Imaginez que vous êtes sur l'un des ponts supérieurs du Titanic à profiter d'une traversée où le tumulte des ponts inférieurs ne vous parvient pas. Tous ces gens entassés dans les dortoirs des ponts inférieurs avec trois fois rien vous sont inconnus. Pire encore, entre la cale du bateau où se trouvent les machinistes et vous, il y a sur la passerelle de navigation un comité chargé des relations avec les passagers. Or, une déchirure traverse l'étrave et dans leur bigaphone les marins de la salle des machines crient leur désarroi en s'exclamant "nous coulons". Mais, leur message doit passer par le comité dont je viens de parler et qui prend ses décisions à l'unanimité. Sur ce comité siègent les officiers supérieurs, les ingénieurs de bord et des représentants de l'armateur. Le message aux passagers une fois le consensus fait devient donc: "Une avarie pourrait compromettre le voyage, mais ne vous en faites pas tout est sous contrôle". On connaît la suite...
Maintenant remplacez les marins de la cale, par des scientifiques qui sur le terrain prennent des mesures, le comité de la passerelle, par le GIEC et vous obtiendrez ceci: les études réalisées par les chercheurs montrent que la banquise arctique devrait disparaître en été d'ici 2020; le rapport 2007 du GIEC nous informe donc que d'ici la fin du XXIe siècle, il est très probable que la banquise arctique disparaisse durant la saison estivale. Voilà le problème, une dilution homéopathique du message... parce que nos sociétés doivent composer avec ceux qui par intérêt ou bêtise s'opposent à la mise en oeuvre de mesures exigentes, le consensus en résultant nous mène tout droit au naufrage.
Pierre-Alain Cotnoir