Entrer à l'auberge et fuir les étiquettes
Mots clés : Cinéma, Gérard Krawczyk, L'Auberge rouge, Cinéma, France (pays)
Entretien avec le réalisateur Gérard Krawczyk et l'actrice Josiane Balasko pour le film L'Auberge rouge

Photo: Marie-Hélène Tremblay
Très épris du genre comique, Gérard Krawczyk n'hésite pas non plus à s'aventurer sur le terrain du remake, ce qu'il fit d'abord avec Fanfan la tulipe en 2003 et maintenant avec L'Auberge rouge. Considérant qu'il s'agit «de films comme les autres», il départage toutefois les remakes opportunistes («Le premier Taxi refait par Hollywood avec Queen Latifah en était un et ce fut un échec») de ceux qui font office de «passeurs d'histoires». «Refuser de reprendre une bonne histoire au cinéma, c'est comme refuser de monter une pièce de théâtre, ou ne pas reprendre un opéra parce que la Callas y était géniale: ce refus devient de la taxidermie.»
Du film de Claude Autant-Lara, il a bien sûr gardé l'anecdote, croustillante et sanguinolente. Mais il offre une histoire qui, forcément, «résonne différemment aujourd'hui». «Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, précise-t-il, comme le clergé était encore puissant et qu'Autant-Lara était un sympathisant communiste, la charge anticléricale était très forte. Pour monter ce film, il avait été obligé de prendre la vedette du moment, Fernandel, et ils n'étaient jamais d'accord. J'ai plutôt voulu rendre les meurtriers plus sympathiques que leurs victimes!»
Entente parfaite
Gérard Krawczyk affirme que l'entente fut parfaite avec les deux scénaristes, Michel Delgado et surtout Christian Clavier, qu'il avait à diriger dans le rôle de l'aubergiste sans scrupules, son épouse étant interprétée par Balasko. «J'ai pu apporter des modifications, fusionner certains personnages, bref, avoir toute ma liberté de cinéaste. Tout ce qui entre devant la caméra, ce que je donne à voir, je l'ai choisi, ça devient mon film, peu importe que je l'aie écrit ou pas. J'ai d'ailleurs coutume de dire que, comme pour les enfants, j'ai des films biologiques et des films adoptés. Et on sait tous que les enfants adoptés finissent par ressembler à leurs parents adoptifs!»
Se glissant dans la conversation après une ronde d'entrevues visiblement épuisante, Josiane Balasko n'affichait pas la ferveur de ses personnages dits «Splendid». Il en fut d'ailleurs question, surtout après leurs lucratives retrouvailles dans Les Bronzés 3 et avec la présence amusante de Clavier et de Gérard Jugnot en soutane dans L'Auberge rouge. «Il n'y a pas d'inconvénients à travailler avec de vieux copains parce que je ne travaille pas suffisamment avec eux, souligne l'actrice. Et les avantages sont nombreux: la rapidité, la compréhension, la complicité. Pour les autres acteurs, c'était sans doute intimidant au début, mais comme on se la joue pas du tout... » Gérard Krawczyk ne pouvait qu'acquiescer.
Celle qui depuis de nombreuses années porte les chapeaux de scénariste, de cinéaste et de romancière considère que «jouer, c'est des vacances». Devant un réalisateur en tournage, elle se garde bien d'intervenir, «sauf dans le cadre du travail d'actrice». Et elle est d'ailleurs toujours sollicitée, souvent là où on l'attend le moins, en personnifiant Marguerite Duras dans J'ai vu tuer Ben Barka, de Serge Le Péron («Moi aussi j'ai été étonnée quand on m'a demandé de le faire!»), ou tout récemment, pour la télévision française, dans le rôle de la célèbre psychanalyste et psychiatre Françoise Dolto, également mère du coloré et non moins célèbre -- pour d'autres raisons! -- chanteur Carlos.
Revenant sur la question des étiquettes, elle qui en connaît un bout sur le sujet et se souvient encore de ces années «où le téléphone ne sonnait jamais» -- ce qui l'a forcée à écrire pour jouer --, elle se fait philosophe, comme pour rassurer Gérard Krawczyk. «Il vaut peut-être mieux avoir une étiquette que pas du tout. Ne pas en avoir, ça veut dire que les gens ne vous connaissent pas. Le défi, c'est qu'elle ne bloque pas tout.»
Collaborateur du Devoir
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