Finances - Le prix de la sécurité

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gérard Bérubé
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008

Mots clés : Industrielle Alliance, Financière Manuvie, Fonds de placement garanti, Investissement, Économie, Québec (province)

L'évolution démographique étant, il y a toujours plus de personnes qui entrent dans la zone dite à risque pour la retraite. Les assureurs répondent à cette mouvance en mettant à profit leur monopole dans les produits financiers liés au décaissement pour jouer à fond de train la carte de la peur, ou de la sécurité (selon le cas). Cette protection a un prix, mais lorsque cette peur de perdre son capital est plus élevée...

La Financière Manuvie a misé juste avec son Fonds de placement garanti (FPG) Select Revenu Plus. Il a été lancé en octobre 2006 et amélioré l'année suivante pour offrir un revenu de retraite garanti. Fin 2007, ce contrat cumulait déjà des ventes de 3,4 milliards, selon le bilan fait en janvier par l'institution. On s'attarde essentiellement à cette zone à risque pour la retraite, soit cette période de cinq à dix ans qui précède et suit le départ à la retraite. «C'est à ce moment que les portefeuilles des épargnants sont les plus vulnérables aux baisses des marchés et à la volatilité», dit-elle.

Ce contrat a inspiré les autres. Les CI, Industrielle Alliance et Desjardins Sécurité financière (DSF). Cette dernière a lancé son contrat Helios en octobre dernier. L'institution a connu une hausse de 50 % de ses ventes en novembre et en décembre. Depuis le début de 2008, c'est le même rythme de vente qu'il y a un an, mais compte tenu du marché baissier affectant présentement les fonds d'investissement, «c'est une bonne performance», a résumé Claude Paré, directeur principal de Développement de produits et mise en marché.

Chez DSF on s'en tient au volet décaissement. On garantit à la retraite un retour de 7 % par année du capital, pendant 15 ans. À la Financière Manuvie, on propose plutôt du 5 % par année, la vie durant. La rente débute après le 31 décembre de l'année où le rentier atteint l'âge de 65 ans. C'est l'équivalent d'une rente viagère, mais le taux de récupération annuelle de 5 % rend l'étendue de cette couverture plus «confortable» pour l'institution en matière de contrepartie en matière de rendement à obtenir.

Manuvie précise dans sa publicité que ce revenu viager répond au risque de longévité, à savoir qu'il vient protéger le bénéficiaire du risque d'épuiser ses ressources avant son décès. Il faut toutefois mettre ce risque dans la perspective d'une espérance de vie chiffrée à 78 ans pour les hommes, à 82 ans pour les femmes, et d'un épuisement du capital dans l'équation de Manuvie à environ 85 ans. Mais comme dirait l'autre, l'industrie de l'assurance est basée sur la peur...

Manuvie a ajouté un volet accumulation à son FPG Select Revenu Plus, qui exige un investissement minimal de 50 000 $. Durant cette phase, l'institution accorde une prime annuelle de 5 % par année, pendant un maximum de 15 ans, chaque année où aucun retrait n'est effectué. Cette prime s'applique sur la valeur garantie, et non sur la valeur marchande. Ce volet accumulation s'appuie sur l'utilisation de fonds distincts, soit un fonds d'investissement auquel est greffée une assurance permettant de garantir le capital pour une période déterminée, généralement de dix ans, ou au décès.

Manuvie y ajoute l'option de cristallisation, le solde du retrait garanti étant réinitialisé tous les trois ans lorsque la valeur marchande est supérieure.

On s'en doute, toute cette mécanique, tout ce jeu de garantie par-dessus garantie n'est pas sans coût. Un fonds distinct peut généralement commander des frais de gestion annuels de 75 à 125 points de base de plus, selon les options, que les frais exigés sur un fonds d'investissement équivalent. Le programme Revenu Plus comporte des frais annuels de 0,75 %. Au total, donc, du 1,5 % à 2 % de plus par année durant cette phase d'accumulation.

Quant à la prime, il ne faut pas oublier que l'épargne va généralement être dirigée vers des fonds moins volatils, donc moins risqués, du type fonds équilibrés ou à fortes composantes de titres à revenu fixe. Certaines institutions vont même imposer un minimum en titres à revenu fixe. Le rendement potentiel s'en trouve abaissé d'autant, l'amputation pouvant facilement atteindre les 3 à 5 % par année lorsque comparée à un fonds grandes capitalisations ou dividendes.

Enfin, pour Manuvie, le fait d'obtenir un client captif pendant, disons, 20 ans, n'a pas de prix. Un avantage que convoitent également le courtier ou le conseiller intermédiaire attiré par la commission de suivi ou de rétention du client.

C'est ainsi que, chez DSF, on a préféré mettre l'accent sur le décaissement plutôt que sur le segment épargne. «On ne voulait pas compliquer les choses», a renchéri Claude Paré. Surtout, on ne voulait pas limiter les options de placement lors de la phase d'accumulation. D'autant que l'histoire nous enseigne que les rendements négatifs sont plutôt rares sur une période de dix ans.

Mais au final, «tous les produits offrant une protection comportent un coût, un coût qui varie selon les garanties offertes», résume Richard Giroux, président du cabinet Option Fortune. Ces programmes répondent à un besoin spécifique. Aux besoins d'une personne voulant sécuriser son patrimoine ou ne pouvant se permettre d'absorber les risques de volatilité du marché. «Ces programmes s'apparentent à un fonds de retraite traditionnel. C'est l'équivalent d'un fonds de retraite ayant pour base un revenu sécurisé, indexé à l'inflation, assorti d'une prestation au décès non imposable», a résumé le spécialiste.


Vos réactions


Fonds de placements garantis - par Marco Madon (marco.madon@sfl.qc.ca)
Le lundi 14 avril 2008 23:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com