Aurons-nous l'audace de nos rêves?

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Normand Thériault
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : environnement, Pollution, Chine (République populaire) (Pays), Québec (province)

Piles, frigos et cellulaires sont la partie émergente de l'iceberg écologique

Un lampadaire envahi par une plante grimpante: voilà le genre d'action que posent les «guérilleros aux pouces verts». Photo: David Tracey, Guerilla Gardening: A manualfesto

Vert l'avenir? On le souhaite. Difficile le présent? On le constate. La planète Terre subit les contrecoups de ceux qui l'habitent.

Si rien de concret n'est fait, un autre désastre écologique se profile à l'horizon au sud de nos frontières. Il ne sera pas provoqué par des voitures qui débordent des autoroutes. Il ne sera pas occasionné par les différents rejets que produit l'industrie. Il ne sera pas non plus une Katrina à cause de qui se sont répandus dans l'eau des mers et des rivières des millions de litres de produits chimiques. Oh non, il s'agira de la mise au rancart d'un objet qui figure à plus d'un exemplaire dans la plupart des foyers. En 2010, quand les réseaux américains de télévision, que ce soit ceux des chaînes conventionnelles ou des spécialisées, passeront au numérique, il est prévu que 80 millions de postes actuellement en usage se verront voués à l'élimination pure et simple. Une question se pose alors: ces postes seront-ils récupérés, démontés pour en recycler la part utilitaire, nettoyés de leur contenu pollueur, ou tout simplement envoyés à la casse, laissant échapper dans l'air ou les sols des produits qui contaminent à long terme l'environnement?

Les Américains pourraient alors être montrés du doigt, oubliant qu'un jour prochain, la même situation se reproduira au nord de leurs frontières et, avec le temps, un peu partout sur la planète. On oubliera aussi qu'ici, au Québec, toujours des piles se retrouvent dans des sacs verts, que des frigos meurent le «ventre» à l'air et que plus d'un cellulaire connaît une vie utile brève, mais une mort fort lente quand il est incinéré.

Vivre dangereusement

L'été prochain auront lieu les Jeux de Pékin. Des experts affirment qu'il n'est cependant pas recommandable pour des athlètes soucieux de leur santé d'y participer: on ne devrait pas courir un marathon quand il fait 30 degrés à l'ombre et que l'air est saturé par des émissions carboniques. Il y a donc là place à la dénonciation facile, même de la part de ceux qui, les mêmes soirs, auront le plaisir de «stationner», enveloppés d'une atmosphère de même qualité, que ce soit sur l'autoroute Décarie, le boulevard Métropolitain ou l'un ou l'autre des ponts de cette île qu'est Montréal.

En pratique, sur une base quotidienne, que ce soit ici ou en tout autre lieu de la planète, les exemples abondent pour illustrer le fait que l'être humain vit dangereusement. Il faut être un George Bush pour proclamer que le réchauffement climatique n'est qu'une illusion, devenant alors le porte-parole de ces amis redoutables qui ont permis à Halliburton de sévir en Irak ou à Enron de faire vivre il n'y a pas si longtemps la Californie dans le noir. Et seul un Stephen Harper peut justifier politiquement lap ertinence de l'exploitation des sables bitumineux au nom des profits générés et d'un huard devenu monnaie forte: les revenus qui s'accumulent expliquent que l'Alberta vive sans dette publique. Plusieurs de nos politiciens auraient en fait dans une telle situation une même attitude: une occasion semblable serait ici offert que nombreux seraient les Québécois à regarder ailleurs plutôt que d'avoir à admettre qu'un Grand Nord se meurt.

Vert ou noir est l'ailleurs

Pourtant, nous les humains rêvons. Si du haut du ciel se dessine une verte vallée, que ce soit celle de la rivière Ouelle dans le Bas-Saint-Laurent ou une autre que parcourt la Liffey dans la verte Irlande, nous voulons y avoir pour toujours accès, quitte à devoir s'y rendre par avion ou en empruntant l'auto, qui tous deux toutefois émettront au long du parcours d'autres tonnes de ces gaz devenus maudits depuis que l'on s'est rendu compte de leur action sur l'atmosphère.

Mais on rêve. Et ce sont toujours les «autres» qui ne récupèrent pas, qui enfouissent plutôt qu'ils ne recyclent, qui ont des comportements qui s'avèrent dangereux. Et, en fait pourquoi s'en faire: ceux que l'on dit du Tiers-Monde, d'Haïti jusqu'en Asie et Afrique, eux qui sont nettement plus nombreux, ont-ils une quelconque conscience du nécessaire équilibre écologique? Aurait-on oublié ces forêts qui brûlent en Amazonie? Ou ces mines qui déversent encore en Amérique leur lot de matières chimiques, tuant les lacs comme on le fit en Abitibi avec celui d'une ville comme Rouyn-Noranda?

Territoires partagés

Il est toujours difficile de justifier l'inaction. À Vancouver, à Bruxelles, des «guérilleros aux pouces verts» contre-attaquent. À Montréal, une Emily Rose Michaud glisse des plantes dans ses oeuvres, autant de clins d'oeil sur notre monde, un Glen Lemesurier crée des jardins mariant arbres et sculptures avec en tête cette idée qu'il faut réinscrire la ville dans la nature: il n'y a pas que des autoroutes ou des immeubles comme outils possibles pour donner aux zones urbaines un caractère, une identité.

Et sortons-nous à l'extérieur de nos territoires quotidiens qu'il n'est pas nécessaire de se rendre bien loin, là où les glaciers fondent, pour découvrir que la planète est mise à mal: dans quel état sont nos forêts et quel avenir ont nos lacs que les algues bleues envahissent, rejetons non prévus de ces phosphates qui font les pelouses vertes et rendent le linge «plus blanc que blanc»?

Le 22 avril prochain, partout on en parlera: en ce Jour de la Terre, aucun effort ne semblera inutile. Mais qu'en sera-t-il demain? Aurons-nous toujours l'audace de nos rêves?


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