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Avoir une personnalité borderline n'est pas un drame en soi...

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Robert Labrosse
Envoyé Le lundi 14 avril 2008 18:00



Comme le souligne l'article d'Émilie Bilodeau, dans l'article du 12 avril 2008, il est primordial d'offrir du soutien aux personnes aux prises avec un trouble de personnalité limite (TPL).

Ayant reçu le diagnostic du TPL en 1996, et de suicidaire chronique (ayant fait 14 tentatives de suicide - après avoir utilisé des moyens plus ou moins létaux, dont la dernière tentative remonte en 2003 - ayant été dans le coma et en hypothermie), je sais qu'il n'est pas évident de demander de l'aide.

Premièrement, il y a l'étape du déni (pour certains), pour ma part, je me sentais mal dans ma peau depuis mon tout jeune âge, mais à l'époque, les appelations « trouble de personnalité limite, borderline, état limite, etc. » n'était pas à la mode.

J'avais le goût de mourir depuis 1976 (à mes 18 ans)! Les « psy » à l'époque me parlait de dépression, de crise d'adolescence, etc.

Lorsque j'ai compris de quoi je souffrais (en 2000), j'ai aussi découvert la perception négative de plusieurs soignants face aux personnes qui ont ce diagnostic (qui augmente le désir de s'auto-détruire pour débarasser le plancher).

Il m'a fallu une grande motivation pour demander de l'aide et faire face aux interminables longueurs d'attente (lorsqu'on est en situation de crise).

Cela m'a pris aussi beaucoup de tolérance à la détresse, de vigilance et de courage pour persévérer dans ma démarche de demande de soins afin d'identifier un médecin compétent qui ne me jugerait (condamnerait) pas, pour identifier un centre de traitement sur-spécialisé (qui rassurerait ma méfiance excessive qui s'est développé suite à des abus physiques et des abus de confiance de pseudo-thérapeutes que l'on retrouve sur le Net), pour m'investir dans une douloureuse démarche (à froid) pour cesser mes comportements suicidaires et améliorer ma qualité de vie.

Le Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean de Québec, clinique externe du Centre hospitalier Robert-Giffard, m'a beaucoup aidé en ce sens. Mais cela ne suffisait pas.

Le sentiment de vide persiste toujours, le goût de mourir aussi (même si je suis en relation de couple qui va très bien). Je ne peux faire appel à la famille pour parler de ma souffrance. Je préfères les épargner considérant que cela (cette pathologie) les dépasses, bien que je me sens supporté à leur façon, par leur amour (je me considère privilégié). Ce qui me sauve surtout, c'est l'entraide!

Je parviens à accepter radicalement ma souffrance lorsque j'y donne un sens et que je canalise son énergie en alimentant un projet de vie : celui d'aider mes pairs !

C'est ainsi que j'ai conçu le site personnalitelimite.org, que j'ai été l'instigateur du collectif d'auteur « Trouble de personnalité limite et réadaptation - Points de vue de différents acteurs » publié aux Éditions Ressources, que j'ai été membre fondateur de l'Association québécoise de l'organisation limite de la personnalité (AQOLP), que j'anime un groupe de soutien à Québec et accompagne mes pairs au démarrage de groupes à Montréal et en régions.

Il n'est pas facile de faire ces choix, étant sur l'aide sociale en raison d'une contrainte à l'emploi. Mais l'entraide (le soutien) est une ressource complémentaire à la thérapie, qui m'a permit d'évoluer, de retrouver un rôle dans cette société où je ne trouve plus de place.

Depuis 18 ans, je lutte pour « survivre » et j'y parviens. Je parviens même à améliorer ma qualité de vie au quotidien, sans trop attendre après les autres.

L'AQOLP est jeune, elle regroupe déjà une trentaine de membres de différentes régions sociaux-sanitaires. Le site, qui est à présent géré par l'Association, est très fréquenté en raison de la qualité de son contenu et à son bulletin mensuel (plus de 675 abonnés), et surtout grâce aux partenaires qui nous accompagnent pour assurer la diffusion d'information de qualité, que ce soit pour le collectif d'auteurs, pour un feuillet d'information qui sera prochainement diffusé à la grandeur du Québec, que ce soit pour d'autres projets en développement.

Pour conclure, je tiens à partager à mes pairs ce message d'espoir :

« Avoir une personnalité borderline n'est pas un drame en soi...
... car après avoir acquis une bonne conscience de ses vulnérabilités, les traits de personnalité d'hier générateurs de difficultés (trouble relationnel, chaos intense, sentiment de vide, rage, etc.) deviennent des générateurs de potentialités (hypersensibilité, passion, authenticité, spontanéité, compassion, etc.). »

Source :

Dr Évens Villeneuve
Professeur agrégé Université Laval
Président du comité de l'admission au Programme de doctorat en médecine
Directeur adjoint du département universitaire de psychiatrie
Chef du Programme de traitement des Troubles sévères de personnalité, Institut universitaire en santé mentale Robert-Giffard
(Mars 2008)

Je tiens à remercier Le Devoir de me permettre de transmettre ce témoignage à mes pairs.

Robert Labrosse, président fondateur de l'AQOLP

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