Vos réactions
Pour le droit de choisir et pour le droit d'être parent
J'ai bien peur que cette salutation, soit la fin des civilités ...
Pour ma part, ce que je rejette dans la démarche actuelle de l'État c'est la restriction progressive et systématique du droit des parents d'éduquer LEURS enfants. C'est à se demander si les enfants appartiennent fondamentalement à l'État ou a leurs parents BIOLOGIQUES.
Le problème avec le programme d'ECR dont on discute, ce n'est pas le contenu. Il n'a aucun intérêt, aucune répercussion à court ou long terme. C'est le contenant qui fait problème et je m'expliquerai plus bas. Cependant, j'espère être compris : je suis tout à fait d'accord avec le fait qu'on OFFRE aux élèves des écoles québécoises des cours présentant les grands courants idéologiques. Athéisme, nihilisme, catholicisme, maçonnisme, nazisme, libéralisme, néo-conservatisme, échangisme, écologisme, fédéralisme, ... why not !
Le problème c'est que l'ÉTAT IMPOSE désormais UN SEUL PROGRAMME sur la religion, obligatoire du début du primaire à la fin du secondaire. C'est aussi qu'on INTERDIT de ne pas y assister (c'est clair maintenant). Finalement, le problème, c'est que le droit des parents d'éduquer leur enfant selon leurs convictions a été unilatéralement abrogé. L'article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés se lisait :
«Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'exiger que, dans les établissements d'enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre de programmes prévus par la loi.»
Les droits du parent athée, juif ou musulman étaient ainsi respectés, comme dans tout autre pays adhérant à la Déclaration universelle des droits de l'homme selon l'ONU.
Or maintenant, l'article 41 se lit :
«Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci.»
Où est le lien avec l'ECR et la loi 95 ? ...qui décide des intérêts de l'enfant ?
Avant l'État devait respecter les convictions des parents, aujourd'hui c'est le contraire ... Ainsi, le parent athée, agnostique, chrétien ou musulman passe au deuxième rang et ce contexte permettrait dans les faits l'instauration d'une idéologie d'État, peu importe les intentions sincères des décideurs et élus actuels. On met en place un système qui se prête à bien des abus idéologiques.
Pour passer la loi 95, il fallait modifier l'article 41 de la charte et plusieurs élus et gestionnaires du MELS le savent depuis belle lurette. Cette modification était envisagée de longue date (des débats de l'assemblée nationale en traite dès '99). C'était dans la foulée de la déconfessionnalisation du système éducatif québécois qui elle ne pouvait se faire sans la modification de la Constitution canadienne (Article 93). Ainsi donc, les libéraux fédéraux de Jean Chrétien ont obtempéré avec le sourire à la demande des péquistes (qui rejettent toujours cette constitution) de Lucien Bouchard en '97 à ce sujet. Passons rapidement sur d'autres détails comme la limitation des droits du parent biologique par l'introduction d'un nouveau statut parental, le parent légal, ce dernier octroyé et contrôlé par l'État (depuis 2004). Tout va bien ... vraiment !
Quand on fait le bilan, alors que les chartes et la Constitution ont normalement l'autorité pour remettre en question les lois, les règles de notre société, on s'aperçoit qu'on les modifie allègrement et rapidement lorsqu'il s'agit d'encadrer le droit d'éducateur des parents.
Dès les années '80, les parents qui ne voulaient pas d'un cours unique et obligatoire de religion catholique dans les écoles ont obtenu le choix de cours de morale ou de retrait des cours de catéchèse. Ils voulaient le choix et c'est en tant que parents qu'ils le demandaient grâce aux chartes et à la Constitution.
Je redonne quelques chiffres confirmés encore récemment : 85% des québécois s'identifient comme catholiques (2004), 92% comme chrétiens (2004), environ 80% choisissent encore librement le cours d'enseignement religieux pour leur enfant. Le Québec est une société pluraliste depuis ses débuts et a toujours fonctionnée avec des règles qui devaient tenir compte de la diversité des visions du monde (croyances). Les enfants de 1861 ou même ceux de 1703 savaient que tout le monde ne croit pas la même chose ...
Je termine en soulignant la lettre de Monsieur Thys qui prend la peine de se soucier de nous depuis la Belgique. Votre sollicitude nous touche. Par contre, permettez à un « colonisé » de se sentir en désaccord profond et convaincu avec l'essentiel de votre propos.
- Puisque l'argument fondé sur l'exposition nécessaire de l'enfant aux autres visions du monde n'appuie en rien l'imposition d'un programme unique et obligatoire ;
- puisque le Québec a l'habitude de vivre paisiblement et joyeusement dans la différence et la contradiction depuis son origine ;
- puisque la laïcité véritable ce n'est pas le contraire de la foi ou du christianisme ( le laïc, c'est le croyant qui ne fait pas partie du clergé, l'athée et l'agnostique c'est celui qui ne croit pas ...) mais plutôt la garantie de la liberté de conscience dans une société ;
- puisque la recherche d'un consensus sur des valeurs citoyennes communes a déjà donné ses fruits et que ça marche depuis un fameux bail surtout au Québec depuis des siècles ;
- puisqu'il faudrait statuer sur QUI est le gardien des droits « supérieur » de l'enfant (...la DPJ, 15 fonctionnaires au MELS, la loge maçonnique du coin, ...qui ?) alors qu'il me semble que ce sont les parents biologiques qui devraient TOUJOURS jouer ce rôle à moins d'abus identifiables ;
- puisqu'une vision du monde fonde toujours toutes les alternatives idéologiques qu'on puisse proposer
je ne peut admettre qu'on retire le droit des parents de transmettre leurs valeurs à leurs enfants.
De toute façon l'histoire du monde démontre qu'ils feront leurs propres choix. Ce droit et ce pouvoir des parents comme premier éducateur me semblent nous garantir contre la pensée unique, le totalitarisme idéologique en permettant à des regroupement sociaux naturels (la famille) de jouer son rôle d'intervenant idéologique libre tout en n'entravant en rien la liberté de tout individu de s'associer ou de se dissocier d'un discours. L'école et le personnel enseignant doit démontrer un respect réel pour le rôle des parents, pour leur autorité finale, pour leur droit de choisir pour leur enfant.
En ce qui concerne ce « fait sociologique » voulant que l'absence d'éducation religieuse précoce permette de « contrer » l'apparition de la foi, merci de nous prévenir. Vous voyez un complot catholique dans le présent débat. Suite à votre suggestion, il me semble que ce serait plutôt ceux qui luttent contre le catholicisme majoritaire et perpétuel du Québec qui aurait pu comploter pour l'imposition de ce programme obligatoire d'ECR. D'ailleurs, votre « fait sociologique » semble pour le moins questionnable : comment expliquer l'apparition historique du phénomène religieux s'il ne nait pas de lui-même ... À moins évidemment que d'autres « faits » historiques aient amené des incroyants à devenir croyant. De toutes façons, ...des « faits sociologiques », ...ça dure une couple de congrès internationaux, pas beaucoup plus. En fait, la sociologie est une idéologie comme le chamanisme ou le maoïsme.
Tiens on devrait l'enseigner comme phénomène religieux dès le primaire. Moi je trouverais ça formateur pour nos enfants ...
GL
