Congédiement du délégué général à New York - Un geste de trop a coûté sa carrière à Bruno Fortier
Mots clés : Alain Cloutier, Bruno Fortier, Gouvernement, États-Unis (pays), Québec (province)
Québec -- Aussitôt congédié, l'ancien délégué général du Québec à New York devait «à tout prix» être tenu à l'écart de la mégapole américaine, a affirmé hier le sous-ministre au ministère des Relations internationales, Alain Cloutier.
En poste depuis à peine neuf mois, M. Fortier a rompu «le lien de confiance» avec son employeur après avoir «posé un geste» auprès d'un membre de la délégation qui avait porté une plainte de harcèlement contre lui, a expliqué le sous-ministre.
«Il est apparu qu'un geste avait été posé par M. Fortier à l'égard d'une personne qui était plaignante, et ce geste allait à l'encontre totale de ce qui avait été convenu avec lui», a souligné M. Cloutier. Sans révéler la nature exacte du «geste» reproché à l'ancien délégué, le sous-ministre a précisé qu'il s'agissait d'un acte «lié au changement de fonction d'une personne».
Au terme d'une ultime rencontre, M. Cloutier a signifié à son subordonné qu'il était relevé de ses fonctions. Le lien de confiance était à ce point rompu que M. Fortier a été invité à demeurer au Québec et à ne plus mettre les pieds dans les locaux de la délégation de New York.
Il fallait, a dit M. Cloutier, «éviter à tout prix» que l'ancien délégué ne retourne à New York, et cela pour assurer «la protection des individus concernés par le dossier de harcèlement».
Conséquemment, «il y a des gens qui ont ramassé» ses effets personnels, a déclaré le sous-ministre.
«Les biens ont été ramassés, ils sont prêts à être expédiés là où le voudra M. Fortier», a-t-il ajouté, faisant toutefois remarquer que le ministère avait perdu contact depuis plus d'une semaine avec le mandataire du délégué déchu.
La chute de M. Fortier à New York a commencé dès l'automne 2007, lorsqu'il a voulu apporter des changements «administratifs» à la délégation. Il planifiait une réorganisation des «tâches et des fonctions» du bureau de New York, a relaté M. Cloutier.
Or la réforme voulue par l'ex-représentant du Québec était «précipitée», a-t-il dit.
Puis se sont succédé une plainte pour harcèlement et un «geste» posé contre la personne plaignante. Ce dernier incident a sonné le glas de la carrière de M. Fortier dans la Grosse Pomme, a-t-il exposé en substance.
M. Cloutier était dans l'enceinte de l'Assemblée nationale hier à l'occasion de l'étude des crédits du ministère des Relations internationales.
Il n'a livré qu'une partie de son témoignage sur l'affaire Fortier. Il reviendra devant les députés le 29 avril à l'occasion de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur les circonstances exactes du congédiement de l'ancien délégué. Ce dernier est aussi attendu de pied ferme par les partis d'opposition.
D'ailleurs, en Chambre, l'opposition officielle a continué d'accuser la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, d'avoir menti sur les motifs du remplacement de M. Fortier, un intime du premier ministre Jean Charest.
Pendant des jours, Mme Gagnon-Tremblay a soutenu que le congédiement du délégué général était de nature purement «administrative», avant de finalement reconnaître, une fois dans les câbles, que M. Fortier avait fait l'objet d'une plainte pour harcèlement psychologique.
Les explications du sous-ministre hier renforcent la conviction de l'Action démocratique que Mme Gagnon-Tremblay s'est livrée à une tentative de camouflage pour protéger la réputation d'un ami de Jean Charest.

