Afghanistan - Bourde diplomatique du Canada

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La Presse canadienne , AFP
Édition du mardi 15 avril 2008

Mots clés : diplomatie, Maxime Bernier, Gouvernement, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

Maxime Bernier suggère de nommer un nouveau gouverneur à Kandahar avant de corriger le tir

À sa visite précédente en Afghanistan, Maxime Bernier s'était attiré les railleries de ses adversaires politiques après avoir distribué des gâteaux Jos Louis aux soldats. Hier, il a conseillé au président afghan de changer le gouverneur de Kandahar avant de diffuser un communiqué précisant que le Canada respectait les autorités afghanes.

Photo: Agence France-Presse

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Maxime Bernier, s'est retrouvé dans l'embarras hier après une volte-face relativement à des propos qu'il a tenus devant les journalistes, au terme de sa visite de trois jours en Afghanistan.

M. Bernier a d'abord suggéré que le président afghan, Hamid Karzaï, remplace le gouverneur de Kandahar, Asadullah Khalid, qu'il a associé au phénomène très répandu de la corruption en Afghanistan. Un geste qui revenait à s'ingérer dans les affaires intérieures du pays. M. Karzaï «peut travailler avec nous à s'assurer que le gouverneur ait plus de pouvoir et qu'il fasse ce qu'il a à faire pour nous aider. On peut aussi envisager de nommer un nouveau gouverneur», a ainsi affirmé Maxime Bernier.

«Le président doit décider de l'avenir du gouverneur. Est-ce la bonne personne, à la bonne place, au bon moment pour que le gouvernement afghan soit présent avec nous sur le terrain», a également déclaré le ministre sur les ondes de Radio-Canada.

Plus tard dans la journée, M. Bernier a dû rectifier le tir et diffuser un communiqué afin de «clarifier» la position du Canada envers le gouvernement afghan et, plus précisément, envers les gouverneurs afghans. «L'Afghanistan est un État souverain qui prend ses propres décisions en matière de nominations gouvernementales. Je peux vous assurer que le Canada respecte pleinement ce fait et qu'il ne demande nullement au gouvernement afghan de faire des changements dans ce domaine», a déclaré le ministre.

«En fait, notre but premier est de promouvoir l'autonomie de l'Afghanistan vis-à-vis tous les aspects de l'identité nationale, y compris le développement, la sécurité et la gouvernance», a-t-il ajouté. «Nous continuerons d'oeuvrer en étroite collaboration avec tous les ordres du gouvernement afghan pour atteindre cet objectif», a d'ailleurs promis le ministre conservateur.

La précision a eu l'heur de plaire au gouvernement afghan. «Tout doute suscité par ce qui était rapporté a été dissipé et s'il y a eu un malentendu, il est chose du passé», a fait valoir l'ambassadeur afghan au Canada, Omar Samad.

Interrogé sur les déclarations de son ministre des Affaires étrangères, le premier ministre Stephen Harper a souligné que celui-ci avait «très rapidement corrigé l'impression erronée donnée par des déclarations antérieures». Il a en même temps noté qu'Ottawa avait déjà «exprimé de temps à autres certaines de ses préoccupations et continuerait à le faire en privé», sans toutefois préciser la nature de ces préoccupations. M. Harper a en outre soutenu que les propos de son ministre n'avaient rien à voir avec la mission canadienne en Afghanistan. Il a d'ailleurs souligné qu'il n'avait nullement l'intention de demander sa démission.

Opposition furieuse

Les partis d'opposition ont quant à eux bondi sur l'affaire aux Communes, accusant le gouvernement de semer la confusion, de s'ingérer dans les affaires internes de l'Afghanistan et d'avoir caché qu'il était au courant d'un problème de corruption dans ce pays lorsqu'il a demandé le prolongement de la mission canadienne dans ce pays. L'opposition a aussi demandé aux conservateurs de préciser la position canadienne sur le gouverneur de Kandahar.

«On nous a caché ce qui se passait là-bas parce que ces gens vantaient le gouverneur de Kandahar il y a quelques mois à peine, et là tout d'un coup, ils ont la même position que nous, à savoir qu'il y a de forts soupçons de corruption, de trafic de drogues», a expliqué le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

«Pourquoi M. Bernier a dit cela? Le gouvernement doit nous répondre sur ce qu'il pense du gouverneur et de sa façon dont il gère. Est-il vraiment comme l'a laissé entendre M. Bernier, une nuisance quand il s'agit de choses aussi grave que la torture?», a résumé le chef libéral, Stéphane Dion, qui croit que M. Bernier ne peut plus demeurer aux Affaires étrangères à la suite de cet impair.

Ce n'est pas la première fois que le ministre Bernier se retrouve au centre de la controverse. À sa dernière visite à Kandahar, il s'était attiré bien des moqueries en distribuant des gâteaux Jos Louis aux soldats canadiens.

Il y a aussi eu sa réponse aux Communes l'an dernier, sur Haïti, qui en avait laissé plus d'un pantois puisqu'il avait fait référence au président Jean-Bertrand Aristide comme si ce dernier était toujours président. Aristide n'est plus en poste depuis 2004. Dans bien des dossiers qui devraient tomber sous sa responsabilité, ce sont ses collègues ministres qui ont pris les choses en main et qui défendent publiquement la position du gouvernement.

Ottawa a décidé de prolonger la mission de son contingent dans le sud de l'Afghanistan jusqu'en 2011, après avoir reçu l'assurance que les militaires canadiens recevraient des renforts. L'envoi de soldats français dans l'est de l'Afghanistan permettra de dégager des militaires américains qui viendront appuyer les Canadiens à Kandahar. Le contingent canadien dans la ville de Kandahar s'élève à 2500 hommes.


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