Essais étrangers - Kapuscinski, agent libre

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Christian Desmeules
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008

Mots clés : Autoportrait d'un reporter, Ryszard Kapuscinski, Livre, Pologne (pays), Québec (ville)

Ryszard Kapuscinski

Photo: Agence France-Presse

Faut-il encore présenter Ryszard Kapuscinski? Ce journaliste polonais, décédé l'an dernier à l'âge de 75 ans, véritable «sorcier du reportage» (John Le Carré), a été correspondant pendant une trentaine d'années pour l'agence de presse officielle polonaise (PAP) en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique.

Il aurait même été agent des services secrets polonais pendant une dizaine d'années, selon un article de l'édition polonaise de Newsweek paru en mai 2007.

Ses livres inoubliables, tantôt récit de ses aventures en Afrique, tantôt description des derniers moments du régime anachronique d'Hailé Sélassié en Éthiopie ou témoignage de la chute du shah d'Iran, reposent sur un équilibre bien particulier entre le reportage et le récit de voyage.

Témoin capital d'un XXe siècle marqué par l'éveil des pays du Tiers-Monde, Kapuscinski avait commencé sa carrière de journaliste en Inde en 1956, un an seulement après la fameuse Conférence de Bandung, en Indonésie. Atteint d'une forme particulièrement grave et incurable de bougeotte, l'homme a été personnellement témoin de 27 révolutions.

Cet Autoportrait d'un reporter est en fait un collage de fragments d'entretiens et de conférences qui ont paru entre 1985 et 2002 dans la presse polonaise. Des fonds de tiroirs intéressants, mais des fonds de tiroirs tout de même, où Kapuscinski revient sur sa méthode de travail, sur le terrain comme dans la tranquillité de sa bibliothèque de Varsovie. Pour cet insatisfait de première catégorie, «chaque livre est une immense défaite», et Le Négus, Imperium, voire Ébène, aucun de ses rejetons ne trouve vraiment grâce à ses yeux.

Au fil de nombreuses réflexions éthiques sur le journalisme de guerre, le journaliste polonais livre matière à méditer pour de nombreux collègues des médias d'information: «Je considère que l'humilité est l'attitude la plus sérieuse pour le journaliste.» Un travail délicat, solitaire, à haute responsabilité, qu'il se permet même de comparer à une spécialité médicale comme la chirurgie de l'oeil. Puisque le reportage dans les pays où règnent de graves conflits, explique-t-il, est souvent «directement lié à la vie». Un petit traité de déontologie pour journalistes.

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Collaborateur du Devoir

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Autoportrait d'un reporter

Ryszard Kapuscinski (Textes choisis par Krystyna Straczek). Traduit du polonais par Véronique Patte, Plon, Paris, 2008, 169 pages


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