Grève à l'ambassade canadienne à Paris

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Christian Rioux
Édition du mercredi 16 avril 2008

Mots clés : Canada (Pays), Grève, ambassade, Canada (Pays), France (pays)

Paris -- De mémoire, il n'y avait jamais eu de grève à l'ambassade du Canada à Paris. Lundi soir dernier, 91 des 102 employés recrutés localement présents à l'assemblée ont pourtant décidé de faire grève dès demain pendant trois heures. Dans l'après-midi, on devrait même voir des employés faire du piquetage sur l'avenue Montaigne, chose déjà rare dans une ambassade, mais plus encore dans la plus riche avenue de Paris.

Depuis plusieurs mois, les 150 recrutés locaux réclament des augmentations de salaires tenant compte de la hausse réelle de l'indice du coût de la vie en France, ainsi que l'application du droit du travail français, auquel l'ambassade prétend ne pas être tenue. En 2007, sur les quelque 155 salariés recrutés localement, 35 seulement avaient obtenu une augmentation de 2 %, alors que deux employés sur trois n'avaient pas touché un centime de plus. Les employés contestent la validité des études réalisées par la société Hay sur lesquelles se fonde la rémunération des employés recrutés localement dans les ambassades. Ils réclament aussi une assurance maladie complémentaire, comme c'est la norme presque partout en France. Les employés souhaitent enfin élire un représentant du personnel et négocier une convention collective, droits garantis par le code du travail français.

Un document interne faisait récemment état d'un «profond malaise» et d'un «climat de travail très difficile» à l'ambassade. Depuis l'automne, une consultation a été engagée avec des représentants du ministère des Affaires étrangères venus spécialement d'Ottawa, consultation qui s'est soldée par un échec. «Les employés en ont assez de ces fausses consultations faites pour amuser la galerie, dit Alain Pellé, conseiller syndical de la Confédération française du travail (CFDT). Les employés recrutés à Paris ont moins de droits que n'importe quel salarié canadien. Que l'ambassade du Sultanat d'Oman ait des difficultés à accepter le droit du travail français, on peut le comprendre. Mais le Canada, tout de même, c'est plus dur à comprendre!»

L'ambassade invoque son immunité pour se soustraire aux lois françaises. La Convention de Vienne et la jurisprudence de la Cour de cassation stipulent pourtant qu'en matière contractuelle, les employés recrutés localement sont soumis aux lois locales, dit Alain Pellé. «Il ne s'agit pas de syndiquer les diplomates qui ne sont pas recrutés localement, mais les salariés recrutés sur place qui occupent généralement des positions subalternes.» Hier, l'ambassade a interdit formellement à ces derniers de parler aux journalistes sous peine de sanctions ou même de congédiement. Les porte-parole de l'ambassade n'ont pas non plus souhaité répondre à nos appels.

Correspondant du Devoir à Paris


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