De pub en art
Mots clés : Manufacturing, Mouvement art public, Art, Montréal
Le groupe Mouvement art public, ou MAP, prend racine dans des espaces publicitaires inutilisés

Photo: Pedro Ruiz
Depuis quelques mois, cette sortie du métro débouchant dans le Vieux-Montréal se démarque du ronron quotidien par cette rare intrusion de l'art dans le domaine si lucratif de la pub. De moins en moins rare, remarquez: cet hiver, c'est l'artiste Rose-Marie Goulet, et pas une agence publicitaire, qui a orné de sa griffe un wagon de métro.
L'initiative dans le corridor souterrain provient quant à elle d'un groupe jusque-là inconnu, le MAP, pour Mouvement art public ou, plus poétique, Make Art Public.
«Notre but, c'est de donner la plus grande visibilité aux créateurs», dit Manuel Bujold, lui-même artiste aujourd'hui recyclé promoteur et principale tête du MAP.
Il s'agit dans ce cas de se placer «directement sur la trajectoire des piétons». Un projet appelé à grandir: aujourd'hui, dix panneaux dans cette station de métro; demain, 800 abribus de Montréal et d'autres villes de l'est du Canada, à la condition que l'entente verbale avec la société de communication CBS prenne forme. Et après-demain, deux fantasmes fort populeux: le Mexique et la Chine (le premier pourrait se concrétiser dès cette année).
Plan large
D'autres initiatives similaires existent, ne serait-ce qu'à Montréal avec le volet Plan large de l'organisme Quartier éphémère (la Fonderie Darling), qui exploite des panneaux publicitaires abandonnés. Mais le MAP se distingue du fait qu'il occupe des lieux théoriquement vendables.
Piloté par Manuel Bujold et un autre artiste, Christian Barré, aujourd'hui retiré du projet, le MAP est né il y a deux ans avec une idée toute simple et fort louable: soulager la Société de transport de Montréal, prise avec des espaces publicitaires non vendus et l'angoisse de les laisser vides. La future collaboration avec CBS, qui gère son lot de panneaux urbains, repose sur la même soif d'occuper coûte que coûte des espaces vacants.
«Pour eux [les agences publicitaires], nous faisons du "filler", du remplissage.» Manuel Bujold se moque bien de ce terme quelque peu méprisant. Exposer, dans le cas du MAP, repose aussi sur la notion du «coûte que coûte».
Et c'est parce que ça coûte quelque chose que le projet a failli ne jamais voir le jour. Sans le sou, en quêtant à gauche et à droite, 5000 $ ici -- à une puissante entreprise privée --, échange de bons procédés là, le MAP est parvenu, en septembre dernier, à exposer ses premières oeuvres.
Mises en place il y a quelques semaines seulement, les dix photos de Mouvements mécaniques ne bénéficient pas seulement d'une meilleure qualité d'impression, elles sont aussi portées par un thème non dénué d'intérêt.
«L'expo porte sur la consommation et le désir de consommer, dit Manuel Bujold. C'est un regard sur la vie d'un objet, de sa fabrication au déchet.»
Remplir des trous
Le MAP remplit des trous. Et ils sont bien remplis, avec du sens, disons. C'est une récupération habile, qui retourne le support publicitaire comme un gant. Faute de pub, de l'anti-pub!
L'expo Mouvements mécaniques, qui se compose d'une plus vaste sélection d'oeuvres (30 en tout) et qui comprend ses quelques fines fleurs québécoises (Isabelle Hayeur et les frères Sanchez), devrait envahir d'ici peu les arrêts d'autobus de plusieurs villes, de Sherbrooke à Halifax.
L'exercice a toutefois ses limites, du moins dans ses premiers pas: sélection restreinte à la photo, prédominance de la figure humaine, esthétique largement orientée vers le spectaculaire. Et il reste à la remorque du marché de la pub. Une demande plus forte d'annonceurs... et adieu les oeuvres d'art.
Mais le MAP possède d'autres lapins dans son chapeau. Fort, désormais, d'une directrice artistique (Jasmine Loignon) et d'une recrue de taille à la coordination (Raymond Cantin, ex-Contact Image), le groupe risque bien de se mettre longtemps sur notre trajectoire... de piétons et de consommateurs de pub.
- Mouvements mécaniques, exposition collective organisée par Mouvement art public, métro Square-Victoria, Montréal, www.mouvementartpublic.com.
Collaborateur du Devoir
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L'Art est une poudre de projection alkymik - par André Brazeau
Le vendredi 18 avril 2008 08:00

