Pour en finir avec la «culture de la gratuité»

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Robert Dutrisac
Édition du vendredi 11 avril 2008

Mots clés : Organisme public, gratuité, Groupe de travail sur la tarification des services publics, Gouvernement, Québec (province)

Les Québécois devraient se résigner à payer plus cher pour les services publics

Québec -- Il faut mettre fin à la «culture de la gratuité» au Québec ainsi qu'aux bas tarifs pour les services publics comme l'électricité et l'éducation universitaire. Il faut aussi relever les frais des services de garde, tarifer l'eau et envisager des péages pour entrer dans l'île de Montréal. C'est à un profond changement de mentalité que convie le rapport du Groupe de travail sur la tarification des services publics, rendu public hier par l'économiste Claude Montmarquette et l'ancien ministre péquiste Joseph Facal alors que l'autre auteure, la consultante Lise Lachapelle, était absente.

«La tarification utilisée de façon efficace et équitable constitue un outil d'enrichissement collectif et d'amélioration du bien-être de tous», a fait valoir Claude Montmarquette. Ne pas hausser les tarifs de façon appropriée entraîne des «rattrapages brutaux», note le groupe de travail.

«Nous vivons dans ce que j'appellerais une culture de la gratuité», a souligné Joseph Facal, parce que le coût des services publics est «noyé» dans les contributions fiscales. «Cette perception des choses, largement décrochée du réel, est encore plus forte chez ceux qui ne paient pas d'impôt.»

D'une façon générale, les auteurs veulent que la tarification ne soit plus soumise à la pression politique ou, à la rigueur, le moins possible. Ils souhaitent que le gouvernement adopte une loi-cadre pour fonder une nouvelle politique de tarification basée sur six principes: la couverture des coûts, la transparence, la solidarité envers les plus démunis, l'affectation des revenus de la tarification aux services visés, la reddition de comptes et l'évaluation des futures politiques qui comporteraient un volet tarifaire.

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui a commandé ce rapport l'an dernier sous la pression de l'Action démocratique du Québec, a indiqué hier que la hausse des tarifs n'apparaissait pas sur son «écran radar» et qu'elle se contenterait d'une loi-cadre qui rendrait moins «opaque», plus «franche», la fixation des tarifs. «Ne surestimez pas le rôle que je joue au sein du gouvernement», a lancé Mme Jérôme-Forget lors d'un point de presse. La commission des Finances publiques devrait être saisie du rapport, comme le souhaite la ministre, les deux partis d'opposition s'étant montrés ouverts à l'idée.

Il faut dissocier le tarif de l'aide aux plus démunis, estime M. Montmarquette. «La vraie solution, ce n'est pas des tarifs bas pour tout le monde mais d'aider spécifiquement les plus démunis», a renchéri M. Facal. «Disons que nous nous engageons dans un long chemin.»

Les revenus tarifaires s'élèvent à 22 milliards au Québec, dont les tarifs d'électricité comptent pour 9,4 milliards. Or il existe un écart de près de cinq milliards par année avec la moyenne canadienne, ou 651 $ par habitant.

Les services publics ne sont pas gratuits: si les tarifs ne couvrent pas les coûts, ce sont les impôts et les taxes qui les paient, rappelle le groupe de travail. Les bas tarifs profitent en premier lieu aux plus nantis. Et ils portent au gaspillage, comme c'est le cas des tarifs d'électricité. «Qui a les moyens de gaspiller? Précisément les plus nantis», a avancé M. Facal. Des tarifs adéquats entraînent de l'efficacité, une plus grande qualité des services et un usage plus judicieux du bien offert par «l'utilisateur-payeur».

De même, les droits de scolarité universitaire peu élevés sont une subvention directe aux plus nantis, soutiennent les auteurs. Le statut économique des parents joue pour beaucoup dans la fréquentation de l'université, tout comme la qualité des écoles fréquentées, notamment les écoles privées, font-ils valoir. C'est d'autant plus vrai pour les disciplines les plus contingentés comme la médecine, celles qui assurent les meilleurs revenus sur le marché du travail.

Le rapport recommande donc de hausser les droits de scolarité mais de façon différenciée, beaucoup plus pour la médecine, la dentisterie et le génie, par exemple, que pour les sciences sociales, l'agronomie ou les lettres. D'après une étude de 2004, la différence de revenu pour un étudiant qui décroche un doctorat en médecine est de 2,3 millions, contre un million pour l'étudiant en droit et 205 000 $ pour le diplômé en lettres. En outre, il en coûte beaucoup plus cher pour enseigner la médecine dentaire (24 554 $) que le droit (5210 $) ou les sciences humaines (4213 $).

Les auteurs estiment que la hausse graduelle des droits, associée à une augmentation des prêts et bourses, n'aurait pas d'effet sur la fréquentation des universités au Québec, d'ailleurs une des plus faibles au Canada. Si ces droits atteignaient la moyenne canadienne, les universités québécoises empocheraient 415 millions de plus par année.

En matière de tarifs d'électricité, le rapport Montmarquette est radical. Les Québécois devraient payer non pas le coût de production et de distribution d'Hydro-Québec (à l'heure actuelle, ils versent d'ailleurs davantage que les coûts réels assumés par la société d'État) mais le «coût d'opportunité», c'est-à-dire les tarifs qu'Hydro-Québec pourrait tirer de la vente d'électricité à New York ou en Ontario. Or le prix de l'électricité à New York est 3,5 fois plus élevé qu'au Québec. Les auteurs comparent l'électricité du Québec au pétrole de l'Alberta: les Albertains paient le prix mondial pour le pétrole qu'ils consomment chez eux. De façon plus réaliste, ils notent que si les tarifs d'Hydro-Québec atteignaient la moyenne canadienne, soit un tarif résidentiel supérieur de 50 %, la société d'État encaisserait deux milliards de dollars de plus chaque année.

En matière de péages routiers, le rapport recommande que le ministère des Transport reçoive le mandat d'étudier la possibilité d'implanter un péage urbain autour de l'île de Montréal ou de l'agglomération. Les revenus de ces péages serviraient à investir dans les transports en commun.

Les auteurs proposent que toute nouvelle infrastructure routière soit à péage dans la mesure où il existe une voie alternative. Le gouvernement devrait aussi envisager de moduler les droits d'immatriculation en fonction du kilométrage annuel parcouru.

Les municipalités du Québec devraient munir de compteurs d'eau non seulement les industries et les commerces mais aussi les résidences. Le rapport indique que le comptage universel de la consommation d'eau permet de réduire celle-ci de 15 à 30 %.

En ce qui a trait aux garderies, le rapport Montmarquette propose d'augmenter périodiquement la contribution des parents, fixée à 7 $ par jour à l'heure actuelle. Le groupe de travail voit dans les services de garde subventionnés «l'exemple parfait d'une politique publique dont le coût a été mal évalué lors de sa mise en place et dont la tarification est directement soumise à la pression politique».


Vos réactions


Sophisme 101 - par Jules Bois
Le mercredi 16 avril 2008 20:00

Pour en finir avec la destruction de nos acquis sociaux - par Richard Larouche (richardlarouche@gmail.com)
Le samedi 12 avril 2008 08:00

D'autres cultures à abattre, en priorité. - par Gerry Pagé
Le samedi 12 avril 2008 02:00

Où allons-nous? - par Françoise Maertens
Le vendredi 11 avril 2008 20:00

...je n'avais pas fini... - par Pierre Germain
Le vendredi 11 avril 2008 19:00

Montmarquette, Facal et Lachapelle: biaisés, de mauvaise foi, ou demeurés consommés? - par Pierre Germain
Le vendredi 11 avril 2008 18:00

Payons plus pourquoi pas?! - par Isabelle Régo
Le vendredi 11 avril 2008 18:00

À quand le saut chez les libéraux ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 11 avril 2008 17:00

De la parole aux actes - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 11 avril 2008 17:00

Hydroélectricité: Et Alcoa, Alcan et tutti quanti - par François Beaulé
Le vendredi 11 avril 2008 17:00

Se responsabiliser: pas très populaire! - par Denis Brault
Le vendredi 11 avril 2008 17:00

Bien d'accord ! - par Gérard Guay
Le vendredi 11 avril 2008 16:00

Mesieu Facal n'aime pas la classe moyenne - par Mi Dec
Le vendredi 11 avril 2008 16:00

Ah ces grands penseurs! - par Yvon Moreault
Le vendredi 11 avril 2008 15:00

Pourquoi pas? - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 15:00

méfiez-vous des néo-vautours - par Lefevre Thierry (thierry.lefevre@hec.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 13:00

Totalement d'accord - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 11 avril 2008 13:00

Une seul intérêt - par marc belliveau
Le vendredi 11 avril 2008 12:00

Utilisateur-payeur? - par Robert Parenteau
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Quelle belle logique. - par Marc M. Davignon
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Votre culture de la gratuité = répartition des gains abusifs - par Claude Stordeur
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Pourquoi un rapport qui nous dit des choses que l'on sait déjà ? - par Bernard Gervais
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Bravo! - par Amadeus Olivier
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Étudiants français: système troué - par jacques noel
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Decouragement - par Marie-Eve Malenfant
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Pas avec mes impôts... - par Albert Descôteaux
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Intéressant en principe... - par marie-claude leclerc
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Société collectiviste vs culture individualiste - par Gaetan Dagenais (gaetan.dagenais@gmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

combien ça coûte ce rapport-la? - par Normand Chaput
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Utilisateur payeur, mais pas pour tout - par Eric Barnabé (ericbarnabe@videotron.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Le Québec serait-il une colonie ou une simple compagnie à gérer. - par Jacques Morissette
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

aberration - par coté carol
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Et où touverai-je cet argent? - par Josianne Millette
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Convergence? Coïncidence? Bref, la radio en a parlé - par Max Roujeon
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Ce groupe de travail semble avoir une grande aptitude à se facilité la tâche. - par Jacques Morissette
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Pour cesser le parasitisme; utilisateur-payeur - par andré michaud
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Et la gratuité privée, elle? - par Sylvain Auclair
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Sophistes en la demeure - par Guillaume Boucher (fuhokkuen@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Les arbres à dollars sont à Westmont - par Bertrand Lavoie
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Une faillite morale et intellectuelle - par karim boujrada
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Augmentation des tarifs = augmentation de salaire - par Hubert Grégoire
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Si au lieu de régler la culture de la gratuité on «se penchait» sur la culture de la myopie financière étatique? - par Max Roujeon (maxroujeon@videotron.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

6k pour un Acadien, 2k pour un Français - par jacques noel
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Aucun problème... - par Mario Tremblay
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Les tarifs - par Paul Lafrance
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Encore la classe moyenne qui trinque - par Jean Sauvageau
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Culture de la gratuité !!! - par Jacinthe Latulippe
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Est ce que je me trompe? - par Stéphan Gauvin
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Ne surestimez pas le rôle que je joue ..... - par Guy Gilbert
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Dans la bonne direction mais pas trop vite s.v.p. - par Gilles Bousquet
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Insensibilité - par Paul Verreault
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Encore la pensée magique de l'Institut - par Giles Néron
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Ou vit M.Montmarquette et cie. - par Gérald Vézina (gvezina@assnat.qc.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Juste et équitable - par Nicole Poirier Société Alzheimer de la Mauricie
Le vendredi 11 avril 2008 06:00

Faisons payer les pauvres - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 04:00

Franc tireur - par Louis N. Hébert
Le vendredi 11 avril 2008 02:00

Tiens les vendeurs d'eau, d'énergie et bétonneur en tout genre ont parlé - par Dominic Pageau
Le vendredi 11 avril 2008 02:00

La bureaucratie et la bourgeoisie réclame une cessation du concept de 'culture de la gratuité' ? - par Martin Larivée (kaindragoon_100@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 01:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com