Vos réactions

De notre position confortable, facile d'invoquer la morale démocratie.

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Luc Boisjoli (gars.ecolo@hotmail.com)
Envoyé Le lundi 14 avril 2008 11:00



J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'excellent article du journaliste Antoine Robitaille, "La tentation de la dictature verte", ainsi que les réactions qu'il a suscité. Je me suis aperçu cependant que l'ignorance était encore très répandue et cela même au sein des lecteurs du Devoir. On méconnaît énormément le mouvement écologiste, on confond les écoles de pensée et une foule de préjugés tenaces perdurent, à commencer par l'idée que les biocarburants sont une proposition appuyée par les écologistes, qu'il est possible d'améliorer la qualité de vie des plus démunis sans du même coup protéger les écosystèmes, ou encore que le réchauffement climatique est le seul problème environnemental nécessitant une action massive.

J'ai aussi été choqué par certains commentaires de lecteurs qui ont tenus des propos quasi offensants par rapport aux écologistes qui réclament plus, beaucoup plus de rigueur dans la protection de l'environnement, allant jusqu'à les comparer à des fascistes, même si ces comparaisons étaient relativement nuancées.

Ça paraît bien de prétexter quelques soi-disant sacro-saints droits et libertés comme la démocratie pour justifier l'inaction, mais c'est peut-être là une autre de nos perceptions tordues par notre luxe aberrant et notre nombrilisme outrageant.

Alors que nous contaminons notre eau par des produits toxiques contenus par exemple dans nos nettoyants domestiques, d'autres marchent des kilomètres tous les jours pour se procurer une eau dont nous ne voudrions même pas dans nos toilettes. Pendant que nous exigeons une incroyable diversité et une fraîcheur impeccable sur les larges tablettes de nos épiceries et que nous gaspillons des milliers de tonnes de nourritures sur une base régulière, d'autres meurent de faim ou s'échinent à cultiver pour nos caprices une nourriture qui finira par encombrer nos dépotoirs. En même temps que nous dépensons une énergie précieuse pour de petits voyants lumineux au nom de ce que l'on croit être le confort, plusieurs crèvent de froid ou ne parviennent pas à faire bouillir une eau qu'ils boivent donc pleine de bactéries. Alors que nous prétendons au droit de s'établir en banlieue et d'avoir notre propre voiture, des gens vivants en bordure des axes routiers les plus passants subissent les effets nocifs de l'air vicié allant jusqu'à développer des maladies du système respiratoire. Pendant que de nombreuses personnes font un hobby du magasinage de babioles "made in China" dont ils n'ont pas vraiment besoin, symbole ultime de la surconsommation, et babioles qui finiront assez rapidement par encombrer nos dépotoirs et qu'on transporte à grands frais de gaz à effet de serre, d'autres gens sont sous payés pour fabriquer ces futilités qui abondent dans nos centres d'achats.

Et certains osent comparer les écologistes aux fascistes? Certains osent encore défendre le semblant de démocratie dans lequel nous vivons au dépend du bien être de l'humanité et de l'accès pour tous à une vie saine? Surtout qu'avec le taux de participation aux élections, il y a de quoi se demander si la démocratie est réellement une valeur dans notre société.

Veuillez pardonner cette montée de lait. Je dois bien avouer que moi-même je veux croire en la démocratie, mes implications politiques dans les trois paliers gouvernementaux le prouvent. N'empêche qu'avant d'être "démocrate" je suis écologiste. Non pas (pas seulement) pour sauver les fleurs et les petits oiseaux, mais bien pour sauver l'humanité pour laquelle je m'investis depuis déjà quelques années quitte à porter seul des blâmes ou à subir l'ignorance et l'incompréhension de collègues et de citoyens.

Je pense qu'il convient tout de même d'admettre qu'une dictature écologique est moralement tout aussi défendable que l'actuelle démocratie inactive et ses effets pervers sur les humains et les écosystèmes de la planète. D'autant plus que les concepts de démocratie et de dictature demeurent flous.

Lorsque les municipalités et les MRC, en 1996 et avant ça en 1984, ont décidé d'ignorer la règlementation québécoise les obligeant à protéger une bande riveraine en bordure des cours d'eau parce que ça risquait de déplaire à une majorité de citoyens riverains, c'était de la démocratie? Si on les avait obligé à appliquer la Loi sans attendre les épisodes de cyanobactéries, c'aurait été de la dictature?

Est-ce démocratique de déféquer dans de l'eau potable? Est-ce dictatorial de vouloir préserver la ressource hydrique et de prendre les mesures pour le faire? Est-ce démocratique d'émettre des tonnes et des tonnes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère? Est-ce dictatorial de vouloir préserver des centaines de millions d'individus, souvent parmi les plus pauvres de la planète, des effets néfastes du réchauffement climatique?

Idéalement, nous irions de l'avant dans un cadre démocratique, mais si nous n'avons pas un sens des responsabilités suffisant, d'ici tout au plus deux générations, des mesures drastiques seront appliquées dans un cadre dictatorial, que cela nous plaise ou non. Ou pire encore, les guerres pour les ressources restantes se généraliseront et n'épargneront certainement pas le Québec.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com