Le restaurant oublié

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Philippe Mollé
Édition du vendredi 18 avril 2008

Mots clés : resto de quartier, Le Béarn, Restauration, Montréal

Dans un décor usé par le temps, tout, au restaurant Le Béarn, rappelle la France des régions.

Photo: Annik MH De Carufel

Rien n'attire vraiment les clients sur le chemin de la Côte-des-Neiges, qui se cherche entre démolitions et reconstructions. Parmi la multitude de commerces, il existe toutefois un restaurant qui perdure contre vents et marées et, surtout, contre toutes les fusions culinaires avoisinantes auxquelles il doit faire face.

Certes, l'endroit lui-même ne s'aide pas pour attirer une clientèle plus jeune que celle des baby-boomers qui y ont élu domicile. Tout comme Le Paris, La Mère Michel ou Les Chenêts, le restaurant Le Béarn appartient à une époque où les escargots, les rognons flambés ou la tarte Tatin se disputaient la notoriété gastronomique du Grand-Montréal. Si tous ces restaurants ont plus ou moins résisté aux affronts du temps, d'aucuns, comme Le Béarn, pourraient songer à rajeunir leur image jaunie par les années.

Le vieux tapis d'escalier qui mène au restaurant témoigne de son âge. À l'intérieur, la fidélité exemplaire des clients et des propriétaires rassure néanmoins le client lors d'une première visite.

Tout ici rappelle la France des régions et, pourquoi pas, celle d'une région ou d'un béret que se disputent Basques et Béarnais. Nappes conventionnelles de coton, décor familial et service assuré par la patronne en personne: le tout donne une cuisine simple et goûteuse comme on aime parfois en retrouver.

En plus de la carte, le menu du midi propose les plats qui ont fait la réputation de ce restaurant: agneau, foie de veau, ris de veau et rognons ainsi que du poulet de grain confit qu'on sert sur un lit de farfalles. Côté service, rien de pompeux ni de surfait. Au contraire, les suggestions vont bon train et on vous propose en entrée la soupe du jour ou encore la merveilleuse mousse de foie de volaille, délicatement parfumée et assaisonnée comme il se doit. Servie avec de petits croûtons, il est facile de savourer cette délicieuse entrée en attendant le mets suivant.

Nous avions combiné divers plats principaux pour mieux les partager. Bien que ce restaurant soit assez sombre, nous avons pu apprécier les belles assiettes qu'on nous a présentées, la tendreté des rognons tout juste cuits à la goutte de sang et surtout la subtilité de la sauce crème qui enrobait les abats. Très rares sont les restaurants qui peuvent offrir et bien cuisiner ce type de plat. Au restaurant Le Béarn, on maîtrise fort bien la cuisine bourgeoise classique, qui doit elle aussi avoir sa place dans la grande famille de la gastronomie.

Le confit de poulet de grain fait partie des «plats traditionnels de la maison». Une fois confit, le poulet est désossé et mélangé avec une sauce demi-glace de volaille. Ce plat rassembleur rappelle fort bien la cuisine d'une maman ou encore les nombreux petits restaurants ou cafés routiers qu'on croise encore sur les routes de France.

Tant les rognons que le poulet de grain confit n'ont eu aucune difficulté à nous convaincre du bien-fondé des recettes préparées. Les assiettes vides témoignaient de notre satisfaction avant leur retour à l'arrière.

Ce petit resto si discret offre une très jolie carte de vins qu'on propose tant à la bouteille qu'au verre à prix fort raisonnable. Il suffit de demander le fromage pour voir arriver une belle assiette de produits du Québec servis à la bonne température.

La carte des desserts ressemble au reste: des préparations simples et bien maîtrisées comme la crème brûlée au Grand Marnier, la terrine de sorbets ou encore un nougat glacé très raffiné qui m'a laissé le souvenir d'un bon repas en agréable compagnie.

Le Béarn est un petit resto de quartier oublié dans le tumulte montréalais des nouveaux établissements qui ne cessent d'ouvrir et de fermer. C'est un restaurant où il n'est point besoin de porter le béret pour découvrir qu'il est bien français.

- Le Béarn, 5613, chemin de la Côte-des-Neiges, Montréal, 514 733-4102

- Prix payé pour deux personnes le midi avec deux verres de vin, taxes et service non compris: 79,50 $.

- Plus: une belle cuisine régionale française, sympathique et classique.

- Moins: un décor usé par le temps, qui gagnerait à être rajeuni.

Collaborateur du Devoir


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Un meilleur café peut-être... - par Ginette Cartier (ginettecartier@videotron.ca)
Le vendredi 18 avril 2008 15:00

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