Opinion

Décrocheurs ou décrochés?

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Valérie Blanchette, Marc Dêchesnes, Steve Dupont, Éric Haché, Karine Jacques, James Labrie, Jonathan Sirois et Jacques Toshan, Âgés de 16 à 18 ans, les auteurs sont tous membres de l'atelier Autobiographie de la Boîte à lettres

Édition du mardi 15 avril 2008

Mots clés : alphabétisation, Boîte à lettres, École, Éducation, Québec (province)

Nous sommes des jeunes qui fréquentent la Boîte à lettres (Bàl), un groupe populaire en alphabétisation. Nous avons voulu poursuivre le même chemin que les autres élèves, mais nous avons été détournés vers la ruelle des classes spéciales.

Après un parcours chaotique, fissuré et difficile dans ces classes, nous nous sommes retrouvés devant rien. À 16 et 18 ans, nous avons quitté l'école avec un sac rempli de feuilles blanches. Un baluchon sans diplôme, sans acquis, sans confiance et rempli de difficultés en lecture et écriture. D'après vous, que peut-on faire avec cela?

À la Bàl, un organisme sans but lucratif, on vient acquérir des connaissances pour remplir son baluchon, apprendre à se connaître et démêler son passé. Nous tentons de comprendre d'où viennent nos difficultés en lecture et en écriture et pourquoi nous sommes rendus là aujourd'hui.

Nous avons tous vécu des difficultés scolaires dès le début du primaire. Très tôt, nous avons été marqués au fer rouge: troubles d'apprentissage, troubles de comportement, dyslexiques, hyperactifs, audimuets... Ces marques ne nous quittaient jamais et nous faisaient vivre de nombreuses frustrations. On se sentait rejetés, démotivés et découragés. Notre confiance et notre volonté diminuaient de jour en jour, ce qui nous poussait au décrochage.

Quand nous avons réalisé que nous ne pourrions plus revenir dans les classes ordinaires, une colère et un goût de vengeance ont monté en nous. Nous avons arrêté de travailler en classe. Nous nous renfermions sur nous-mêmes. On se sentait pris, enfermés et sans espoir d'avancer. Nous nous sommes mis à déconner parce qu'on n'avait plus rien à perdre. De toute façon on n'avançait plus en classe.

Aujourd'hui, ce passé nuit encore à notre vie de tous les jours et barre les portes de notre avenir. On se bat pour vivre, on manque de connaissances pour intégrer le marché du travail. On se sent mal intégrés dans la société. Notre confiance en nous est à rebâtir parce qu'on a intégré nos étiquettes et on les a crues. Par contre, on continue toujours à avancer, on est revenus pour reprendre nos études et pour aller plus loin dans la vie.

Quand on y pense, on croit encore que c'est de notre faute, mais nous pensons aussi qu'il est impossible que nous soyons les seuls responsables. On peut avoir certains torts, mais de là à dire que c'est juste de notre faute! Il ne faut pas trop exagérer. C'est de la faute d'un ensemble de facteurs:

- on vit dans une société qui prône l'excellence et où on met à part ceux qui ne cadrent pas dans le moule, ceux qui réussissent moins bien. De plus, le gouvernement n'investit pas assez en éducation;

- dans le système scolaire actuel, les classes spéciales ressemblent à un dessert qui s'appelle la bagatelle. La bagatelle est composée de plusieurs restants de gâteaux différents. C'est la même chose pour les classes spéciales où tous les élèves sont mélangés: troubles de comportement, troubles d'apprentissage, déficience... Quel mélange qui ne vaut pas cher! On oublie que les jeunes sont tous différents. Ils ont chacun leurs besoins, leurs qualités, leurs vécus... De plus, les différentes étiquettes utilisées sont des poids lourds à traîner pour les élèves. Elles limitent la vision qu'on a d'eux. Les élèves se replient sur eux-mêmes, se sentent petits et sont pris avec ce boulet.

- Les professeurs ont une influence importante envers les élèves autant positive que négative. Lorsque certains professeurs «chouchoutent» des élèves, plusieurs autres se sentent mis de côté et rejetés. Un professeur qui rabaisse, ridiculise ou qui détruit les espoirs d'un élève le rend démotivé. Nous avons besoin de professeurs à nos côtés pour monter la pente de la connaissance. Des professeurs qui nous aiment, nous écoutent, nous aident et prennent le temps de nous faire découvrir les mots et le monde.

Sommes-nous des décrocheurs ou des décrochés par le système d'éducation et la société? D'après vous?

De notre côté, nous souhaitons être entendus et que la société et les gens prennent le temps de nous comprendre au lieu de nous juger.

Nous aimerions dire aux élèves des classes spéciales de ne pas lâcher, de laisser les commentaires négatifs de côté et de croire en eux.

Nous aimerions dire aux professeurs de donner les outils nécessaires aux jeunes pour qu'ils puissent avancer: écoutez et encouragez vos élèves, et croyez en eux. Faites en sorte que les élèves réussissent au lieu d'échouer!

Nous aimerions dire au gouvernement que l'éducation, c'est important pour avancer, travailler et se développer en tant qu'être humain.


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