Le rouge et le jaune
Mots clés : Centre Bell, Tim Thomas, Hockey, Sport, États-Unis (pays), Montréal

Photo: Agence Reuters
Voyons donc l'histoire, rapportée cette semaine. Il y a quelques mois, une optométriste de la région d'Ottawa, fan des Sénateurs, a écrit aux entraîneurs des Penguins de Pittsburgh pour leur dire que le jeune gardien de l'équipe, Marc-André Fleury, gagnerait à délaisser les rutilantes jambières jaunes (tinyurl.com/4m9wsy) qui étaient sa marque de commerce depuis son arrivée dans la Ligue nationale. La dame indiquait, graphique à l'appui, que le jaune est la couleur la plus facilement captée par l'oeil humain, ce qui a amené les autorités à l'utiliser dans des secteurs importants comme les panneaux routiers et les autobus scolaires. En l'occurrence, les jambières de Fleury étaient donc les choses les plus visibles sur la patinoire, et ses adversaires pouvaient profiter de la situation pour, justement, viser à côté.
Or, après avoir raté près de trois mois d'activité en raison d'une blessure à une cheville, Fleury est revenu au jeu le 28 février dernier et, suivant le conseil de l'optométriste Janet Leduc, a décidé d'adopter des jambières, une mitaine et un bouclier blancs, qui se confondent davantage avec la glace et offrent donc une cible moins évidente. Et lui qui présentait un dossier de 9-8-1 et avait accordé sept fois quatre buts ou plus lors d'un match avant son absence a surfé sur une séquence de 10-2-1 après son retour, ayant concédé deux buts ou moins dans toutes les rencontres sauf une. En plus, il s'est payé mercredi soir un blanchissage de 4-0 en ouverture des séries, coup de pinceau réalisé de surcroît contre les Sénateurs de Mme Leduc, qui s'est dite «horrifiée» à l'idée que sa suggestion puisse contribuer à l'éventuelle élimination de ses favoris. «N'est-ce pas terrible?, a-t-elle dit à l'Agence France-Presse. Mais quand j'ai écrit la lettre, les Sénateurs étaient loin en avant des Penguins. Je suis une fervente partisane des Sénateurs, mais Fleury est un bon garçon, et je pensais qu'il avait besoin que quelqu'un l'informe à propos de l'équipement jaune.»
Pour sa part, Fleury a déclaré que la couleur de ses jambières n'expliquait sans doute pas entièrement ses récents succès mais qu'il se sentait bien en leur compagnie.
Ce qui nous ramène, par une association d'idées tout à fait époustouflante, à Tim Thomas. Car même si on raconte dans la grande conurbation du Boston métro que Real Men Wear Black, il y a aussi du jaune dans l'uniforme des Bruins, et Thomas, qui ne suit de toute évidence pas l'actualité chromatique, a élu d'en faire la couleur prépondérante de ses jambières. Pire: jeudi soir, il les a enfilées pour un match important, un match impair par-dessus le marché, à l'étranger, contre la meilleure formation en attaque de la Ligue nationale, avec un club vraiment pas terrible en avant de lui, ayant peut-être mangé un sanglier qui avait mangé des cochonneries.
Si dès lors quelqu'un s'est étonné qu'au bout de deux petites minutes c'était déjà 2-0 Canadien, les Kostitsyn ne voyaient que du jaune et lançaient juste à côté, c'est que ce quelqu'un ne suit pas l'actualité chromatique non plus.
Remarquez, le phénomène est assez particulier. Car même s'il arbore des jambières jaunes, Thomas est d'ordinaire un bon gardien. Cette saison, pourcentage d'arrêts de ,921, quatrième gardien de la LNH (à égalité avec Marc-André Fleury, tiens tiens), en face d'un barrage moyen de 30 tirs par rencontre. Moyenne de buts alloués de 2,44, ce qui est meilleur que Kiprusoff, Vokoun, Miller, DiPietro et, oui oui, Carey Price. Mais contre Montréal, il semble perdre tous ses moyens: 24 buts en cinq matchs et deux tiers avant quatre autres buts jeudi, impliqué notamment dans des défaites de 5-2, 7-4 et 8-2. Quatre fois sur six, son rendement s'est retrouvé sous la barre de ,900.
Dans ce cas, le jaune ne servirait donc que d'explication partielle. Posons une hypothèse: et si Tim Thomas était intimidé par le rouge? Pas besoin d'être un taureau pour savoir que le rouge est aussi une couleur voyante (alors que le noir amincit), comme l'indiquent chacun à leur manière l'arrêt-stop, l'écurie Ferrari, le logo du Parti libéral et la planète Mars, et qu'il se peut fort bien que les cinq gars en rouge sur la patinoire aient l'air d'être une dizaine. Une étude tout ce qu'il y a de plus scientifique réalisée en Grande-Bretagne il y a trois ans et publiée dans le magazine Nature, auquel je suis abonné, montrait d'ailleurs que dans les sports, revêtir du rouge confère un avantage, de la même manière que le mandrill a le pif rouge vif et la veuve noire l'abdomen rouge pour bien montrer qu'il est préférable de ne pas niaiser trop longtemps avec eux. On consignera à ce sujet dans nos archives que lors de la dernière Série mondiale de baseball, les Red Sox ont écrapouti les Rockies du Colorado, qui portent du noir, en quatre matchs d'affilée; ça doit vouloir dire quelque chose.
Si donc, c'est la faute du rouge, cela signifierait qu'il n'y a rien à faire pour le Boston. Si c'est la faute du jaune, Tim Thomas dispose de quelques heures pour renverser la situation et éviter de s'exposer comme le firent jadis les très poches mais combien hallucinogènes Canucks de Vancouver (tinyurl.com/5wt4bf). Ce soir, rien qu'à voir, on verra bien.
Vos réactions
Aberration chromatique - par Marc. Etienne Deslauriers
Le dimanche 13 avril 2008 17:00
Ni rouge ni jaune - par Luc Desnoyers
Le dimanche 13 avril 2008 01:00
Excellent ... - par Marc Fiset
Le samedi 12 avril 2008 11:00
Ouff - par Françoise Gloutnay
Le samedi 12 avril 2008 05:00

