Missions de secours: l'armée est inquiète
Mots clés : Transport, avions de sauvetage, Forces canadiennes, Canada (Pays)
La vétusté des avions de sauvetage sera problématique après 2010

Le document enchaîne en affirmant que «les Buffalo CC115 et les Hercules CC130 deviennent de plus en plus difficiles à entretenir à mesure qu'approche la fin de leur espérance de vie utile, en 2010. Les risques techniques de continuer à utiliser certains de ces appareils après 2010 sont considérés moyens à élevés».
Le volumineux document des Forces canadiennes fait le point sur la situation de plus en plus problématique dans le domaine de la recherche et du sauvetage. Il a été approuvé par le vice chef d'état-major de la Défense, le lieutenant-général Walter Natynczyk. L'analyse a été produite en juillet 2006 et n'a pas été retouchée depuis. C'est la version obtenue par Le Devoir.
L'armée canadienne a la responsabilité d'aller secourir les personnes perdues dans les montagnes Rocheuses, en difficultés dans le Grand-Nord ou coincées dans un bateau à la dérive. Lors des tragédies majeures, comme un écrasement d'avion, une inondation, le naufrage d'un navire ou une crise du verglas, c'est également l'armée canadienne qui doit intervenir.
De plus, en vertu des accords signés par le Canada à l'Organisation de l'aviation civile Internationale (OACI) et à l'Organisation maritime internationale (OMI), les Forces canadiennes sont aussi responsables de tirer d'embarras les équipages des navires et avions étrangers au large des côtes du pays.
Une tache considérable, puisque les Forces canadiennes ont reçu 9400 appels de détresse en 2007. Dans le document obtenu par Le Devoir, il est toutefois mentionné que l'armée doit lancer une opération de sauvetage en moyenne 580 fois par année. Les autres fois, l'appel est dirigé vers une autre organisation (GRC, SQ, Garde côtière) ou vers un premier répondant plus près du lieu visé (navire marchand, par exemple).
Répondre aux appels, mener les missions de sauvetage et maintenir la flotte d'avions opérationnelle 24 heures sur 24, sept jours sur sept, coûte près de 600 millions de dollars par année, a affirmé l'ancien ministre de la Défense, Gordon O'Connor, le 17 mai dernier.
Les Forces canadiennes couvrent un territoire de 18 millions de km2. «La recherche et le sauvetage représentent des défis importants pour le personnel des Forces et leur équipement, peut-on lire dans le document. Les distances peuvent être énormes et les conditions climatiques difficiles. Malgré tout, pour les Canadiens, sauver des vies humaines demeurent une priorité et les Forces vont continuer à jouer un rôle en ce sens.»
Les Buffalo
Le hic, c'est que les avions des Forces canadiennes qui effectuent ce travail sont vieillissants. Les six avions Buffalo CC115, des appareils bi-moteurs à hélices un peu plus petits que des Hercules, sont basés à Comox, en Colombie-Britannique. Ils ont été mis en service en 1967. Ils sont utilisés principalement dans les montagnes en raison de leur facilité à manoeuvrer au-dessus des terrains accidentés et parce qu'ils peuvent voler à basse vitesse.
Le Canada est le dernier pays, avec le Brésil, à encore utiliser ces appareils. Ottawa devait les remiser en 2004, mais leur vie a été prolongée jusqu'en 2010. Les pièces de rechange sont devenues souvent difficiles à trouver, et les Forces canadiennes envisagent d'acheter, uniquement pour les pièces, les quelques avions Buffalo que Brasilia va mettre au rancard dans les prochains mois.
Cet hiver, un problème avec les moteurs a forcé l'armée à décrocher les turbopropulseurs de trois des six avions pour les installer sur les appareils restants, puisque les pièces étaient introuvables. Ce problème devrait être résolu ce printemps.
Au ministère de la Défense, on tente de se faire rassurant, sans toutefois minimiser les problèmes. En dénichant des pièces de rechange à gauche et à droite, et en fabriquant certaines pièces à la main, on pourrait maintenir les Buffalo en état de vol jusqu'en 2012 ou même 2014, rapportait dimanche La Presse canadienne.
Mais l'usure des avions entre 2010 et 2014 inquiète l'armée en raison de la rigueur du climat canadien, des longues distances à parcourir et des conditions météorologiques. «Les appareils doivent pouvoir opérer dans des conditions extrêmes», note le ministère de la Défense dans son document d'analyse.
Les Hercules
Outre les six Buffalo stationnés en Colombie-Britannique, la flotte de recherche et sauvetage est composée de dix avions Hercules répartis entre Winnipeg, Trenton (Ontario) et Greenwood (Nouvelle-Écosse). Les Hercules ont été mis en service entre 1964 et 1990, de sorte qu'ils n'ont pas tous le même âge. Ils sont toutefois considérés comme coûteux et trop gros pour faire uniquement de la recherche et du sauvetage. «Une analyse de la durée de vie des Hercules CC130 confirme que les coûts pour maintenir ces avions opérationnels après 2010 seraient significatifs», peut-on lire dans le document interne des Forces canadiennes.
Voyant venir ces problèmes, les Forces canadiennes ont lancé en 2002 une analyse des besoins pour éventuellement acquérir des avions destinés spécifiquement à la recherche et au sauvetage. Avant le déclenchement des élections, à l'automne 2005, l'ancien gouvernement libéral avait annoncé qu'il voulait acheter plusieurs appareils. Les nouveaux avions devaient alors être prêts en avril 2009. Mais tout a été bloqué par les élections.
En campagne, les conservateurs ont promis l'acquisition de nouveaux avions destinés à la recherche et au sauvetage. Mais depuis, plus rien.
Au ministère de la Défense, on explique que le projet est dans une phase d'analyse des options. Pourtant, dans le document obtenu par Le Devoir, le choix semblait arrêté dès juillet 2006. «L'option préférable consiste à remplacer les Buffalo CC115 et les Hercules par de nouveaux appareils qui seront bien adaptés aux missions de recherche et sauvetage», écrit l'armée.
Le chef d'état-major de l'Armée de l'air, Angus Watt, a soutenu l'été dernier que l'achat de ces nouveaux avions était la priorité des Forces canadiennes. On peut d'ailleurs lire dans le document que le processus doit être «mis en branle aussi rapidement que possible». Mais la mission en Afghanistan draine beaucoup de ressources, de sorte que tout semble figé dans ce dossier.
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Solution, les petites annonces - par Gilles Bousquet
Le mardi 15 avril 2008 07:00

