Vitrine du disque
Mots clés : Éléphantine, Schumann, Brad Mehldau, Musique, Québec (province)
Classique - Bach, «Bach et le temps liturgique». Shannon Mercer (soprano), Luc Beauséjour (orgue). Analekta AN 29907. «Bach Fugues». Quatuor Emerson. DG 4777458. «Christus, der ist mein Leben». Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe. HM 901969 (SRI). Trois disques Bach parmi une avalanche continue, du fait de plusieurs enregistrements en cours d'intégrales de cantates. Le disque d'airs par la soprano Shannon Mercer attire la sympathie pour la lumière du timbre vocal et le raffinement de l'accompagnement de Luc Beauséjour jusqu'à ce qu'entre en scène le violon rêche de Nicole Trotier. Elle ne joue heureusement que sur quelques plages mais empêche un «élan du coeur». Le CD des Emerson présente en première mondiale une transposition de fugues du Clavier bien tempéré. L'ensemble, très docte, est assez raide et un peu rébarbatif, si bien que le nouveau disque de cantates par Philippe Herreweghe (Cantates BWV 27, 84, 95, 161), avec Dorothée Mields, Matthew White, Hans Jörg Mammel et Thomas Bauer, emporte cette petite juxtaposition haut la main. D'entrée, on est fasciné par la concentration, le sens des proportions, l'expression fervente et l'absolue beauté instrumentale (le hautbois dans la BWV 84!). Un très grand disque. - Christophe Huss
C'est la confirmation ultime: le Village Vanguard sied bien à Brad Mehldau. Lieu de création des volumes nos II, IV et V de sa mémorable série The Art of the Trio, ce mythique club new-yorkais a retrouvé le trio du pianiste en octobre 2006. On aurait aimé y être: le matériel joué là est de la toute première qualité Mehldau. Même technique époustouflante, même intériorité, même ouverture à tout (Soundgarden et Oasis sont ici célébrés avec brio autour de standards et de compositions), même degré élevé d'écoute et de communication entre Mehldau, Larry Grenadier (présent depuis 14 ans) et Jeff Ballard, le nouveau batteur. Arrivé il y a trois ans, celui-ci a eu le temps, depuis lors, de cimenter son jeu à celui de ses compagnons. Énergique et percussif, il assure une rythmique aussi incisive que subtile, et sa présence a redynamisé le son du trio. On joue sur la rythmique, on étire l'élastique harmonique, on dialogue longuement pour aller au bout de chaque idée développée. Le résultat est pur ravissement pour les fans de Mehldau et du trio jazz en général. - Guillaume Bourgault-Côté
Classique - Schumann, Oeuvres pour piano et Musique de chambre, volume 3. Éric Le Sage (piano). Alpha 121 (2 CD; distribution: SRI).
Nous vous avons déjà présenté, à l'occasion d'une série de concerts donnés au Palais Montcalm de Québec, le volume 2 de cette collection majeure qu'est en train de constituer le pianiste français Éric Le Sage, un des rares grands interprètes de Schumann du moment. Dans ce troisième volume, il partage la vedette avec de grands musiciens, notamment le hautboïste François Leleux, le clarinettiste Paul Meyer et notre violoncelliste préféré, Jean-Guihen Queyras. Le premier CD, magique, renferme des oeuvres précieuses qui nous révèlent le Schumann plus intime: Romances pour hautbois et piano, Phantasiestücke pour clarinette et piano, Pièces dans un ton populaire pour violoncelle et piano, Märchenbilder et Märchenerzählungen pour alto, clarinette et piano, Adagio et Allegro avec cor, toutes jouées avec un tact absolu. Sur le second CD, le violoniste Gordan Nikolitch s'associe à Le Sage pour une interprétation virile des Sonates pour violon et piano, qui fait jeu égal avec la référence signée Gidon Kremer et Martha Argerich (DG). - Christophe Huss
Pop-rock - Sous le règne des lampadaires, Éléphantine, Indépendant
Après avoir fait partie du dernier Coup de coeur francophone et après avoir reçu un bon coup de main des radios fouineuses de la province, le groupe québécois Éléphantine continue sa marche vers un premier album complet en faisant paraître un mini-album de six chansons, intitulé Sous le règne des lampadaires. Ici, nous sommes loin de l'île égyptienne riche en vestiges archéologiques et plus près des villes du XXIe siècle. La plupart des titres prennent le temps de rouler sur la piste avant de décoller et, une fois lancés, ils sont portés par des cordes, des guitares remplies d'écho et la voix aérienne du chanteur (et comédien) Maxime Desbiens-Tremblay, malheureusement rencontré pour la première fois dans Muguette Nucléaire. On ne peut pas dire qu'Éléphantine ait choisi une signature sonore très originale puisque ça ressemble parfois drôlement à Karkwa -- en moins bon -- avec de petits airs de Daniel Bélanger époque Rêver mieux. Au final, l'ensemble dégage un spleen pas désagréable qui saura bercer les jours de pluie que nous réserve habituellement le début du printemps. - Philippe Papineau
Monde - Maldito Tango, Melingo, Mañana - Fusion III
C'est le tango des bas-fonds, du petit truand livré à la police, de la fille de joie esseulée, du clodo qui se nourrit dans les poubelles, du vieux coureur de jupons qui a dilapidé des fortunes. Un tango d'argot lunfardo. Un tango canción de déchirure hérité directement de la période du roi Gardel. C'est le tango d'un des plus grands chanteurs de tango: Daniel Melingo, qui a eu tout le temps de se tremper la voix dans l'alcool fort depuis sa période rockeuse avec Los Twist, il y a plus de deux décennies. Melingo est devenu tanguero par choix, au hasard des allers-retours de la vie, en revenant s'installer à Buenos Aires avant le millénaire. Eduardo Makaroff, du Gotan Project, avait dit avoir été le premier à revendiquer le tango, un genre qui n'arrivait pas à se délivrer de la mort du grand Astor. Avec Melingo et ses descendants, dont le Gotan, voilà qui est fait. Car si le chanteur canaille se colle au drame du tango dans une forme très classique lorsqu'il joue avec ses Ramones del Tango, il prend un malin plaisir à le faire déraper ailleurs en lui accolant des cuivres, de la guitare électrique et même du gazou ou de la scie musicale. Un disque de tango enraciné et visionnaire. - Yves Bernard
Chanson - Tous les sens, Ariane Moffatt, Audiogram - Sélect
Ariane Moffatt est absolutiste. On le savait. C'est écrit dans sa face. Mais à ce degré-là de liberté d'action? Jamais elle n'avait été si loin. Dans toutes les directions à la fois. Pourquoi maintenant? Parce que le temps de la rupture (le sujet de l'album précédent) est loin, parce que le temps de l'amour fou est à nouveau là. Ariane est heureuse et cela s'entend. Et heureuse, elle est encore plus dangereuse: elle veut «tout, tout de suite et ici», comme elle le chante dans Je veux tout. Sensuelle? Elle l'est plus totalement qu'avant dans la torride Perséides. Trippeuse d'électro? Elle l'est cent fois plus résolument. Jamais elle n'a donné dans l'orchestration luxuriante avec un tel abandon que dans L'Équilibre, avec ses complices Jean-Philippe Goncalves et Alex McMahon. À l'opposé, jamais elle n'a tant chéri les épures pour dire le presque rien du petit matin sur l'oreiller. Tous les sens, dit la chanson-titre? Tous sens exacerbés, oui. Ce disque est son plus chaud. Son plus froid aussi. Son plus doux. Son plus dansant. Son plus extrême, quoi. Qui l'aime la suive. On accourt. - Sylvain Cormier
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