Crise alimentaire - L'UNESCO prône un changement radical des pratiques agricoles

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AFP
Édition du mercredi 16 avril 2008

Mots clés : prix alimentaires, pratiques agricoles, UNESCO, Famine, Alimentation, France (pays)

Des Philippins faisaient la queue hier à Manille pour acheter du riz subventionné par le gouvernement.

Photo: Agence Reuters

Paris -- Un rapport parrainé par l'UNESCO prône un changement radical des pratiques agricoles pour éviter une explosion sociale liée à la hausse des prix alimentaires, alors que plusieurs pays touchés tentent de s'organiser face aux pénuries.

Les pays agricoles doivent changer radicalement de politique pour «éviter que l'augmentation de la population et les changements climatiques ne se traduisent en une explosion sociale et une catastrophe environnementale» dans les années à venir, affirme ce rapport, fruit du travail de 400 chercheurs.

Selon ce rapport, la volatilité des prix alimentaires va se poursuivre en raison de la demande accrue, du développement des biocarburants et de la spéculation croissante dans le domaine des ressources agricoles.

Alors que les émeutes liées à la hausse vertigineuse des prix alimentaires se sont multipliées ces derniers jours dans le monde, plusieurs gouvernements ont annoncé hier des mesures encadrant le commerce de ces denrées.

L'Indonésie va strictement contrôler ses importations et exportations de riz, pour ramener le calme sur son marché national, certains producteurs étant tentés d'exporter en raison de l'envolée des prix. Le troisième producteur mondial de riz, qui peine déjà habituellement à combler ses besoins, ne pourra exporter que lorsque ses stocks dépasseront les trois millions de tonnes, selon la nouvelle loi.

S'agissant du blé, le Kazakhstan a décidé d'un moratoire sur ses exportations jusqu'au 1er septembre, pour lutter contre la hausse des prix alimentaires dans le pays. Si ces mesures visent à protéger à chaque fois le marché national, elles contribuent aussi à l'envolée des prix. L'annonce récente d'une réduction des exportations de riz par l'Inde et le Vietnam, deux gros producteurs, a ainsi eu cet effet.

Aux Philippines, la présidente Gloria Arroyo a promis la plus grande sévérité contre les voleurs de riz, alors que le prix de ce produit de base continue de battre record sur record, porté par l'arrêt des exportations indiennes et par la dépendance de plusieurs pays importateurs. Le pays a prévu de consacrer en 2008 environ 1 % de son PIB pour fournir à la population la plus démunie du riz à prix subventionné.

Parallèlement, l'UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance) a mis en garde contre l'envolée des prix alimentaires, estimant qu'elle risquait de dissuader de nombreux parents d'envoyer leurs enfants à l'école dans les pays pauvres, pour les faire travailler. L'organisation a souligné que l'impact de la crise était amplifié dans les pays pauvres, où la nourriture absorbe jusqu'à 75 % du revenu des familles, contre 15 % dans les pays riches.

Alors que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé lundi la communauté mondiale à prendre des mesures immédiates et à long terme face à la crise, un groupe d'action interministériel français s'est réuni à Paris sur ce dossier. Les États-Unis avaient pour leur part annoncé lundi le déblocage de 200 millions de dollars d'aide d'urgence, notamment pour l'Afrique.

Le Brésil, qui accueille officiellement à partir de demain une conférence régionale de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), va tenter de convaincre que sa production massive de biocarburants n'est pas responsable de la flambée des prix actuelle, provoquée plutôt par le nombre croissant de bouches à nourrir.


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