Sous le soleil de l'Italie - Le cinéma italien renaît de ses cendres
Mots clés : cinéma italien, Cinéma, Montréal, Italie (pays)
« L'héritage du néoréalisme est encore bien vivant »
Années 1980 et 1990, les cinéphiles du monde entier gravent, la larme à l'oeil, une épitaphe à un cinéma italien exsangue. Aujourd'hui, ce cinéma a reconquis sur son territoire le tiers des parts du marché et les rangs de la relève ne cessent de s'agrandir. Pourtant, le 7e art de la péninsule peine à retrouver les faveurs des écrans internationaux.Cette programmation, concoctée par Jean Gili, cofondateur de la manifestation annecienne et professeur à la Sorbonne, fait écho à un premier rendez-vous du genre en automne dernier, et sera à Montréal complétée par une rétrospective des oeuvres des frères Taviani et une exposition dédiée à l'écrivain Giorgio Bassani et à quelques-unes de ses adaptations pour grand écran.
«Parmi les onze films, je ne saurais lequel vous recommander. Ils sont à appréhender comme un tout pour prendre le pouls du cinéma italien d'aujourd'hui», avertit Jean Gili. Avec toutefois une préférence doucement avouée pour Non pensarci, de Gianni Zanasi, où une star du rock indépendant tire son bilan. À 36 ans, il lui reste en bref une guitare et une voiture aux portières bloquées. «On y retrouve les qualités de la grande comédie italienne. C'est un film attachant, très bien joué, aux prises avec la réalité économique et sociale contemporaine.»
Et de signaler un autre point saillant, Valzer, de Salvatore Maira, un seul plan-séquence pour balayer présent et passé, la mafia du ballon rond et les retrouvailles d'un père et de sa fille. Sinon, on retrouve les thèmes chers à la cinématographie du pays: l'immigration clandestine ou non (Lettere dal Sahara, du grand Vittorio de Seta, Riparo, de Marco Simon Puccioni, Io, l'altro, de Mohsen Melliti), la criminalité (L'Uomo di vetro, de Stefano Incerti, Mi fido di te, de Massimo Venier) et la chronique de société (SoloMetro, de Marco Cucurnia).
«L'héritage du néoréalisme est encore bien vivant dans le cinéma italien d'aujourd'hui. Il reste fidèle au témoignage, à l'enquête sociale», résume Jean Gili. D'ailleurs le documentaire connaît sur la péninsule un boom sans précédent. «Même les salles commerciales commencent à en programmer, ce qui en Italie est un pari osé.»
La grande dépression
Les talents sont là, alors pourquoi cette traversée du désert? Selon Jean Gili, elle ne peut s'expliquer sans retour en arrière. «Dans les années 60 et 70, le cinéma italien a connu une période exceptionnelle, tant sur le plan de sa qualité que de sa notoriété. Pour Cannes seulement, il a été couronné d'une double Palme d'or en 72 et de deux autres en 77 et 78. Après une telle apogée, on ne peut enregistrer qu'un déclin et les réalisateurs en ont eu conscience.»
Mais le poids du passé ne justifie pas tout aux yeux de Jean Gili. «Il y a aussi eu une crise de créativité. Peut-être parce qu'ils n'avaient pas les moyens, les cinéastes ont tourné dans leur chambre, repliés sur leur nombril. Le public s'est lassé de leurs histoires et s'est tourné vers la télévision ou les productions américaines.» Cette vague de nombrilisme dont le plus éminent représentant s'appelle tout de même Nanni Moretti: «Oui, mais lui a du génie!» D'ailleurs, à quelques rares exceptions près, nommées Benigni (La Vie est belle), Bertolucci (Le Dernier Empereur, Innocents) ou Tornatore (Cinema Paradiso, Malena), il est le seul à avoir percé la grisaille de la grande dépression. Il a même réussi à offrir une Palme d'or (avec La Chambre du fils) à son pays alors que plus personne n'y croyait.
«Il y a toutefois eu une focalisation excessive sur Moretti. Le public et la critique internationale en ont perdu de vue les anciens comme Bellochio, Olmi ou Monicelli, qui n'ont jamais cessé de réaliser de belles oeuvres. Et pas seulement les anciens. Un grand cinéaste comme Gianni Amelio est tout aussi injustement resté dans l'ombre. Lamerica a traversé les frontières, mais ses autres films, pourtant d'égale qualité, sont passés inaperçus. Même Mon frère, pourtant Lion d'or à Venise, a été mal accueilli.» Sur le banc des oubliés Jean Gili place encore Marco Tullio Giordana et Silvio Soldini, qui n'ont pas attendu Nos meilleures années ou Pain, tulipes et comédie pour marquer le 7e art. «Je le dis souvent, le même film estampillé production roumaine ou bulgare trouverait un meilleur écho dans les salles parisiennes.»
Talon d'Achille
Mais l'ombre portée par Moretti, le déficit d'image et la méconnaissance de la cinématographie de la péninsule n'expliquent pas toutes les difficultés rencontrées par la relève hors frontières. «Il manque encore des réalisateurs visionnaires. Pour l'instant, il se fait du bon cinéma, bien écrit, bien réalisé, mais il n'y a pas encore de grands stylistes.» À deux exceptions près, selon Jean Gili: Paolo Sorrentino, l'auteur des Conséquences de l'amour et de L'Ami de la famille. «Il y a chez lui une fulgurance visuelle proche de celle de Fellini.» Et Paolo Franchi, dont le deuxième film, «totalement plastique et antonionien», Aucune qualité au héros, était en compétition à la dernière Mostra de Venise. Et d'ajouter: «Il faudrait aussi retrouver des ambassadeurs comme Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale ou Monica Vitti. L'Italie compte de très bons acteurs, mais ils ne sont pas connus à l'étranger. Certes, il y a Monica Belluci, mais elle tourne surtout aux États-Unis.»
Jean Gili reste pourtant optimiste. «Si le cinéma italien a retrouvé son statut de prophète en son pays, il finira par reconquérir les écrans internationaux. C'est une hypothèse, mais elle peut tout à fait se réaliser.»
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Collaboratrice du Devoir
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Jean Gili sera à la Cinémathèque de Montréal du 30 avril au 2 mai pour animer une vidéoconférence donnée par Paolo Taviani (le 30 avril à 10h), présenter l'adaptation de l'oeuvre de Giorgio Bassani (le 2 mai à 16h) et commenter quelques films de sa programmation.
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