Une enseignante dans le Grand Nord

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Caroline Montpetit
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2008

Mots clés : Les 400 Coups, La gloire de mes élèves, Livre, Québec (ville)

Diplômée en littérature, Nadia Plourde témoigne de ses efforts pour franciser des enfants inuits

Elle est partie sans trop savoir où elle allait. A été impressionnée par le choc culturel qu'elle a vécu. Diplômée en littérature, Nadia Plourde a répondu un jour à l'appel du Nord et s'est envolée pour le petit village de Kangiqsujuaq, dans le Nunavik, où elle a enseigné en français à de jeunes Inuits durant deux périodes de six mois.

Les impressions, commentaires, chroniques qu'elle envoyait à ses amis sur cet exil au loin ont fait l'objet d'un livre, La Gloire de mes élèves. Chroniques du Nunavik, qui vient de paraître aux 400 Coups. On y découvre un univers nouveau, où les enfants inuits se dévoilent progressivement, deviennent attachants, vivants, et nous font réfléchir au-delà des clichés.

La Gloire de mes élèves est donc en quelque sorte le journal d'une enseignante qui travaille dans un milieu qu'elle ne connaît pas, et qui tente d'inculquer une troisième langue à des élèves qui parlent inuktitut à la maison, et qui comprennent et parlent l'anglais parce que c'est la langue qu'ils entendent à la télévision. Au cours de son premier séjour, qui forme l'essentiel des chroniques du livre, elle enseigne principalement à des enfants de douze ou treize ans.

Les élèves de Nadia Plourde étudient en français parce que leurs parents l'ont choisi. L'enseignante constate cependant que leur intérêt pour le français est vacillant.

En entrevue, elle trouve même paradoxal que des parents qui ne valorisent pas tant les résultats à l'école que la présence en classe tiennent tant à ce que leurs enfants maîtrisent une troisième langue.

Des quelque 600 personnes qui vivaient dans le village, environ 580 étaient inuites, une vingtaine étaient des Blancs. Il n'y avait que cinq ou six Blancs dont le français était la langue première. Les Inuits appellent les Blancs les «OuiOuis» et la langue française, le «ouiouititut»!

«Mes élèves résistaient au français comme ils résistaient à l'école, dit Nadia Plourde en entrevue. C'est un des paradoxes avec lesquels je devais vivre. Je me disais: est-ce qu'ils savent que leurs enfants ne veulent rien savoir du français?»

À son arrivée dans le Grand Nord, l'enseignante a dû rajuster son tir et ses attentes. «Il fallait absolument que je réagisse», dit-elle. Plutôt que de viser la réussite scolaire, c'est la présence des élèves en classe et leur participation aux activités qui sont devenues son objectif premier.

Un phénomène récent

Il faut dire que l'école est encore un phénomène récent dans la vie de bien des Inuits. Les parents de plusieurs élèves de Nadia Plourde étaient nés dans des igloos. En même temps, ajoute-t-elle, la scolarisation est un phénomène incontournable à une meilleure autonomie. Selon Nadia Plourde, ce principe est compris des autorités des villages, mais peut-être pas par la population en général.

«Ils sont encore en transition. Mais ils disent oui, il faut réussir à l'école si on veut avoir nos infirmières, nos professeurs», croit-elle.

Mais la route est longue de la coupe aux lèvres. Des 10 000 Inuits vivant au Québec, seulement dix passent au niveau collégial en français chaque année. Lors de son deuxième séjour dans le Nord, Nadia Plourde a enseigné à des étudiants de niveau secondaire. Et des quatre filles qui sont restées en classe jusqu'à la fin de la sixième secondaire (on ajoute une année au primaire et une année au secondaire puisque les enfants n'apprennent pas dans leur langue maternelle), seulement une a passé ses examens et se qualifiait vraiment pour entrer au cégep. Les trois autres demeuraient cependant admissibles même si elles n'avaient pas obtenu les résultats adéquats.

«J'ai trouvé cette expérience difficile, admet-elle. On valorise [surtout] la présence, et ce n'est pas vraiment ce que j'avais compris de mon mandat. Selon moi, il y a une espèce de manque de communication entre le siège social de la Commission scolaire de Kativik et les enseignants sur le terrain».

Elle ajoute par ailleurs que plusieurs Inuits à qui elle a enseigné montraient de grandes aptitudes intellectuelles mal exploitées. Au cours d'une conversation avec le père Dion, un religieux belge qui a passé de nombreuses années dans le Grand Nord, ils établissent d'ailleurs que les programmes d'enseignement devraient offrir des cheminements particuliers pour les élèves doués, comme ils le font déjà pour les élèves en difficulté. Le père Dion croit également que, pour faciliter l'apprentissage des élèves, il faudrait abandonner l'enseignement exclusif en inuktitut au cours des trois premières années de scolarité des enfants et oublier l'usage de l'alphabet syllabique.

***

La gloire de mes élèves

Chroniques du Nunavik, Préface d'Elisapie Isaac, Les 400 Coups, Montréal, 2008, 288 pages


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colonialisme - par Marie Grenier
Le samedi 10 mai 2008 13:00

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