Revue de presse: Défendre ou non ses principes
Mots clés : Droits de la personne, Média, Jeux olympiques, Chine (République populaire) (Pays)
Plus les Jeux olympiques de Pékin approchent, plus la question se pose. Comment y participer sans cautionner les atteintes croissantes aux droits de la personne et la répression au Tibet auxquelles se livre la Chine? Et faut-il même y participer? Le relais de la flamme olympique et la multiplication des manifestations d'opposition qui ont ponctué son parcours ont provoqué une réflexion sur l'état de la situation et la suite des choses.
Le Kingston Whig-Standard est l'un des rares, avec le Free Press, à évoquer un boycottage des Jeux. «Personne n'aime être pris pour un imbécile. Ou, pis, être complice d'un geste illégal ou immoral, et c'est pourquoi autant de gens appuient» ceux qui ont tenté d'éteindre la flamme, croit le quotidien. L'intimidation des autorités chinoises n'y changera rien, écrit-il. «La Chine s'attend à ce que nous jouions le jeu, mais son pari l'a mise dans une position où elle pourrait être confrontée à un boycottage des Olympiques.» Le Whig pense qu'il est trop tôt pour prendre une décision à ce sujet, mais il refuse d'écarter ce scénario.
Et que ça continue
Le Globe and Mail note que, quoi qu'en pense le gouvernement chinois, les manifestations étaient prévisibles et ont du bon, surtout «pour une minorité qui souffre depuis longtemps de la répression brutale de Pékin». Malheureusement, à part quelques sursauts d'intérêt, ses revendications ont généralement été ignorées par le reste du monde. L'approche des JO était une occasion que les Tibétains ne pouvaient laisser passer. «Sachant que les projecteurs se détourneront de la Chine après les Olympiques, les Tibétains n'ont qu'une courte période pour présenter leur cause au monde. Si cela signifie priver quelques spectateurs du plaisir de voir les coureurs porter la flamme, qu'il en soit ainsi.» Le Vancouver Sun va dans le même sens. «Tout comme la Chine utilise les Jeux de Pékin pour mettre en valeur ses prouesses économiques, les opposants au régime profitent de l'occasion pour attirer l'attention sur leur cause.»
Le Toronto Star, de son côté, pense que le gouvernement chinois a été son pire ennemi dans toute cette affaire. Il a obtenu les Jeux en promettant d'améliorer la situation des droits de la personne et le voilà qu'il compare le dalaï-lama à un monstre, arrête des manifestants à Lhassa, s'en prend à des moines, emprisonne des dissidents et accentue la censure. «Mais, écrit le Star, plus l'influence politique et économique de la Chine augmente, plus le régime doit s'attendre à devoir rendre des comptes.» Les dirigeants chinois «devront montrer plus de respect pour leur peuple pour mériter celui du monde. Si les manifestations olympiques arrivent à faire comprendre ce message, elles n'auront pas été vaines».
Hypocrisie
Mindelle Jacobs, du Edmonton Journal, est catégorique. La Chine n'aurait jamais dû avoir les Jeux. Tristement réaliste, Jacobs note cependant qu'il est maintenant devenu impossible de couper tous les liens avec la Chine puisque son économie est inextricablement liée à la nôtre. Elle en veut pour preuve la liste des produits qui se retrouvent dans sa propre maison. «Et c'est pourquoi la Chine se fiche de ce que l'Occident pense. Elle sait qu'en général, les gens s'y soucient davantage d'une bonne affaire que du Tibet.» Ainsi, le Canada a importé pour 38 milliards de dollars de marchandises chinoises l'an dernier pendant que nous portions des macarons «Free Tibet»...
Iain Hunter, du Victoria Times Colonist, souligne que le respect des droits de l'homme n'a jamais préoccupé les Grecs de l'Antiquité ou les instigateurs du mouvement olympique moderne. Mais après avoir joué avec le feu et s'être éloigné de ses idéaux originaux, ce mouvement se brûle aujourd'hui les doigts, écrit-il. Au-delà de la rencontre sportive, les Jeux «sont devenus un spectacle pour promouvoir le prestige national, l'image et les profits des entreprises».
Le Saskatoon StarPhoenix, lui, déplore les incidents violents survenus à Londres et à Paris car, écrit-il, ils nuisent à la cause même que les protestataires disent servir. Le quotidien est contre un boycottage des Jeux, qui ne ferait que punir les athlètes. Et il rappelle qu'il y a des limites à l'efficacité des pressions qui peuvent être exercées sur la Chine. Cette dernière a encore dans la gorge l'humiliation subie au XIXe siècle aux mains des puissances coloniales uniquement préoccupées par leurs intérêts économiques. Si elle a l'impression que la même hypocrisie prévaut aujourd'hui, elle se rebiffera.
Deux poids, deux mesures
Parlant de principes, que dire de l'inaction du gouvernement de la Colombie-Britannique face aux polygames d'une secte mormone installée dans la province? La police recommande depuis une décennie de porter des accusations, mais le gouvernement craint une contestation en vertu de la Charte. Pour la deuxième fois cette semaine, un rapport est venu dire à Victoria de demander l'avis des tribunaux sous la forme d'un renvoi, au lieu de porter des accusations qui seraient ensuite contestées. Un renvoi accélérerait les choses et permettrait de porter de solides accusations par la suite. Selon le Vancouver Sun, la province n'a plus d'excuses, elle doit bouger car la situation à Bountiful a assez duré.
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