Vos réactions
Vers un communautarisme renforcé ?
Cela confirme que l'objectif caché de ce cours était bien de freiner la chute libre du catholicisme !
J 'estime qu'à notre époque d'ouverture à la différence, les parents, croyants ET incroyants, ont tort lorsqu'ils persistent à vouloir confiner leur enfant dans leur seule optique exclusive, car ils ne feront alors qu'accroître le communautarisme et l'intolérance qu'il génère. Je m'explique .
L'avocat Côté estime que ce nouveau cours est susceptible de "causer des préjudices graves" à l'enfant, parce qu'il "brime les libertés fondamentales de religion et de conscience" ou qu'il "perturbe l'enfant en l'exposant trop jeune à des convictions et croyances différentes de celles privilégiées par ses parents".
Mais il y sera inévitablement exposé : de nos jours, un enfant de six ans, éduqué religieusement, se rend vite compte que certains de ses condisciples ne croient pas en un dieu, et il faudra bien lui expliquer qu'il existe une autre manière de donner un sens à sa vie. Il est tout-à-fait capable de le comprendre sans en être perturbé. Ne pas lui donner une information minimale sur la laïcité serait une malhonnêteté intellectuelle et morale dont l'enfant se rendra compte plus tard ! Ce sont plutôt les parents, évidemment sincères et de bonne foi, qui sont perturbés de se voir remis en question ...
Certes, les droits des parents sont légitimes et constitutionnels. Mais ne doivent-ils pas céder le pas à ceux, supérieurs et donc prioritaires, de l'enfant ? Je pose trois questions aux parents :
- Sont-ils nécessairement infaillibles au point de pouvoir décider seuls de l'intérêt de leur enfant ?
- Prennent-ils en considération l'évolution de notre société vers le pluralisme des cultures et des
convictions et la nécessité de rechercher un consensus de valeurs citoyennes communes ?
- Ont-ils été informés, au-delà des traditions religieuses québécoises, des alternatives laïques ?
Il est évident que non, et cela ne changera pas de sitôt puisque le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse privilégie manifestement la découverte de la seule expérience religieuse et de ses expressions au travers de six religions, surtout la catholique, alors qu'une information minimale serait suffisante ! Certes, il récupère les principes de la laïcité politique (la neutralité, la tolérance, l'ouverture à l'autre, le dialogue, le vivre-ensemble, ...), mais pas - hélas- ceux de la laïcité philosophique (autonomie, respect des valeurs humanistes, responsabilité individuelle, esprit critique à partir d'alternatives non religieuses, libre choix des convictions religieuses OU philosophiques (agnosticisme, incroyance, athéisme, libre pensée, franc-maçonnerie a-dogmatique, ...). A découvrir évidemment au fur et à mesure de l'entendement et de la maturité des jeunes et de leurs questions.
Il me paraît anormal qu'il ne soit même plus fait mention dans les deux programmes de l' "existence de diverses traditions, idéologies, courants de pensée séculiers, qui "entendent" (sic) définir le sens et la valeur de l'expérience humaine en dehors des croyances et des adhésions religieuses" (...) et "apporter d'autres pistes de réponses aux questions existentielles (l'existence du divin, le sens de mort, et la nature de l'être humain", et ce, à partir de quelques textes philosophiques : Kant, Nietzsche, Sartre et Freud).
C'était pourtant un strict minimum, alors qu'il faudrait faire découvrir progressivement les principes, les valeurs, les fondements et les objectifs de la morale laïque, de l'humanisme laïque, de la spiritualité laïque, etc ..., ce qui permettrait aux jeunes d'être en mesure de choisir, aussi tard et aussi librement que possible, de croire ou de ne pas croire.
L'option laïque serait-elle une abomination au Québec ? J'en suis de plus en plus convaincu ...
Certes, ce nouveau cours se veut "intellectuel" et non "confessionnel", mais il faut espérer que les enseignants seront disposés et prêts, en toute honnêteté intellectuelle et sans prosélytisme, à ne pas influencer leurs élèves dans le sens de leurs propres convictions, quelles qu'elles soient.
Quant aux parents, ils doivent se demander, me semble-t-il, s'ils ont encore moralement le droit de continuer à donner à leurs enfants la même éducation que celle qu'ils ont reçue.
Du moins s'ils veulent leur donner les meilleures chances de s'adapter harmonieusement à l'évolution du monde actuel. Je crains que ce cours (qu'il faudra de toute façon améliorer et a fortiori s'il est amputé de son volet laïque), ne parvienne même plus à élargir l'horizon des élèves et à diminuer ainsi l'influence précoce, affective, unilatérale et donc exclusive du milieu familial. Ce serait alors la victoire de la tradition rétrograde, mais le temps d'une génération seulement.
"Panta rhei" ...! Tout coule, tout change ! Même l'approche traditionnelle du phénomène religieux (théologique, philosophique, métaphysique, historique, politique, ...) doit à présent être complétée par la prise en compte des récentes observations psychoneurophysiologiques et éducatives de la foi, qui cherchent à en comprendre l'origine, le substrat et la fréquente pérennité, indépendamment de l'intelligence et du niveau intellectuel. Ces observations tendent à confirmer un fait sociologique : en l'absence d'éducation religieuse précoce et d'un milieu croyant unilatéral, la foi n'apparaît pas ... A méditer ...
Je propose à ce sujet la lecture d'un texte de deux pages :
http://atheisme.free.fr/Contributions/Croire_ou_pas_croire.htm
Cordialement.,
Michel THYS
Waterloo, en Belgique.
michelthys@tele2allin.be
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