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Mon oncle Bob
Je me rappelais les phoques que Brigitte allait voir sur la banquise, ils étaient si beaux, si blancs et si adorables avec leurs gros yeux noirs. J'aurais tellement voulu être avec Brigitte et lui dire que moi du haut de mes 9 ans, comme elle, j'aimais les animaux. Mais à 9 ans, vos parents ne vous laissent jamais faire ce genre de choses. À la télévision, l'on montrait ces baleines qu'on harponnait avec des machines de guerre alors que le sang des ces bêtes recouvrait la mer. Je ne comprenais pas ce que j'avais vu, et cette nuit-là, je pleurai jusqu'à l'épuisement toutes les larmes de mes yeux, sous le regard de mon père anxieux d'avoir mis au monde un enfant si sensible. Les contes de Walt Disney que j'adorais tant n'étaient que des mensonges. Les hommes étaient des salauds. Ils tuaient des phoques et des baleines, les animaux les plus inoffensifs et les plus pacifiques de la Terre. Et en plus, ces hommes sont des lâches.
Avec le temps, je comprends mieux l'opinion de mon oncle au sujet des animaux. Mon oncle fait partie de ces gens sympathiques qui néanmoins n'ont ni le courage d'aimer ni la force de défendre ceux qui souffrent. Il est de ces gens qui veulent être aimés et populaires et pour cela ils doivent donc accepter avec le sourire des faibles les pires des choses de ce monde. Il est de ces gens qui prendront les chemins les plus longs pour faire ce qui est juste, pour ne point s'exposer au jugement des autres qu'ils redoutent tant. Il est de ces gens qui ricanent quand d'autres bravent la bêtise collective. Mais ce qui caractérise si bien mon oncle Bob, c'est la jalousie de voir chez les autres des qualités surhumaines et magnifiques, qu'il sait ne pas être capable d'avoir lui-même et qu'il condamne impitoyablement et avec beaucoup de mesquinerie, chez les autres.
Ma fille qui a 5 mois grandira avec le bonheur de voir les merveilleux films de Walt Disney, mais dès qu'elle aura passé l'âge de l'innocence, je lui montrerai les hommes tels qu'ils sont, avec le beau et le sublime, avec l'ignoble et l'épouvantable. Et je lui dirai, regarde ce que font les hommes, regarde bien. Je reste optimiste qu'elle aura le courage de choisir entre le blanc et le noir.
