Contre les idées reçues

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Louis Cornellier
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008

Mots clés : Armand Colin, Pascal Boniface, 50 idées reçues sur l'état du monde, Livre, Québec (ville)

Pascal Boniface, directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (qu'il a fondé à Paris en 1990), était cette semaine l'invité de l'Université de Montréal.

Photo: Pedro Ruiz

Directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques, le politologue et spécialiste du droit international Pascal Boniface est aussi un essayiste pédagogue. Dans 50 idées reçues sur l'état du monde, il s'attaque à de fausses certitudes entretenues autant par les experts que par les non-initiés. En 50 très brefs chapitres, il s'efforce «de montrer l'autre face du décor, la réalité qui se cache derrière l'apparence». «L'expertise, précise cet expert, ne peut pas permettre de présupposer la neutralité. [...] Tout au moins peut-on attendre d'un expert un point de vue honnête intellectuellement, et qu'il exprime sa pensée en fonction d'un raisonnement, fût-il personnel.» C'est justement ce que nous sert Boniface, identifié en France à la gauche dite républicaine.

La mondialisation, explique-t-il par exemple, est efficace à certains égards et injuste à d'autres, mais elle «n'est pas une fatalité» et reste déterminée par les choix politiques. L'État, quoi qu'on en dise, «reste l'acteur central des relations internationales» et les frontières continuent d'exister, pour le meilleur et pour le pire.

À ceux qui prétendent que l'Afrique est condamnée au sous-développement et n'est pas prête pour la démocratie, Boniface réplique qu'il y a pourtant «de bonnes raisons pour un afro-optimisme». La croissance économique globale du continent est réelle et «des pays comme le Mali, le Ghana, le Botswana, le Bénin, la Namibie respectent les libertés fondamentales et sont des démocraties pleines et entières».

Les États-Unis, écrit-il, ne sont pas vraiment en déclin et n'ont pas fait la guerre en Irak pour le pétrole d'abord, mais bien pour des raisons géopolitiques, puisque «la perspective d'un Irak puissant au coeur du Proche-Orient leur [était] difficilement acceptable». Cela, évidemment, n'excuse pas leur erreur d'évaluation. «Les démocraties durablement installées, ajoute Boniface, sont celles qui sont le fruit de mouvements internes de la société.»

Défenseur de l'ONU malgré ses ratés et critique d'un Occident souvent hypocrite dans sa volonté de contribuer à la démocratisation des pays arabo-musulmans, Boniface conteste aussi l'idée reçue voulant que le terrorisme soit d'essence religieuse et celle qui en fait une efficace arme des faibles. «Le terrorisme, explique-t-il, au lieu d'inverser le rapport de force en faveur de la cause qu'il défend, peut en approfondir l'inégalité en sa défaveur, la lutte contre le terrorisme venant au contraire légitimer le renforcement de l'appareil militaire des puissances dominantes.»

Très éclairant malgré sa brièveté, accessible même s'il est l'oeuvre d'un savant, cet ouvrage offre un point de vue à la fois lucide et nuancé sur l'état de notre monde.

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Collaborateur du Devoir

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50 idées reçues sur l'état du monde

Pascal Boniface, Armand Colin, Paris, 2007, 160 pages


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L'idée reçue qu'il y aurait des idées reçues - par Marc Lavallée
Le samedi 12 avril 2008 18:00

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