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Ceci n'est pas la fin de l'histoire(?)

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Jean François Bissonnette (paradoxe79@hotmail.com)
Envoyé Le dimanche 13 avril 2008 15:00



Dans cet article, qui a le mérite de montrer que la démocratie libérale n'est peut-être pas la Fin de l'Histoire dont parlait Fukuyama, on nous dit que la démocratie est incapable de faire face aux défis environnementaux du fait d'un problème de temporalité. La question écologique se pose sur le long terme, et concerne des générations qui n'existent pas encore et qui n'ont donc pas voix au chapitre dans les décisions qu'on prend aujourd'hui, dans un régime démocratique où les priorités sont déterminées sur un horizon de court terme.
Le problème n'est peut-être pas tant la démocratie, le régime où le peuple est le dépositaire de la souveraineté, que le jeu des intérêts qui s'imposent à court terme et qui s'arrogent l'urgence du moment.
Il faut peut-être revoir notre définition de la démocratie et la distinguer d'une idéologie qui n'est pas forcément démocratique: le libéralisme. Ce n'est pas tant l'inefficacité relative de la démocratie qui est à pointer du doigt comme responsable de la catastrophe à venir, mais plutôt cette idée de liberté sans entrave qui s'est imposée voilà deux siècles et demi et qui a donné lieu à cette fuite en avant modernisatrice qui ne voit dans la nature qu'un matériau de construction. C'est la liberté d'agir à sa guise, en fonction du seul calcul de son intérêt à court terme, et sous la garantie du droit, qui nous pousse au bord du précipice. Et c'est l'intérêt économique, celui d'un appareil productif insatiable, qui s'est imposé comme le seul critère du jugement politique, aujourd'hui. Quand les écologistes essaient d'y substituer (sous des motivations parfois douteuses) un autre critère de jugement, c'est en ramant à contre-courant d'une idéologie qui a forgé la conscience de tout un chacun en Occident. Autrement dit, nos contemporains peuvent bien ressentir le dogme écologiste comme une attaque contre leur propre personne, car l'enjeu environnemental impose de freiner ces désirs de liberté qui sont censés faire de nous qui nous sommes, au nom d'un bien commun qui ne veut pas dire grand'chose à l'homme nombriliste de notre temps.
La question est celle de l'efficacité de notre mode d'organisation sociale. Le libéralisme économique, pour son prophète que fut Adam Smith, était censé être, du fait de la division du travail et de l'incitatif égoïste au gain rapide, la garantie d'une distribution optimale des ressources et des richesses, ainsi que d'une efficacité productive maximale. On se rend compte, au vu des récentes émeutes de la faim, que le capitalisme mondialisé est loin de réaliser cette promesse d'une allocation parfaite des ressources. On se rend compte, également, qu'à force de piller la nature en vue du gain à court terme, il sabote son propre avenir en léguant aux générations futures un désert inhabitable. C'est à ce régime de la liberté d'entreprendre que devrait s'attaquer la critique écologique, ce qu'un Al Gore ne fait pas du tout, lui qui ne voit dans la crise environnementale qu'une autre manière de développer des marchés... verts.
Or, paradoxalement, si le régime des écologistes-rois devait succéder à la démocratie libérale (sous le coup d'on ne sait quelle catastrophe ou de quelle improbable révolution), on peut douter du fait qu'ils sauraient mieux gérer la complexité des sociétés humaines que ne le fait un système acéphale comme le capitalisme. On sait à quelles tragédies ont mené les expériences de dirigisme au XXè siècle.
Or, on se laisse facilement convaincre qu'il y a urgence d'agir, et il est tout aussi douteux que la conversion à une éthique écologiste de plusieurs milliards de personnes se fasse assez rapidement pour anéantir le mur vers lequel notre civilisation se rue aveuglément.
Fin de l'histoire? Qui vivra verra.

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