Les universités boudent les médecins étrangers

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du vendredi 11 avril 2008

Mots clés : santé, Médecin, médecins diplômés à l'étranger, Université, Québec (province)

Quelques centaines de diplômés sont pourtant disponibles pour occuper 102 postes de résident

Les universités québécoises peuvent-elles encore se passer des médecins diplômés à l'étranger (MDE)? L'an dernier, les quatre facultés concernées avaient préféré laisser vacants un peu plus de 80 postes de résidence en médecine plutôt que de les offrir à la centaine de MDE qualifiés en attente d'un stage. Cette année, 102 postes non pourvus sont en jeu, une occasion que ne veut pas rater la coalition des associations de médecins diplômés à l'étranger, qui réclame l'intervention rapide et musclée de Québec.

Le temps presse: le second tour aura lieu le 15 avril et rien n'indique que les facultés seront plus enclines cette année à faire une meilleure place aux MDE, a déploré hier le porte-parole de la coalition, le Dr Comlam Amouzou. «Dans le contexte de pénurie que nous connaissons, il y a quelque chose de choquant et d'inadmissible à voir autant de postes laissés vacants au premier tour alors que [près de 300] MDE ont réussi tous les examens requis et ne demandent qu'à travailler.»

Cette situation irrite d'autant plus le Dr Amouzou que le Québec affiche au premier tour un taux plus élevé de postes vacants que partout ailleurs au Canada, soit près de 15 %, contre moins de 5 %. Pour le Dr Behzad Mansouri, président de Canada International Medical Graduates' Rights, ces chiffres illustrent trop bien «la frilosité des universités québécoises à l'endroit des MDE». Selon lui en effet, bien des candidats qui ont réussi tous les examens du Collège des médecins et répondu aux exigences de l'Office de la langue française n'ont même pas été conviés à une entrevue au premier tour.

C'est ce qui est arrivé à la Dre Nedia Azzoug. À son arrivée, son diplôme obtenu en Algérie n'avait pas été reconnu par Québec. Il lui aura donc fallu décrocher toutes les équivalences requises pour pouvoir entrer en résidence en médecine familiale et ainsi refaire ses classes. Or, le temps venu, aucune université n'a voulu d'elle. L'an dernier, aucune université n'avait même daigné la recevoir en entrevue. Cette année encore, aucune n'a voulu l'entendre pour tester ses compétences en médecine familiale.

Pourtant, Mme Azzoug a été conviée à sept entrevues en médecine spécialisée en santé communautaire par ces mêmes facultés. Sans succès. «Tous les postes disponibles ont été comblés en santé communautaire cette année et il ne reste plus de place pour moi.» Mme Azzoug est d'autant plus choquée qu'elle comprend mal qu'on puisse la juger compétente pour un poste mais pas pour un autre. «Il n'y a aucun changement. La même mentalité perdure dans toutes les universités. Je suis vraiment très déçue.»

La Dre Mandana Modirrousta, elle, a préféré baisser les bras. Après deux ans de travail acharné pour décrocher ses équivalences, elle a vu son parcours s'arrêter aux portes des universités, où son dossier n'a intéressé aucune faculté. Flairant l'aubaine, le Manitoba lui a offert une place en psychiatrie, offre qu'elle a acceptée. «Là-bas, on a fait le pari de miser sur les MDE pour contrer la pénurie. On leur offre même un stage d'un mois pour se familiariser avec le système canadien avant que la résidence ne commence.»

Ce stage d'immersion fait l'envie de la coalition. Ses membres conviennent d'ailleurs que les MDE arrivent souvent avec une longueur de retard par rapport aux étudiants québécois. Selon la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, les facultés doivent fournir jusqu'à 40 % de ressources pédagogiques supplémentaires pour que les MDE réussissent leur résidence. Malgré cela, ils présentent plus de reprises de stage et ont un taux d'échec supérieur à celui des autres étudiants, font valoir les facultés, qui affirment n'avoir ni les ressources ni l'énergie pour les accompagner efficacement.

Une meilleure intégration

Partisane du dialogue plutôt que de l'affrontement, la coalition demande donc à Québec de soulever les barrières qui se dressent entre les MDE qualifiés et les universités au moyen de mesures ciblées visant à faciliter leur intégration au réseau québécois. Elle réclame notamment un stage d'immersion destiné aux MDE afin de leur permettre de rattraper leur retard par rapport aux diplômés québécois. Elle demande aussi des places réservées aux MDE, comme cela se fait couramment dans d'autres provinces.

Au bureau du ministre de la Santé, Philippe Couillard, on se dit sensible au discours de la coalition. Il reviendra toutefois au comité-conseil formé en janvier dernier d'établir quelles seront les mesures retenues pour favoriser une meilleure intégration des MDE. Son premier rapport est attendu en juin.

D'ici là, Québec entend laisser sa chance au coureur. «Les choses bougent. Pas moins de 64 médecins étrangers ont été retenus au premier tour, c'est un record. [...] Nous pensons qu'il faudra donc attendre le second tour avant de dire s'il y a lieu ou non de s'inquiéter», a expliqué l'attachée de presse du ministre Couillard, Marie-Ève Bédard, tout en précisant qu'une rencontre en ce sens a été planifiée avec la ministre de l'Éducation et avec les responsables des quatre facultés concernées.

Notons enfin qu'une enquête est actuellement en cours à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Celle-ci a été lancée l'an dernier à la demande du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), qui a dénoncé des irrégularités dans les processus de sélection des médecins résidents. Son directeur général, Fo Niemi, fait état de normes «arbitraires» ayant pu avoir un «impact disproportionnellement négatif sur les MDE». Son organisme réclame la nomination d'un commissaire indépendant qui aurait pour tâche de circonscrire et d'éliminer les «barrières de discrimination systémique» qui entravent le parcours des MDE.


Vos réactions


la problematique des médecins etrangers - par Monzinga Jean Robert (jrbobo68@hotmail.com)
Le vendredi 18 avril 2008 00:00

comprendre les universités - par Michel Chamoun (chamoun.m@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 21:00

Médecine à combien de vitesses déjà...? - par Marie Josée Champagne
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

Bloquage - par Pierre-Yves Pau
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Que disent les mécecins? - par Mathé-Cohen Claude
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

les université boudent les médecins étrangers - par Léonie Pomerleau Léonie
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Vous ne savez pas compter! - par Mario Tremblay
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Pauvres de nous! - par Fred Legault
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

tannée du systeme de sante quebecois - par Anne Elisabeth Selles (anneelisabethselles@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

À nos professionnels : Lachez la patate un peu s.v.p. - par Gilles Bousquet
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com