Crocs: après le rêve québécois, le choc
Mots clés : usine, Crocs, Mise à pied, Entreprise, Québec (ville)
«Un bel exemple de capitalisme sauvage», dit le ministre Bachand

Photo: Jacques Nadeau
«C'est un beau cas de capitalisme sauvage», a tranché Raymond Bachand lors d'un point de presse, reconnaissant la marge de manoeuvre limitée du gouvernement. Selon sa compréhension, l'entreprise américaine a des problèmes d'inventaire, problèmes qui ne sont pas insurmontables mais, pour envoyer «un signal aux marchés qu'ils faisaient quelque chose, ils ont "flushé" le Québec».
À ses côtés, le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, a évoqué la mise sur pied d'un comité de reclassement pour les travailleurs.
Il fallait peut-être se douter que quelque chose ne tournait plus rond à l'usine, où 400 personnes perdront leur emploi d'ici le mois de juillet alors qu'une centaine resteront en poste pour les ventes et le marketing. Lors de l'annonce de 190 mises à pied temporaires et de 90 licenciements permanents, en février, le gouvernement avait tendu une perche. En vain.
«On les avait approchés, on leur avait offert de l'aide, a dit M. Bachand. Ils avaient exprimé qu'ils pourraient peut-être faire de Québec un centre de recherche et développement. Ç'a été un silence radio, un silence radio pour la direction locale puis un silence radio pour les syndicats, si on comprend bien. Et aujourd'hui, on comprend peut-être pourquoi.»
Investissement Québec n'a jamais versé d'aide financière à l'entreprise, a indiqué hier une porte-parole.
De Québec à Wall Street
La petite société de Québec qui a inventé ces sandales, Créations Foam, a vu le jour en 1995. Elle est passée aux mains d'un groupe d'investisseurs américains en 2004, qui ont installé le siège social au Colorado. L'usine de Québec, d'ailleurs, n'est pas la seule dans le monde. La production qui prendra fin sera délocalisée vers un des sept autres établissements de l'entreprise: au Mexique, en Italie, en Roumanie, en Bosnie, en Chine, au Brésil ou au Vietnam.
La décision est purement économique, a indiqué lundi soir le président de la compagnie américaine, Ron Snyder. Les détaillants américains, en raison du ralentissement là-bas, sont beaucoup plus prudents, et l'entreprise pourrait afficher une perte au premier trimestre.
«Ce genre de décision est toujours difficile à prendre, car ça touche la vie de gens qui ont contribué au succès de notre entreprise. Malheureusement, les lois de la concurrence imposent des sacrifices et nous demandent de relever des défis liés au bien de l'entreprise», a dit M. Snyder.
Le Devoir a tenté d'obtenir la réaction de Marie-Claude de Billy, vice-présidente de Créations Foam, qui est là depuis les tout débuts, mais elle n'a pu être jointe.
Outre les défis qu'elle dit être en train d'affronter en 2008, Crocs inc. a affiché une croissance spectaculaire depuis quelques années. Alors que les revenus se chiffraient à 14 millions en 2002, ils étaient de 350 millions en 2006, puis de 850 millions l'an dernier, générant du coup 168 millions de profits.
Qui dit croissance, toutefois, dit attentes du marché. Et le cours de l'action de Crocs, cotée sur le Nasdaq, s'est vite emballé. D'octobre 2006 à octobre 2007, il est passé de 17 $ à plus de 70 $. Était-ce cher? En tenant compte des profits par action générés pendant cette période, le cours de l'action se situait à plus de 30 fois les profits. En comparaison, le cours de Nike se négocie ces temps-ci à 21 fois les profits.
Le premier coup dur survient le 31 octobre 2007. Ce jour-là, le siège américain de Crocs révèle aux marchés financiers que les revenus du troisième trimestre, bien qu'ils aient carrément doublé en un an, risquent de décevoir les analystes. Ceux-ci attendaient 258 millions, mais l'entreprise avait généré seulement 256 millions. De plus, leur dit-elle, les ventes de 2007 allaient finir autour de 820 millions, en deçà des 830 millions que prévoyaient certains analystes.
À l'époque, Crocs affirme que les ventes ralentissaient en partie à cause de l'utilisation d'un nouveau centre de distribution en Europe. «Les compagnies dont on achète l'action en raison du "momentum" ont vraiment besoin de signer une exécution parfaite, dit alors un analyste auprès de l'agence Bloomberg. Lorsque cette exécution s'arrête, ou qu'il y a un pépin, la réaction est subite.»
Il n'en fallait pas plus pour que l'action pique du nez. En quelques jours, elle allait perdre la moitié de sa valeur. Alors que la compagnie avait une valeur boursière de près de six milliards, voilà que celle-ci tombait à 3,5 milliards. Hier, l'action a chuté de 43 % à 10,11 $, pour une valeur boursière d'un peu plus de 800 millions.
En magasin, toutefois, les ventes semblent une fois de plus se diriger vers une bonne année en 2008. Le Devoir a appelé plusieurs boutiques montréalaises hier, et pas une n'a affirmé que les Crocs n'avaient plus la cote auprès de la clientèle. «Je m'attends à avoir un bon été, malgré l'annonce qui vient d'être faite», a dit Vincent, qui dirige le département des chaussures à la boutique Atmosphère du centre-ville.
Vos réactions
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Le jeudi 17 avril 2008 02:00
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Pas difficile à comprendre ! - par Michel Savard
Le mercredi 16 avril 2008 17:00
Il y a encore emploi et emploi («d'immigré»), ça change pas - par Max Roujeon (maxroujeon@videotron.ca)
Le mercredi 16 avril 2008 13:00
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Le mercredi 16 avril 2008 12:00
Capitalisme sauvage ??? Le citoyen peut choisir... le boycott !!! - par Steve Fortin
Le mercredi 16 avril 2008 09:00
Québec à vendre - par Sylvain Auclair
Le mercredi 16 avril 2008 09:00
L'intelligence - par Marc M. Davignon
Le mercredi 16 avril 2008 08:00
Il y a encore emploi et emploi («d'immigré»), ça change pas - par Max Roujeon (maxroujeon@videotron.ca)
Le mercredi 16 avril 2008 08:00
Prévisible - par andré michaud
Le mercredi 16 avril 2008 08:00

