L'héritage de la Fiducie canadienne italienne - Une «caisse» comme outil d'intégration de la communauté italienne

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Claude Lafleur
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008

Mots clés : Fiducie canadienne italienne, Banque, Montréal, Italie (pays)

«Alphonse Desjardins a pris le modèle italien de coopérative pour créer son mouvement»

Mario de Carolis, directeur général de la Caisse populaire canadienne italienne de Montréal

Il y a dix ans, le Mouvement Desjardins acquérait la Fiducie canadienne italienne, ajoutant de ce fait un joyau à son réseau. «Avec nos huit points de services répartis sur l'île de Montréal, nous sommes l'une des plus importantes caisses populaires du Mouvement, confirme Mario de Carolis, directeur général de la Caisse populaire canadienne italienne de Montréal. Mais, surtout, nous sommes devenus un important outil d'intégration pour la communauté italienne.»

Mario de Carolis se souvient que, durant son enfance, dans les années 1970, il ne faisait pas bon être italien. «On se faisait crier des noms..., on se faisait même battre, dit-il. C'est pourquoi on hésitait à s'afficher comme italien. Mais voilà que les choses ont bien changé depuis, car mes enfants sont fiers d'être italiens. Ils ont plein d'amis francophones et anglophones et tous jouent au hockey en français!»

C'est dire qu'à sa manière, la Caisse populaire canadienne italienne de Montréal -- autrefois la Fiducie canadienne italienne -- joue un rôle d'intégration de sa communauté dans le Québec moderne. «Toute personne qui vient chez nous se fera servir dans sa langue, dit fièrement le directeur général, qu'il s'agisse de l'italien, du français ou de l'anglais.» Il précise en outre que si son institution se fait un point d'honneur de mettre de l'avant le français -- «Nous n'avons aucun problème avec l'Office de la langue française, bien au contraire!» --, elle encourage néanmoins l'essor de la culture italienne.

Une fiducie au service de sa communauté

La Fiducie canadienne italienne a été fondée dans les années 1970 par des gens d'affaires du Québec et d'Italie afin d'offrir les services financiers de base aux petits épargnants, rapporte Mario de Carolis. «À l'époque, plusieurs des gens de notre communauté avaient besoin de se faire servir dans leur langue puisqu'ils avaient de la difficulté à parler le français ou l'anglais», dit-il.

La fonction première de la Fiducie consistait donc à offrir les services de dépôts et de prêts aux épargnants italiens. «Il s'agissait, en quelque sorte, d'une caisse populaire pour la communauté», résume-t-il. Les fondateurs se sont d'ailleurs inspirés des pratiques d'Alphonse Desjardins, en installant les succursales de leur fiducie dans les paroisses italiennes de Montréal, tout près des églises fréquentées par la communauté.

Avec le temps, la clientèle a même pris l'habitude de se référer à la Fiducie pour obtenir de l'aide lors de démarches administratives auprès des gouvernements locaux et italiens. «On a donc commencé à s'associer à diverses agences italiennes, notamment celles régissant les régimes de pension, explique M. de Carolis. Nous sommes devenus en quelque sorte un intermédiaire et un centre de référence...»

«Nous nous sommes également associés au Congrès national des Italiens, à la Comitare, à la Città Italiana... Nous avons donc commencé avec le petit épargnant pour acquérir un rôle de plus en plus étendu.» De la sorte, sans même s'en apercevoir, la Fiducie devenait un acteur du développement socioéconomique de la communauté italienne montréalaise.

Un «juste retour des choses»

En 1997, les intérêts de la Fiducie canadienne italienne ont été acquis par le Mouvement Desjardins. «C'est la meilleure chose qui nous soit arrivée!, lance avec ravissement Mario de Carolis. Pourquoi? Parce qu'en s'associant à cet important réseau, qui nous donne accès à une foule de produits et de services, nous avons aussi conservé notre identité italienne.»

«Comme le clament les dirigeants du Mouvement, ils savent composer avec les avoirs et avec les êtres, relate M. de Carolis. Et c'est exactement ce qui nous est arrivé: ils ont été très sensibles à la cause des Italiens, en nous permettant de conserver notre identité et de continuer de desservir notre clientèle dans sa langue.»

Il s'agit même d'un certain «retour des choses» puisque M. de Carolis rapporte que, lorsqu'Alphonse Desjardins a fondé son mouvement, il s'est largement inspiré d'un mouvement semblable en Italie. «Le créateur des Caisses populaires était un grand ami du fondateur des coopératives italiennes, dit-il. Nous avons des lettres échangées entre eux qui montrent que M. Desjardins a pris le modèle italien de coopérative pour créer son mouvement.»

À l'italienne!

De fait, la Caisse populaire canadienne italienne demeure une institution gérée par des Italiens alors que 90 % de ses 80 employés sont italiens. «Ici, tout le monde parle trois langues: français, italien et anglais», rapporte fièrement le directeur général de l'institution.

«Nous essayons en outre de préserver ce que nous appelons notre italianité, ajoute-t-il, bien que tout le monde, quelle que soit sa langue, est le bienvenu et sera servi dans sa langue.»

Préserver l'italianité, pour la Caisse populaire canadienne italienne, consiste entre autres à encourager les diverses institutions italiennes, comme les centres culturels, tout en appuyant concrètement les artisans de la communauté ainsi qu'en soulignant le caractère italien de certaines festivités.

«Ainsi, nous soutenons les célébrations italiennes qui se tiennent à l'occasion d'événements comme le Grand Prix automobile et la Coupe du monde de soccer, relate M. de Carolis. Nous encourageons également les festivals italiens, notamment un festival de films, et les jeunes artistes et producteurs italiens. Nous contribuons également aux levées de fonds de diverses fondations... sans toutefois négliger les organismes qui ne sont pas italiens.»

«Personnellement, je fais partie du conseil d'administration de la Casa d'Italia, du Centre communautaire de la Petite-Italie, de l'hôpital Santa Cabrini, et je suis gouverneur de la Fondation italo-canadienne... L'institution que je représente joue de la sorte un rôle de pivot pour la communauté italienne de Montréal. Nous désirons être un véritable moteur socioéconomique en plus de continuer de servir d'interprète et de relais avec les institutions d'Italie.»

À présent, sa caisse populaire offre tous les services et produits Desjardins, tels que police d'assurance, fonds mutuels, prêts industriels et commerciaux, etc. «Nous sommes maintenant presque une méga-caisse avec un volume d'affaires de près de 900 millions de dollars, indique M. de Carolis. Nous finançons même des projets commerciaux et industriels de plusieurs millions de dollars, tout en assistant l'épargnant italien, qu'il ait quelques dollars ou des millions!»

Collaborateur du Devoir


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