiversité et aux changements climatiques.
Par exemple, on remplace les ampoules incandescentes par des fluocompactes pour économiser l'énergie et réduire les émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Mais ces ampoules, qui contiennent du mercure, ne font pas l'objet de consignes sévères et des spécialistes soutiennent maintenant que la fabrication de leurs composantes de haute technologie a exigé en usine l'énergie qu'on pense économiser à la maison.
Cette solution, qui a peut-être sa raison d'être dans un pays qui produit son électricité au charbon et au nucléaire, est-elle un simple transfert de problème environnemental? Est-elle pertinente ici au Québec de l'hydro-électricité? Et remplacera-t-elle vraiment du pétrole si on la vend aux Américains ou stimulera-t-elle simplement leur boulimie énergétique?
Sous prétexte d'économiser du papier, plusieurs relationnistes envoient désormais leurs communiqués dans une clef USB aux journalistes! Sophisme énergétique là encore? Tout comme ces nouveaux CD et DVD, qui prennent moins de place et de matières mais qui, contrairement aux vieilles cassettes, ne se recyclent pas parce que, comme des milliers d'autres produits sans validation de leur intérêt environnemental, ils sont le résultat d'un amalgame de matériaux impossibles à séparer.
Un autre exemple. Nos gouvernements encouragent l'achat de véhicules hybrides avec des subventions pouvant atteindre 2000 $ pour chacun. Mais comment justifier le fait que des utilitaires sports hybrides bénéficieront d'un appui financier alors qu'ils consomment plus d'essence que des petites voitures thermiques, qui, elles, n'ont pas droit à cette aide? Comment expliquer que nos gouvernements n'accordent pas la même subvention pour l'achat de motos de faible cylindrée qui ne consomment pas plus, ou consomment moins, que des voitures hybrides? Incohérence et récupération politique d'effets de mode?
Tout le monde se rappellera le débat qu'avait provoqué la pseudo-étude scientifique publiée l'été dernier, qui prétendait qu'un Hummer était moins énergivore qu'une Prius. Mais si on faisait de véritables études de cycle de vie, on constaterait peut-être que des voitures légèrement plus durables mais peut-être un peu plus lourdes exigent moins d'énergie sur un cycle de vie de 20 ou 30 ans si elles permettent d'éviter l'achat, et donc la construction, d'une ou deux voitures, ce qui équivaut à la consommation de deux ou trois années entières du même véhicule. On ne peut dans l'état actuel des choses faire ces débats de façon éclairée sans recourir à des experts vraiment indépendants et à une confrontation de ces experts dans des débats publics rigoureusement menés. Mais pourquoi laisse-t-on présentement le marché dicter la façon dont il faut protéger ici l'environnement alors qu'en Europe, on y arrive avec des résultats spectaculaires?
Des vérités qui dérangent
Plus on regarde loin dans la gestion environnementale, plus on découvre des petites vérités qui dérangent. On découvre que les sacs de plastique compostables peuvent contaminer les stocks de plastique conventionnel qu'on récupère en y introduisant des éléments déstabilisateurs. Mais tout un marketing vert s'est construit là-dessus sans préciser que ces sacs de plastique compostables doivent aller aux déchets, pas au recyclage. Le dire aurait tué l'image environnementale que les commerces veulent se donner...
En sera-t-il de même avec les savons sans phosphates? Il faut espérer que les fabricants ne vont pas y introduire des molécules dont on découvrira les torts dans 20 ans.
Plusieurs ont hésité à poser ce geste symbolique auquel on les conviait récemment, soit d'éteindre nos lumières pour marquer notre appui à des politiques énergétiques plus acceptables. Mais à quoi cela sert-il d'éteindre ses lumières pendant une heure, pour souper agréablement à la chandelle et filer ensuite au concert ou au cinéma dans un gros 4x4?
Le «Greenwashing», avec lequel flirtent maintenant de grands magazines comme Vanity Fair, s'infiltre partout, banalise les enjeux environnementaux et sature souvent plus les gens qu'il ne les informe. Entreprises et médias découvrent l'intérêt de «surfer» sur la vague environnementale, mais à la condition de pouvoir imposer des demi-solutions plutôt que de débattre de la nécessité impérieuse de la décroissance dans tous les domaines, ce qui attaquerait le dogme qui agit comme un masque devant nos yeux.
Comme ces phosphates qu'on propose de bannir du lave-vaisselle et du lavabo -- bravo! -- mais sans s'attaquer à la réduction de la densité humaine autour des lacs, sans l'ajuster à la capacité de support des écosystèmes, sans contrôle de l'érosion ou de la charge polluante agricole et sans règles particulières pour la protection des prises d'eau collectives.
Un jour, ce sera peut-être le tour de la Terre!
Vos réactions
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